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ÉDITORIAL. Contenir l’Iran, contenir Trump

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Donald Trump a annoncé hier le retrait pur et simple des États-Unis de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Depuis, les Européens se concertent pour sauver le compromis de 2015.

Depuis la visite d’Emmanuel Macron à Washington, le doute ne planait plus vraiment. L’Amérique de Donald Trump a décidé de rompre unilatéralement l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, et de restaurer les sanctions à leur plus haut niveau. C’est une rupture majeure du positionnement américain adopté par son prédécesseur, Barack Obama, en 2015.

Les répercussions de cette rupture seront lourdes et nombreuses, tant l’Iran se trouve au carrefour d’enjeux stratégiques majeurs, au plan régional comme international. Prolifération nucléaire, rapports de force dans la région, équilibres au sein même du régime iranien, terrorisme, cours du pétrole, divergences transatlantiques, alignement russo-iranien. Chacun de ces niveaux va être impacté.

Le retour des sanctions américaines va de pair avec le retour des faucons à la Maison-Blanche, incarnés par le nouveau conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et le nouveau chef de la diplomatie, Mike Pompeo. À Téhéran aussi, la fin de la détente favorise l’aile dure du régime et fragilise l’équipe Rohani.

Certes, la montée en puissance de l’Iran dans la région n’est pas une lubie trumpienne. Depuis une dizaine d’années, l’influence de Téhéran n’a cessé de croître, partout. L’Iran a profité en Irak du chaos post-intervention américaine, au détriment des populations sunnites le plus souvent livrées aux groupes terroristes émergents, dont Daech.

L’Iran a utilisé de la même manière la déstructuration de la Syrie pour avancer avec ses propres milices ou celles de ses alliés comme le Hezbollah libanais. Au Liban, comme les élections de dimanche l’ont montré, l’influence du Hezbollah est désormais imposante. Tout comme l’est l’ombre portée des visées iraniennes à Gaza ou encore au Yémen.

L’enjeu nucléaire

Contenir l’Iran est donc un enjeu stratégique majeur. C’est devenu la priorité numéro un pour Israël, qui redoute que ne viennent s’ajouter, aux implantations militaires du Hezbollah à sa frontière avec le Liban, de nouvelles bases opérationnelles depuis la Syrie. Cette dimension du conflit a certainement pesé très lourd dans le choix américain, et le risque de confrontation militaire entre Israël et l’Iran n’a jamais paru si grand.

L’accord sur le nucléaire iranien n’était pourtant pas censé répondre à ce défi, bien réel, mais visait à contenir une autre menace, plus globale. Celle de la prolifération nucléaire. En sortir, sans apporter de preuves irréfutables de violations côté iranien, c’est ôter un frein, certes insuffisant mais néanmoins utile, à ce processus. C’est la raison de l’attachement des pays européens à cet accord, et leur résolution à le faire survivre aux choix de Trump.

Y parviendront-ils ? L’Élysée s’y emploie activement depuis des semaines, en tentant de contenir Trump tout en essayant de convaincre l’administration Rohani de ne pas sortir de l’accord. Mais les faucons de Téhéran vont reprendre de la voix. Et les grandes sociétés européennes commerçant avec l’Iran voient ressurgirla menace de rétorsions américaines, comme la BNP en a fait l’expérience, de plus en plus intolérables.

Jusqu’ici, Trump a semblé vouloir poursuivre le repli américain du Moyen-Orient, mais en choisissant la rupture avec l’Iran, sans autre stratégie que la menace, il déclenche un engregage de risques et de tensions hautement imprévisible. Avec Trump, les Européens sont confrontés, comme jamais depuis 1945, à la question de leur autonomie stratégique. Ils doivent plus que jamais faire entendre leur différence.

Source : https://www.ouest-france.fr/reflexion/editorial/editorial-contenir-l-iran-contenir-trump-5749325



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