La situation est critique pour la SNCF, qui se retrouve face à une demande croissante pour ses trains sans avoir suffisamment de TGV pour répondre. Selon les chiffres du régulateur ferroviaire, fin 2024, on comptait 429 rames de TGV en service, soit quatre de moins en un an, contre 482 en 2012. Cette pénurie de trains a des conséquences directes sur les passagers, qui doivent faire face à des retards, des suppressions de trains et une qualité de service dégradée.
SNCF Voyageurs n'a pas de marge de manœuvre, tout son parc de TGV est utilisé pour les pics de trafic comme les vacances d'été, et elle se désespère du manque à gagner qui file, en partie tout droit à la concurrence, essentiellement Trenitalia, ou vers la voiture et l'avion. Pour pallier ce manque, la SNCF a décidé de lancer un programme ambitieux visant à prolonger la vie de certains TGV qui arrivaient en fin de cycle.
Ce programme, appelé « Opération d'obsolescence déprogrammée » ou « TGV O2D », vise à prolonger de 2 à 15 ans la durée de vie de certains TGV. Concrètement, entre 100 et 104 rames de TGV qui auraient dû disparaître d'ici 10 ans vont circuler de 2 à 4 ans de plus pour les plus anciennes, des TGV à un niveau, et jusqu'à 10 à 15 ans pour les plus récentes, essentiellement des rames à deux niveaux.
Le Contexte De La Crise
La crise que traverse la SNCF est le résultat d'une combinaison de facteurs, notamment la hausse de la demande pour les trains et la pénurie de TGV disponibles. Selon Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, « Après la période covid en 2020, constatant la hausse de la demande, nous avons arrêté de radier des trains. Nous avons ensuite optimisé les circulations pour offrir plus de places avec le même nombre de trains. Mais en 2023, lorsque nous avons compris que le TGV M serait en retard, nous avons décidé de lancer ce programme ambitieux ».
Le montant de l'investissement est important : plus de 600 millions d'euros en fonds propres. Mais il est, en l'état actuel du parc, indispensable. « C'est bien simple, sans ce programme et alors que les TGV M sont en retard, nous aurions dû réduire dès cet été notre plan de transport », assure Christophe Fanichet, notamment à cause de radiations des rames en fin de vie.
Il s'agit donc bien de préserver le nombre de places disponibles en attendant l'arrivée du nouveau fleuron de la SNCF. Ensuite, quand tout sera terminé vers 2033, la SNCF estime à 15% l'augmentation de la capacité de son parc TGV.
Le Processus De Renovation
Le processus de rénovation des TGV est complexe et nécessite une grande expertise. Les techniciens de la SNCF doivent identifier les trains qui peuvent être rénovés et les amener dans les technicentres dédiés. Là, ils procèdent à une série de tests et de réparations pour garantir que les trains soient en état de circuler en toute sécurité.
Les zones sous-caisse sont les plus sensibles à cause de la corrosion, elles se dégradent vite, c'est la priorité pour les techniciens. L'idée étant de réparer avec des solutions qui évite la réitération des problèmes. Le travail consiste également à s'occuper des éléments majeurs de sécurité, des freins, changer les portes d'accès, vérifier le câblage, la toiture, les éléments de traction, la peinture...
Certaines pièces, qui ne sont plus produites, sont prélevées sur trois TGV en fin de vie qui sont transformées en « nourrices » avec au moins 10 000 pièces disponibles. 
Les Enjeux De L'Operation
L'opération de rénovation des TGV est cruciale pour la SNCF, qui doit faire face à une concurrence accrue et à une demande croissante. Selon Christophe Fanichet, « C'est unique au monde, nous sommes les seuls à pouvoir le faire dans le secteur car nous avons cette capacité industrielle que les autres n'ont pas, cela nous donne une grande liberté et une grande fierté ».
Le programme de rénovation des TGV est également important pour l'environnement, car il permet de réduire les émissions de CO2 liées à la production de nouveaux trains. « En prolongeant la vie des rames, le programme contribue à repousser la production et l'achat de nouveau matériel, ce qui est la phase la plus émettrice en CO2 d'un train (fabrication, matières premières, construction, acheminement, etc.) et réduit drastiquement l'empreinte carbone », se félicite la SNCF.
En outre, le programme de rénovation des TGV permet à la SNCF de maintenir son niveau de service et de qualité, ce qui est essentiel pour conserver les passagers et attirer de nouveaux. 
Les Perspectives
L'an prochain, la moitié du parc concerné devrait être prolongé. Il faudra alors passer aux 23 rames à deux niveaux qui exigeront beaucoup plus de travail, avec au moins six mois d'immobilisation par train. Mais le bonus sera bien plus important : 10 à 15 ans d'exploitation supplémentaires.
Et la rénovation intérieure de la rame est alors totale. 
Le TGV en question peut maintenant être réinjecté dans le réseau. 
Conclusion
En conclusion, le programme de rénovation des TGV lancé par la SNCF est un enjeu crucial pour l'entreprise, qui doit faire face à une concurrence accrue et à une demande croissante. Le programme permet de prolonger la vie de certains TGV, de réduire les émissions de CO2 et de maintenir le niveau de service et de qualité.
Cependant, des questions subsistent, notamment sur la capacité de la SNCF à mettre en œuvre ce programme dans les délais impartis et sur les coûts réels de l'opération. Il faudra également surveiller les réactions des passagers et des concurrents face à cette nouvelle stratégie de la SNCF.
Pour l'instant, la SNCF semble déterminée à aller de l'avant avec ce programme, qui pourrait être un modèle pour d'autres entreprises ferroviaires en Europe. 
