Imaginez une bibliothèque où chaque livre est un acte de résistance. À Taipei, un homme a transformé cette idée en réalité. Son combat ? Sauver la mémoire littéraire d'un pays où les mots sont muselés.

Trinh Huu Long, éditeur et bibliothécaire vietnamien, a fait de sa passion une arme contre la censure. Depuis 2014, il collectionne les livres interdits dans son pays. Une mission périlleuse, qu'il mène depuis l'exil.

Une collection clandestine au cœur de Taipei

Perchée sur les collines qui dominent Taipei, la bibliothèque Luat Khoa ressemble à n'importe quelle petite bibliothèque universitaire. Quelques rayonnages, des centaines de livres en vietnamien. Rien de spectaculaire, à première vue.

Pourtant, cette modeste collection est une rareté. Peut-être même la plus grande au monde de livres vietnamiens censurés. « Je veux qu'elle devienne la référence absolue », confie Trinh Huu Long, les yeux brillants de détermination.

Le truc, c'est que chaque livre ici est un défi lancé au gouvernement vietnamien. Des œuvres politiques, des récits de droits de l'homme, des témoignages interdits. Autant dire que cette bibliothèque est une épine dans le pied des autorités.

Un rêve qui a un prix

L'aventure a commencé en 2014, quand Trinh Huu Long et ses amis ont fondé Luat Khoa tap chi, un magazine indépendant. Leur objectif ? Éclairer le débat politique et les questions de droits de l'homme au Vietnam.

Pham Doan Trang, cofondatrice et figure emblématique, en paie aujourd'hui le prix fort. Neuf ans de prison pour « propagande contre l'État ». Un verdict qui en dit long sur la tolérance du régime.

Face à cette répression, Trinh Huu Long a choisi l'exil. Taïwan est devenu son refuge. Mais son combat, lui, n'a pas changé. « On ne peut pas laisser ces voix être étouffées », martèle-t-il.

La résistance par les mots

Alors, comment fonctionne cette bibliothèque clandestine ? D'abord, il faut comprendre que chaque livre est une pépite. Des œuvres qui, au Vietnam, ne verront jamais la lumière du jour.

Trinh Huu Long les collecte, les catalogue, les préserve. Une tâche de titan, quand on sait que des centaines de titres sont interdits chaque année. « C'est un travail de fourmi, mais nécessaire », explique-t-il.

Et puis, il y a l'aspect symbolique. En rassemblant ces livres, Trinh Huu Long crée un espace de liberté. Un lieu où les idées peuvent circuler, où la censure n'a pas sa place.

On pourrait se demander si cette bibliothèque a un impact réel. Difficile à dire. Mais une chose est sûre : elle existe. Et ça, c'est déjà une victoire.

Un combat qui dépasse les frontières

La bibliothèque Luat Khoa n'est pas qu'un projet personnel. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large. Celui des exils forcés, des voix qui refusent de se taire.

Comme le rapporte nos confrères de Mekong Review, cette initiative rappelle d'autres luttes, d'autres résistances. Par exemple, la bibliothèque clandestine du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale. Ou encore, les efforts des dissidents cubains pour préserver leur culture.

Trinh Huu Long en est conscient. Son combat s'inscrit dans une histoire plus grande. « Nous ne sommes pas seuls », affirme-t-il.

Et c'est vrai. Partout dans le monde, des hommes et des femmes luttent pour la liberté d'expression. Des journalistes, des écrivains, des militants. Tous unis par la même conviction : les mots sont des armes puissantes.

Résultat des courses ? Une bibliothèque à Taipei, c'est bien. Mais c'est surtout le symbole d'une résistance qui ne s'arrêtera pas.

Et après ?

Alors, que réserve l'avenir à Trinh Huu Long et à sa bibliothèque ? Difficile de le dire. Mais une chose est sûre : il ne compte pas abandonner.

« Tant qu'il y aura des livres interdits, je serai là pour les sauver », déclare-t-il avec conviction. Un engagement qui force l'admiration.

Et nous, dans tout ça ? Peut-être devrions-nous nous poser la question : et si, demain, nos livres étaient interdits ? Qui les sauverait ?

En attendant, à Taipei, un homme continue de lutter. Avec des livres, des mots, et une détermination à toute épreuve.

Trinh Huu Long utilise un réseau de contacts au Vietnam et à l'étranger pour obtenir les livres interdits. Il travaille également avec des militants et des exils qui lui fournissent des ouvrages rares et censurés. Une fois les livres en sa possession, il les catalogue et les conserve dans sa bibliothèque à Taipei.

Au Vietnam, les livres interdits couvrent un large éventail de sujets. Principalement des œuvres politiques, des récits de droits de l'homme, des témoignages sur la répression gouvernementale, et des analyses critiques de la société vietnamienne. Ces livres sont souvent censurés pour leur contenu jugé subversif ou dangereux pour le régime en place.

Taïwan offre une certaine liberté d'expression et une protection relative pour les exils politiques. De plus, l'île est un lieu stratégique pour atteindre un public vietnamien en exil et international. Enfin, Taïwan dispose d'institutions académiques et culturelles qui soutiennent ce type de projets, comme l'université Chengchi où se trouve la bibliothèque Luat Khoa.