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Occitanie

« Le dysfonctionnement est total de bout en bout »

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Après la mort d’une jeune femme de 22 ans, dont l’appel n’a pas été pris au sérieux par le Samu, Patrick Pelloux lance un coup de gueule. Le président de l’Association des médecins urgentistes de France sera reçu la semaine prochaine par la ministre de la Santé.

Naomi Musenga, une jeune maman de 22 ans, est décédée en décembre dernier à Strasbourg. Son appel à l’aide au Samu n’a pas été pris en compte. Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France, annonce qu’il rencontrera lundi la ministre de la Santé. Il réclame, notamment, un numéro unique d’appel aux pompiers et au Samu, et une meilleure formation des assistants de régulation médicale. Interview. 

Que faire pour que ce drame de Strasbourg ne se reproduise pas ?

Il faut bien l’analyser de bout en bout, à partir du début de la conversation téléphonique où vous avez un sapeur-pompier qui passe l’appel au Samu et qui, d’emblée, banalise totalement la situation. Après, il faut comprendre pourquoi la permanencière (assistante de régulation médicale) se moque, décide de ne rien faire et de laisser la patiente, qui gémit, téléphoner elle-même à SOS médecins.

Une fois cette analyse de la situation faite, il faut se donner les moyens d’avoir une modernité, à travers un meilleur fonctionnement des systèmes des pompiers et du Samu. Il faut, sans doute, avoir un numéro unique d’appel. Il faut aussi doter les pompiers et le Samu d’un même système informatique. Une mission d’information est d’ailleurs en cours sur ce sujet, à la demande du président de la République. J’attends beaucoup de cette mission.

N’y a-t-il pas un souci dans la formation des assistants de régulation médicale ?

Bien sûr. Il est total. Il faudrait que cette formation soit nationale, qu’elle soit validée par un diplôme. Actuellement, ce sont des formations régionales, voire locales. C’est une validation des acquis et pas un diplôme.

Est-ce que ce drame strasbourgeois est un cas unique ?

Honnêtement, on ne va pas surenchérir sur ce drame. C’est extrêmement rare. Il y a, certes, des problèmes de régulation un petit peu partout, mais ces dysfonctionnements sont généralement résolus. Un cas comme celui de Strasbourg dysfonctionne de bout en bout.

Cette jeune femme a téléphoné à la police qui a renvoyé l’appel aux pompiers, et ces derniers l’ont renvoyé au Samu. Elle a fini par être prise en charge, elle est morte, et l’autopsie n’a eu lieu que sept jours après le drame, ne permettant pas de savoir de quoi elle est morte parce que son corps était déjà putréfié.

C’était le 29 décembre et l’information n’a été rendue publique qu’en mai. Le dysfonctionnement est total de bout en bout ! On se pose aussi des questions quand on apprend qu’il n’y a eu aucune conséquence de tirée aux hôpitaux universitaires de Strasbourg depuis le mois de décembre sur le fonctionnement du Samu !

Le Samu, en France, manque-t-il de moyens humains ?

Non, pas partout. Je pense qu’il y a de grands systèmes, notamment dans les grandes agglomérations et les grandes villes, quand vous avez énormément d’appels au Samu dépassant les 2-3 millions dans l’année, qui doivent être recalibrés, réorganisés.

Il faut réfléchir au temps de travail des permanenciers et des médecins, leur prévoir des temps de repos. C’est un métier très difficile. Ils répondent à tous les appels. Trente millions d’appels au Samu par an en France ! À peu près trente millions d’appels aux pompiers par an. C’est énorme !

Et parfois des appels fantaisistes…

Il y en a très peu. On s’en fout des appels fantaisistes. À force de dire qu’il y a des appels fantaisistes, on arrive au résultat de la pauvre Naomi. Parce que vous avez une permanencière qui se moque d’elle.

Il n’y a pas à dire qu’il existe de la fantaisie dans les appels aux secours. Sinon, vous allez à des drames ! Vous ne savez si c’est grave ou pas grave qu’une fois que vous avez examiné le malade. Le travail de permanencier dans la régulation médicale, c’est affreux parce que vous avez le masque du téléphone sur le malade. Vous ne voyez pas le malade. C’est ça le drame.

Vous avez demandé un rendez-vous à la ministre de la Santé…

Oui. Nous allons être reçus lundi à 14 h 30. Nous allons lui demander tout ce que je viens de vous dire, notamment un numéro d’appel unique pour les secours.

Source : https://www.ouest-france.fr/sante/mort-de-naomi-musenga-apres-un-appel-au-samu-le-dysfonctionnement-est-total-de-bout-en-bout-5749542



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