Vous l’avez remarqué, vous aussi ? Ces dialogues qui se répètent, ces intrigues simplifiées à l’extrême. Netflix et ses concurrents sont-ils en train de transformer nos films et séries en produits formatés, lissés par des algorithmes ?

D’après nos confrères de la Süddeutsche Zeitung, la réponse est oui. Et le pire, c’est que c’est volontaire.

Matt Damon et Ben Affleck brisent le silence

Tout commence par une interview. Matt Damon et Ben Affleck, invités du podcast de Joe Rogan, ont osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : le cinéma se dégrade. Et Netflix n’y est pas pour rien.

Les deux acteurs, producteurs de leur film The Rip, racontent avoir reçu des demandes pour modifier leur scénario. « Déplacer l’action au début pour éviter que les spectateurs ne zappent », leur aurait-on suggéré. Autant dire que ça bouscule la structure classique en trois actes. Mais le plus troublant ? « Répéter l’intrigue trois ou quatre fois dans les dialogues, parce que les gens regardent leur téléphone en même temps. »

Difficile de ne pas penser aux rumeurs persistantes sur les consignes des plateformes. Résultat des courses : des films et séries qui se ressemblent, où chaque action est redoublée verbalement. Comme dans Back in Action, avec Cameron Diaz et Jamie Foxx, où les personnages s’expliquent mutuellement leurs pensées. Le journal allemand ironise : « La tendance est clairement au feuilleton radiophonique. »

Les algorithmes, ces nouveaux scénaristes

Sur YouTube, TikTok ou Reddit, les internautes s’interrogent. Pourquoi ces dialogues « absurdes » dans la dernière saison de Stranger Things ? Pourquoi ces consignes précises aux scénaristes ? « Un certain nombre de blagues à une certaine fréquence », validées non par des humains, mais par l’algorithme.

Une scénariste interrogée anonymement se lamente : « Les producteurs n’aiment pas ça, je n’aime pas ça, mais l’algorithme, lui, si. » Autre chose : lors d’un sommet de producteurs en 2024 près de Berlin, le message était clair. Les meilleures scènes doivent figurer le plus tôt possible dans l’épisode pilote. Le rythme doit rester soutenu. Et il doit se passer quelque chose toutes les deux ou trois minutes.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça laisse peu de place à la créativité. Les algorithmes ne sont pas créatifs. Ils recherchent le plus petit dénominateur commun. À force d’optimisation, les différences s’effacent.

Et les cinéastes dans tout ça ?

La conclusion de l’article est amère. Derrière la promesse d’un « cheeseburger gourmet », se dessine une machine à normaliser. Thierry Frémaux, lors du Festival de Cannes en 2021, posait une question cinglante : « Quels cinéastes les plateformes ont-elles vraiment révélés ? Nommez-en un. »

On pourrait se demander si Netflix et les autres ne sont pas en train de tuer la diversité culturelle. De transformer le cinéma en une série de produits interchangeables, conçus pour plaire au plus grand nombre. Bref, une industrie où l’art se noie dans les données.

Le truc, c’est que ça marche. Les chiffres sont là. Netflix compte plus de 260 millions d’abonnés dans le monde. Et les plateformes continuent de dominer le marché. Alors, faut-il s’inquiéter ? Ou simplement accepter que le cinéma a changé ?

D’après nos informations, la question reste ouverte. Mais une chose est sûre : le débat est lancé.

Pas exactement. Les algorithmes analysent les données et identifient les tendances. Ils peuvent suggérer des modifications, mais ils ne créent pas. La créativité, elle, reste humaine. Du moins, pour l’instant.

Parce que l’attention des spectateurs est une denrée rare. Les plateformes veulent éviter que les gens ne zappent. Résultat : des scènes courtes, un rythme soutenu, et des intrigues simplifiées pour capter l’attention.

Regarder des films et séries indépendants, soutenir les cinéastes émergents, et surtout, ne pas se contenter de ce que proposent les plateformes. La diversité culturelle se nourrit de notre curiosité.

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