Imaginez un monde où vos cryptos pourraient être volées en un clic. Un scénario de science-fiction ? Pas tant que ça. Les ordinateurs quantiques pourraient bien devenir cette menace. Ethereum a-t-il un plan ? On vous dit tout.
La course contre la montre a commencé
On pourrait croire que les ordinateurs quantiques relèvent encore de la fiction. Détrompez-vous. Selon nos confrères de CoinTelegraph, la Fondation Ethereum prend le sujet très au sérieux. Résultat des courses : ils sont déjà à 20% de leur transition vers une résistance quantique.
Antonio Sanso, chercheur en cryptographie à l'Ethereum Foundation, est catégorique : « On travaille dessus depuis des mois, voire des années. » Autant dire que ce n'est pas un sujet qu'ils ont découvert hier. La Fondation a même créé une équipe dédiée, dirigée par Thomas Coratger. Des réunions All Core Devs sur le sujet démarrent dès le 4 février.
Mais attention, ce n'est pas une simple mise à jour. « Il ne s'agit pas d'un seul élément, précise Sanso. Toutes les grandes composantes d'Ethereum doivent migrer. » Exécution, consensus, gestion des données... tout y passe.
20% de fait, 80% à faire
Alors, où en est-on exactement ? Difficile de donner un pourcentage unique, car chaque couche progresse à son rythme. Mais globalement, on est autour de 20%. C'est déjà ça.
Les réunions bimensuelles permettront d'évaluer les différentes approches. Des devnets post-quantiques multi-clients sont déjà opérationnels. Une feuille de route sera publiée prochainement. L'objectif ? Une transition complète dans les années à venir, sans perte de fonds et sans interruption du réseau.
Mais pourquoi tant d'urgence ? Parce que les prévisions situent l'arrivée d'un ordinateur quantique capable de casser la cryptographie autour de 2040. Avec 20% de chances que ça arrive dès 2030. Autant dire qu'il faut se bouger.
Ethereum vs Bitcoin : qui est le plus vulnérable ?
Là où Ethereum s'active, Bitcoin semble plus serein. Des figures comme Adam Back ou Michael Saylor minimisent le besoin d'agir. « Les ordinateurs quantiques réellement dangereux sont encore à des années, voire des décennies », affirment-ils.
Pourtant, la quasi-totalité d'Ethereum est concernée, tout comme l'ensemble de Solana. Paradoxalement, les solutions envisagées pour Bitcoin sont techniquement plus simples. Mais la taille très importante des signatures post-quantiques reste un obstacle majeur.
« D'un point de vue technique, la migration est plus simple pour Bitcoin, explique Sanso. Mais ils risquent d'avoir un problème humain : parvenir à un consensus sur la marche à suivre. » Chez Ethereum, ce problème n'existe pas. En revanche, sur le plan technologique, ils ont davantage de choses à migrer.
Et si les ordinateurs quantiques arrivaient plus tôt que prévu ?
Selon Antonio Sanso, le scénario le plus probable situe l'arrivée des ordinateurs quantiques dangereux au milieu des années 2030. Mais avec la rapidité avec laquelle certaines technologies émergent, rien n'est moins sûr.
À court terme, il est déjà possible de renforcer la sécurité de ses ETH en les transférant vers une nouvelle adresse jamais utilisée. À long terme, des smart wallets combinant abstraction de compte et signatures post-quantiques permettront de sécuriser les ETH.
Mais ces signatures sont extrêmement volumineuses. Même la plus légère, Falcon, reste environ dix fois plus grande que les signatures actuelles basées sur l'ECDSA. Un Ethereum Improvement Proposal (EIP) prévoit donc l'introduction d'un précompile, afin de traiter ces opérations en dehors du cœur du protocole.
L'intégration de signatures dix fois plus volumineuses dans la blockchain nécessitera probablement plusieurs solutions complémentaires, notamment l'utilisation de ZK-STARKs pour compresser les données.
Un plan d'urgence en cas d'attaque quantique
En mars 2024, Vitalik Buterin a proposé un plan d'urgence pour faire face à une attaque quantique. Celui-ci prévoit un hard fork permettant aux détenteurs d'ETH de prouver qu'ils sont bien les propriétaires légitimes de leurs adresses, avant de migrer vers des adresses post-quantiques avec un solde équivalent.
Selon Sanso, ce plan a bien avancé. Les équipes travaillent actuellement sur une méthode permettant aux utilisateurs de prouver, via des preuves ZK, qu'ils détiennent bien la seed associée à une adresse.
« C'est un sujet sur lequel nous travaillons activement. Nous espérons pouvoir présenter un projet concret, soit à EthCC à Cannes, soit à Devcon en Inde. »
La sélection des EIP sera un processus long, décidé collectivement par la communauté Ethereum. La première réunion All Core Devs dédiée au post-quantique est prévue pour le 4 février 2026.
Alors, Ethereum sera-t-il prêt à temps ? Difficile à dire. Une chose est sûre : ils ne restent pas les bras croisés.
Un ordinateur quantique est un appareil qui utilise les propriétés quantiques, comme la superposition et l'intrication, pour effectuer des calculs. Contrairement aux ordinateurs classiques, qui utilisent des bits (0 ou 1), les ordinateurs quantiques utilisent des qubits, qui peuvent être dans un état de superposition, c'est-à-dire 0 et 1 en même temps.
Ethereum est plus vulnérable que Bitcoin car il utilise des clés publiques pour les transactions, ce qui les rend plus exposées aux attaques quantiques. Bitcoin, en revanche, utilise un système de preuves de travail qui le rend plus résistant.
Les signatures post-quantiques sont des algorithmes de signature numérique conçus pour résister aux attaques des ordinateurs quantiques. Elles sont beaucoup plus volumineuses que les signatures actuelles, mais elles offrent une sécurité accrue contre les menaces quantiques.