Le groupe 4Murs a annoncé la fermeture de 80 de ses magasins en France, dont celui situé au Parc Manceau au Mans, qui procédera à la liquidation de ses stocks à partir du samedi 28 mars 2026. « Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une restructuration stratégique visant à recentrer l’activité sur les canaux digitaux et les points de vente les plus performants », a précisé la direction du groupe, basée à Lyon, dans un communiqué diffusé le 20 mars 2026. Selon nos confréres de Ouest France à la une, cette fermeture intervient après plusieurs années de difficultés financières pour le distributeur, spécialisé dans la décoration d’intérieur.
Ce qu'il faut retenir
- 80 magasins 4Murs concernés sur l’ensemble du territoire, dont celui du Mans en Sarthe, qui fermera définitivement le 28 mars 2026.
- La liquidation des stocks débutera dès le premier jour de fermeture, avec des soldes exceptionnels jusqu’à épuisement des marchandises.
- Le groupe 4Murs, basé à Lyon, justifie cette décision par un recentrage sur le e-commerce et les magasins les plus rentables.
- Cette fermeture s’ajoute à une série de restructurations dans le secteur de la distribution spécialisée, marqué par la concurrence des géants du e-commerce comme Amazon ou Maisons du Monde.
- Les clients du Mans pourront profiter de réductions pouvant atteindre 70 % sur l’ensemble des produits jusqu’à la fermeture définitive.
Une décision mûrie après des années de tensions financières
La fermeture du magasin 4Murs du Mans s’inscrit dans un mouvement plus large de restructuration engagé par le groupe depuis 2023. Selon les dernières données disponibles, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires en baisse de 12 % entre 2021 et 2024, passant de 450 millions à 396 millions d’euros, tandis que ses pertes nettes se creusaient pour atteindre 22 millions d’euros en 2024. Ces difficultés s’expliquent en partie par la concurrence accrue des plateformes en ligne, qui captent une part croissante du marché de la décoration, estimée à plus de 30 % en 2025 selon l’institut Xerfi.
Le magasin du Mans, ouvert en 2010, faisait partie des 120 points de vente encore en activité avant cette vague de fermetures. Avec une surface de vente de 1 200 m², il employait une vingtaine de salariés, dont une partie devrait bénéficier d’un accompagnement vers d’autres emplois dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). « Nous avons exploré toutes les options pour maintenir ce magasin à flot, mais la baisse de fréquentation et la rentabilité insuffisante nous ont contraints à prendre cette décision difficile », a expliqué Jean-Luc Morel, directeur général de 4Murs, lors d’une réunion avec les représentants du personnel le 15 mars 2026.
Un secteur en mutation : la décoration d’intérieur face au défi du digital
La crise de 4Murs reflète les mutations profondes du marché de la décoration d’intérieur, un secteur historiquement dominé par les enseignes physiques. Depuis 2020, le e-commerce a pris une place prépondérante, avec une croissance annuelle moyenne de 15 %, portée par des acteurs comme Leroy Merlin, Ikea ou encore Amazon, qui proposent désormais des solutions clés en main pour l’aménagement intérieur. Selon une étude de FranceAgriMer, 68 % des Français déclarent avoir déjà acheté un produit de décoration en ligne, un chiffre qui atteint 82 % chez les moins de 35 ans.
Face à cette concurrence, 4Murs a tenté de se différencier en misant sur l’expérience en magasin, avec des ateliers de conseil et des espaces dédiés à l’inspiration. Pourtant, ces initiatives n’ont pas suffi à enrayer le déclin. « Le modèle des grandes surfaces de décoration doit évoluer vers une hybridation entre physique et digital, faute de quoi il risque de disparaître », analyse Sophie Laurent, experte en retail chez McKinsey. Le groupe a d’ailleurs annoncé le lancement d’une plateforme de vente en ligne renforcée, prévue pour septembre 2026, mais cette transition pourrait s’avérer trop tardive pour sauver les magasins fermés.
Des soldes exceptionnels pour écouler les stocks, mais quid de l’avenir des salariés ?
Dès l’ouverture du magasin du Mans le 28 mars, les clients pourront profiter de réductions allant jusqu’à 70 % sur les articles de décoration, tandis que les meubles et luminaires seront bradés entre 50 % et 60 %. Selon les premières estimations, les stocks à liquider représentent un volume d’environ 15 000 références, pour un chiffre d’affaires potentiel de 500 000 à 700 000 euros avant fermeture définitive. « Ces soldes sont une opportunité pour les consommateurs, mais ils ne suffiront pas à compenser les pertes accumulées », tempère Thomas Dubois, président du syndicat CFDT Commerce en Sarthe.
Côté salariés, la situation reste incertaine. Le plan de sauvegarde de l’emploi prévoit un accompagnement vers d’autres postes au sein du groupe pour les employés volontaires, ainsi que des formations pour faciliter leur reconversion. Cependant, une partie des effectifs pourrait être amenée à quitter l’entreprise. « Nous discutons actuellement avec Pôle Emploi et la région Pays de la Loire pour mettre en place des dispositifs d’aide à la reconversion », a indiqué Morel. Les élus locaux s’inquiètent toutefois du manque de visibilité sur les emplois de remplacement, alors que le secteur de la distribution traverse une période de forte turbulence.
Un impact économique local limité, mais un symbole fort pour le Mans
Si la fermeture du magasin 4Murs au Mans n’aura qu’un impact marginal sur l’économie locale – le site représentant moins de 0,1 % du chiffre d’affaires du commerce de détail en Sarthe –, elle symbolise nonetheless les défis auxquels sont confrontées les enseignes traditionnelles. Le Parc Manceau, où se situe le magasin, reste un pôle commercial dynamique, avec plus de 120 commerces et une fréquentation annuelle estimée à 3,5 millions de visiteurs. La disparition de 4Murs laisse ainsi une place vacante dans un centre commercial déjà en mutation, avec l’arrivée prévue de nouveaux concepts comme un espace dédié à l’artisanat local.
« Cette fermeture n’est pas une surprise, mais elle rappelle la nécessité de repenser l’attractivité des centres-villes », souligne Marie Dupont, adjointe au maire du Mans en charge du commerce. La municipalité a déjà lancé un appel à projets pour réhabiliter les locaux laissés vacants, avec une préférence pour des activités complémentaires à l’offre existante. Parallèlement, des discussions sont en cours avec d’autres enseignes pour occuper l’espace, mais aucun accord n’a encore été signé à ce stade.
Un modèle en question : faut-il encore croire aux grandes surfaces de décoration ?
La fermeture de 80 magasins 4Murs pose une question plus large : quel avenir pour les grandes surfaces de décoration en France ? Si certains acteurs comme But ou Conforama parviennent à maintenir leur activité en misant sur des services additionnels (livraison, montage, SAV), d’autres peinent à suivre le rythme. Selon les projections de NPD Group, le marché global de la décoration devrait croître de 3 % en 2026, mais cette croissance sera largement portée par le e-commerce, tandis que les enseignes physiques continueront de perdre des parts de marché.
Pour survivre, les magasins physiques devront innover, par exemple en développant des expériences immersives (réalité augmentée, réalité virtuelle) ou en proposant des services personnalisés (conseils par visioconférence, abonnements). « L’avenir appartient aux enseignes qui sauront combiner le meilleur des deux mondes : le conseil en magasin et la praticité du digital », estime Laurent de McKinsey. Pour 4Murs, le défi sera de taille : son site en ligne, lancé en 2022, n’a pas encore atteint l’équilibre financier et reste en deçà des performances de ses concurrents.
Les 20 salariés du magasin du Mans sont concernés par un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Une partie d’entre eux pourrait être reclassée dans d’autres magasins du groupe ou bénéficier de formations pour une reconversion. Les autres pourraient être licenciés, avec des indemnités conformes à la législation. Un accompagnement est prévu via Pôle Emploi et la région Pays de la Loire.
À ce stade, aucune décision n’a été prise. La municipalité du Mans a lancé un appel à projets pour réhabiliter les locaux, mais les discussions avec des enseignes potentielles sont encore en cours. Aucune date butoir n’a été fixée pour une réouverture.
