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quand la politique se mêle de la Coupe du monde de football

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quand la politique se mêle de la Coupe du monde de football

Theresa May, Première ministre britannique, en a décidé. Ce mercredi, elle a annoncé qu’aucun membre de la famille royale et du gouvernement ne mettrait les pieds en Russie pour supporter les “Three Lions“, surnom donné à la sélection anglaise de football en raison des animaux brodés sur son écusson. Il s’agit là d’un boycott diplomatique décrété après qu’un ex-espion russe et sa fille ont été empoisonnés par un agent neurotoxique sur le sol du Royaume-Uni, acte que l’exécutif britannique attribue au pays hôte du prochain mondial.

L’histoire de la Coupe du monde de football, dont la première édition s’est tenue en 1930 en Uruguay, a connu de nombreux événements similaires, allant du boycott à l’exclusion d’une équipe pour des motifs politiques. Les plus notables de ces événements sont liés aux plus grands soubresauts géopolitiques mondiaux des huit dernières décennies. 

1938: la tragédie autrichienne 

On l’appelait alors la “Wunderteam” (“l’équipe merveilleuse” en allemand) et on avait quelques raisons pour cela. Dans les années trente, la sélection autrichienne est, avec l’Italie championne du monde, l’une des meilleures nations du football européen. Elle se qualifie logiquement pour la première Coupe du monde organisée par la France en 1938, quatre ans après s’être hissée en demi-finale. 

Mais les Autrichiens ne verront jamais la France. il faut dire qu’entre leur qualification et la compétition, en juin 1938, leur pays a cessé d’exister et l’Allemagne obtient son retrait. En mars, Hitler, tyran de l’Allemagne né en Autriche, a ordonné l’invasion et l’annexion des terres autrichiennes. C’est l’Anschluss. Alors que la Mannschaft allemande intègre plusieurs éléments de la sélection locale, le maître à jouer autrichien, Matthias Sindelar, refuse d’endosser le maillot dont les nazis rêvent de le revêtir. Quelques mois plus tard, en 1939, il est retrouvé mort, en compagnie de sa maîtresse, une juive d’origine italienne dans son appartement de Vienne. Les circonstances du drame sont toujours difficiles à démêler: représailles d’une Gestapo avide de se venger d’un opposant ou intoxication fatale au monoxyde de carbone comme annoncée à l’époque? La chose est encore débattue aujourd’hui

1950: Infréquentable Allemagne 

Divisés entre une République démocratique allemande (régime communiste, à l’est) et une République fédérale d’Allemagne (régime libéral, à l’ouest), les footballeurs d’Outre-Rhin sont de toute façon les grands absents de la Coupe du monde de 1950, au Brésil. 

Le souvenir de la seconde guerre mondiale est beaucoup trop frais encore, et Allemands, comme les Japonais, ne sont pas autorisés à participer à la campagne de qualifications pour la compétition. 

1970 et 1974: les impasses nord-coréenne et soviétique 

En 1966, la Corée du nord de Kim Il-Sung avait étonné le monde du ballon rond et au-delà, en arrachant un quart de finale lors du tournoi tenu en Angleterre. Les Portugais du grand Eusebio avaient alors eu raison de leur épopée. Bis repetita en 1970? Non, car le régime communiste décide cette fois-ci de se mettre délibérément hors-jeu en refusant d’affronter, sur fond de divergences politiques, la sélection israélienne lors d’une rencontre de qualifications. Les “Chollimas“, comme sont surnommés les joueurs de la partie nord de la péninsule asiatique, doivent alors oublier toute possibilité de participer au Mondial mexicain. 

En 1974, l’affaire est comparable mais concerne cette fois-ci l’URSS. Depuis les années cinquante, l’Union soviétique a pu compter sur quelques grands noms du football planétaire comme le gardien Lev Yachine. Dans les années soixante-dix, la sélection russe a de quoi faire trembler adversaires et filets: son attaquant Oleg Blokhine. Mais l’équipe ne déploiera pas ses atouts sur le terrain. Car pour s’ouvrir le chemin de la Coupe du monde en Allemagne de l’Ouest, il lui faut disposer du Chili. Sur le papier, rien d’insurmontable mais la potion politique est bien amère, trop même pour les dirigeants soviétiques. En 1973, au Chili, Augusto Pinochet a renversé le gouvernement socialiste légitime, dirigé alors par Salvador Allende et soutenu par les communistes. L’Union soviétique rejette l’idée de se prêter à un match retour contre les Chiliens et rejette du même coup la possibilité de valider son ticket pour la compétition. 

1978: le mythique boycott qui n’eut jamais lieu

Quatre ans plus tard, la politique d’Amérique latine et la réprobation suscitée par l’une de ses dictatures nourrissent encore la chronique footballistique et l’histoire de la Coupe du monde qui, en 1978, se déroule en Argentine. Alors, aller ou ne pas aller en Argentine? Vaguement shakespearienne dans la forme, la question est profondément cornélienne sur le fond. En 1976, le général Videla a pris le pouvoir à Buenos Aires. Depuis lors, l’Etat qu’il contrôle n’a reculé devant aucune atrocité, aucune manipulation, aucun meurtre pour asseoir son autoritarisme plutôt que son autorité. En Europe, l’opinion publique s’émeut et les appels au boycott sont nombreux. On craint d’apporter une certaine caution au régime de Jorge Videla en contribuant à son tournoi de football. 

Finalement, l’Argentine échappe au camouflet international. Pourtant, la plus grande star du football mondial de l’époque manque à l’appel lorsque l’heure de la Coupe du monde sonne. Le Néerlandais Johan Cruyff reste en Catalogne laissant seuls “ses” Pays-Bas aller en finale se faire battre par les locaux. Pendant très longtemps, on a voulu y voir l’expression du courage politique inflexible de l’attaquant du FC Barcelone venu de l’Ajax Amsterdam. Trente ans plus tard, ce fumeur invétéré dissipera toutefois le brouillard: s’il n’est pas parti jouer la Coupe du monde cette année-là, c’est parce que sa famille et lui-même avaient été victimes d’une tentative d’enlèvement à main armée en 1977 et qu’il refusait de s’éloigner trop longtemps des siens. Pas de boycott donc, mais le cœur n’y était pas. 



Source : http://www.bfmtv.com/international/boycotts-exclusions-quand-la-politique-se-mele-de-la-coupe-du-monde-de-football-1395871.html

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