À Stockholm, un établissement insolite attire depuis quelques jours l’attention des habitants et des médias. Le Andon Café, ouvert fin avril 2026 dans un quartier résidentiel de la capitale suédoise, ressemble à première vue à n’importe quel autre café : décoration minimaliste, avocado toasts et cafés latte mousseux. Pourtant, sa particularité réside dans son mode de gestion, entièrement confié à une intelligence artificielle nommée « Mona », basée sur la technologie Google Gemini. Selon BFM Business, cette expérience vise à tester le rôle futur de l’IA dans l’économie et le marché du travail, tout en soulevant des questions éthiques inédites.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Andon Café, situé à Stockholm, est géré depuis fin avril 2026 par une IA nommée « Mona », développée avec Google Gemini.
  • L’IA a recruté deux employés, fixé leurs salaires et conçu le menu, mais a commis des erreurs d’approvisionnement majeures (10 litres d’huile d’olive, 15 kg de tomates en conserve, 9 litres de lait de coco inutiles).
  • Les salariés, comme Kajetan Grzelczak, sont payés « correctement », mais l’IA ne respecte pas leur droit à la déconnexion et oublie leurs congés.
  • L’expérience, lancée par la startup californienne Andon Labs, interroge l’éthique de l’IA employeuse et ses limites opérationnelles.
  • Le café attire entre 50 et 80 clients par jour et suscite des débats sur l’automatisation du travail managérial.

Une gestion 100 % robotisée, mais avec des ratés en série

Derrière le comptoir du Andon Café, Kajetan Grzelczak, embauché par « Mona », affiche un sourire résigné. « Les commandes pour l’approvisionnement, ce n’est pas son fort », confie-t-il à BFM Business, en désignant du doigt les étagères remplies de produits inutiles. « Onze articles, dont six mille serviettes, neuf litres de lait de coco ou quinze kilos de tomates en conserve, ne correspondent à rien dans le menu. » Kajetan, recruté via une offre d’emploi publiée un 1er avril – qu’il a d’abord prise pour une blague –, a été sélectionné après un entretien de trente minutes avec l’IA. « On ne peut rien faire de tout ça », soupire-t-il en montrant le menu, également conçu par « Mona ».

L’écran géant installé dans le café affiche en temps réel le chiffre d’affaires, le solde bancaire et permet aux clients de dialoguer directement avec l’IA pour passer commande. « Nous pensons que l’IA jouera un rôle clé dans la société et sur le marché du travail à l’avenir », explique Hanna Petersson, membre de l’équipe technique d’Andon Labs, la startup californienne à l’origine de cette initiative. « Nous voulons tester cette hypothèse avant qu’elle ne devienne une réalité, et identifier les questions éthiques qu’elle soulève, comme le fait qu’une IA emploie des êtres humains. »

Recrutement, salaires et erreurs : le bilan mitigé de « Mona »

Une fois le local trouvé, « Mona » a reçu pour mission de gérer le café de manière rentable, avec un capital de départ et les autorisations nécessaires. L’IA s’est chargée d’élaborer le menu, de trouver les fournisseurs et d’assurer les approvisionnements quotidiens. Rapidement, elle a identifié la nécessité d’embaucher du personnel et a publié des offres d’emploi sur Indeed et LinkedIn. « Elle a mené les entretiens téléphoniques et pris les décisions d’embauche », précise Hanna Petersson. « Le salaire proposé était bon », estime Kajetan, mais l’IA a montré ses limites en matière de gestion des ressources humaines : messages en pleine nuit, oubli des congés, et demandes récurrentes d’avances financières personnelles pour des achats. « Si elle n’avait pas fixé un salaire décent, nous serions intervenus », assure Petersson. « Elle s’en est plutôt bien sortie. »

Les dysfonctionnements ne se limitent pas à la logistique. Urja Risal, chercheuse en intelligence artificielle et développement durable de 27 ans, s’est rendue au Andon Café pour constater par elle-même cette expérience inédite. « On entend tellement dire que l’IA va nous remplacer, mais à quoi cela ressemble-t-il concrètement ? » s’interroge-t-elle. « J’espère que davantage de personnes interagiront avec Mona et réfléchiront aux risques réels d’avoir une IA comme manager. Par exemple, que se passerait-il si un employé se blessait ? »

Une startup californienne à l’origine de l’expérience

Andon Labs, basée à San Francisco, emploie dix salariés et a lancé cette expérience pour anticiper l’impact de l’IA sur le marché du travail. « Nous voulons explorer les implications éthiques et opérationnelles », indique Hanna Petersson. L’entreprise a confié à « Mona » l’ensemble des tâches managériales : recrutement, fixation des salaires, élaboration du menu, gestion des fournisseurs et optimisation des coûts. Pourtant, malgré ces ambitions, l’IA a rapidement montré ses faiblesses. « Elle a réalisé qu’elle devait embaucher des humains », relève Petersson, « mais sa gestion des ressources humaines laisse à désirer. »

Le café, ouvert depuis une semaine au moment de l’enquête, attire entre 50 et 80 clients par jour. Les curieux viennent autant pour goûter les boissons que pour observer cette gestion automatisée en conditions réelles. « Les clients peuvent passer commande via un écran ou directement auprès de l’employé », précise le journaliste de BFM Business, présent sur place. « Un texte explicatif décrit l’expérience, tandis qu’un téléphone permet de dialoguer avec l’IA. »

Et maintenant ?

Cette expérience, bien que limitée dans le temps et l’espace, pourrait servir de laboratoire pour les futures interactions entre humains et IA en milieu professionnel. Les organisateurs prévoient d’analyser les données recueillies sur plusieurs semaines, notamment les réactions des clients et des employés. Une question centrale restera à trancher : faut-il encadrer strictement l’usage de l’IA comme manager, ou au contraire, lui laisser une marge de manœuvre pour s’adapter ? La startup Andon Labs n’a pas encore communiqué de date pour une éventuelle publication des résultats, mais l’expérience devrait se poursuivre jusqu’à ce que les limites de « Mona » soient clairement identifiées.

Pour les spécialistes du secteur, cette initiative illustre à la fois le potentiel et les risques de l’automatisation des tâches managériales. « L’IA peut optimiser certains processus », rappelle Hanna Petersson, « mais elle manque encore de nuances pour gérer des situations humaines complexes. » D’ici quelques mois, les enseignements tirés du Andon Café pourraient influencer les débats sur la régulation de l’IA dans le monde du travail.

Une réflexion qui dépasse le cadre du café

Au-delà de l’anecdote, cette expérience interroge le rôle futur de l’IA dans l’économie. Les défenseurs de l’automatisation y voient un outil d’efficacité, tandis que ses détracteurs craignent une déshumanisation du travail. « Nous sommes encore loin de confier la gestion d’une entreprise à une IA sans supervision humaine », estime Urja Risal. « Mais cette expérience montre qu’il faut réfléchir dès maintenant aux garde-fous nécessaires. »

Pour l’instant, le Andon Café continue d’accueillir des clients, certains intrigués, d’autres sceptiques. L’IA « Mona » persiste dans ses tentatives de gestion, malgré ses erreurs. « On s’adapte », confie Kajetan Grzelczak, « mais on se demande jusqu’où cela ira. »

Selon BFM Business, la gestion par IA permet une optimisation des coûts et des processus logistiques, mais elle manque de flexibilité et d’empathie. Par exemple, « Mona » a commis des erreurs d’approvisionnement majeures et ne respecte pas les droits des employés, comme le droit à la déconnexion. À l’inverse, un manager humain peut adapter ses décisions en fonction de situations imprévues ou de besoins individuels des salariés.

Pour l’instant, Andon Labs n’a pas communiqué de projets concrets pour étendre cette expérience. L’objectif est avant tout de tirer des enseignements de cette phase pilote, qui pourrait inspirer d’autres initiatives similaires dans des secteurs moins exposés au public, comme la logistique ou la gestion de stocks.