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Occitanie

POINT DE VUE. Israël, un dangereux mois de mai

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Le 70e anniversaire de l’indépendance de l’État hébreu s’inscrit dans un contexte international tendu. Le point de vue de Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.

Si David Ben Gourion revenait sur Terre, il serait heureux de voir qu’Israël a non seulement survécu, mais est devenu un pays moderne tout en restant l’une des seules démocraties vivantes de la région. Toutefois, il s’inquiéterait des évolutions politiques et sociétales de l’État hébreu.

Les Israéliens ont des raisons particulières de célébrer leur indépendance en ce mois de mai 2018. Chaque décennie de survie de l’État est une victoire pour le peuple juif, mais ce 70e anniversaire est particulier. Le nombre soixante-dix a une forte résonance biblique : c’est, entre autres, le nombre d’années passées en exil à Babylone. Pour toute la société israélienne c’est l’occasion de se réjouir du fait que le pays a triomphé de ses ennemis. Et construit une économie plutôt florissante, notamment avec l’émergence de ce qu’on a appelé la Silicon Wadi, une multitude de start-up sur la côte méditerranéenne. L’entrée dans l’Organisation de coopération et de développement économique en 2010, les relations de plus en plus étroites nouées avec l’Inde et la Chine, tout, sur place, semble concourir à fêter cet anniversaire avec ferveur.

Mais la médaille a son revers. Les célébrations d’unité nationale d’une société devenue, au fil de l’immigration, très diverse et « multiculturelle », masquent des fractures. Le rapport à la religion est devenu une source de fortes tensions. Israël n’est plus la société laïque à majorité ashkénaze qu’a connue Ben Gourion (seuls quelque 40 % d’Israéliens s’affirment comme laïcs.) Et le succès des start-up ne doit pas masquer la paupérisation d’une frange significative de la population, attisée par la crise du logement.

Tension exacerbée

Les heurts survenus à la frontière avec Gaza ont marqué l’opinion internationale. Mais, sur place, c’est l’indifférence qui domine. La question palestinienne a été mise à l’écart. En cause : la construction de la barrière de sécurité (le « Mur »), la division de la société politique palestinienne, et l’affaiblissement de son leadership.

Désormais, on compte autant de juifs que de non-juifs entre la Méditerranée et le Jourdain. Le projet sioniste est à un carrefour : certains pensent que la situation actuelle est viable, que le temps joue en faveur d’Israël, et que la création d’un État palestinien peut être remisée aux calendes grecques ; d’autres estiment, au contraire, que l’impasse actuelle du processus de paix ne peut que déboucher sur une explosion de violence.

Ce mois de mai s’annonce tendu. Amos Yadlin, ancien responsable du renseignement, affirme que le pays « n’a pas connu de mois de mai aussi dangereux depuis 1967 ».

La séquence est particulière : élections au Liban (le 6) qui ont confirmé le poids du Hezbollah, retrait des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran (8 mai), anniversaire de l’indépendance et transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine (14 mai), et enfin grand « Jour de colère » prévu à Gaza (15 mai) pour commémorer la Nakba (la « catastrophe » de 1948), une manifestation qui sera attisée par le Hamas. Tout ceci alors que la tension causée par la présence iranienne en Syrie et les provocations de Téhéran suscitent des réactions israéliennes de plus en plus vives…

On ne sait pas comment ce « mois de tous les dangers » se terminera. Mais une chose est certaine : ce n’est pas encore en 2018 qu’Israël vivra en paix.

Source : https://www.ouest-france.fr/monde/israel/point-de-vue-israel-un-dangereux-mois-de-mai-5751408



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