Selon BFM Business, l’annonce par le gouvernement d’une aide exceptionnelle de 50 euros pour les « gros rouleurs modestes » suscite des critiques dans le secteur de la santé et du social. Ces professionnels, souvent en première ligne, estiment que les critères d’éligibilité – notamment un plafond de revenus à 17 000 euros nets annuels pour une personne seule et un seuil de 8 000 kilomètres parcourus par an – les excluent massivement des dispositifs d’aide.
Face à la hausse persistante des prix des carburants, liée en partie à la guerre au Moyen-Orient, l’exécutif a présenté mardi une mesure ciblant trois millions de travailleurs modestes et grands rouleurs. L’aide, d’un montant de 50 euros par personne, sera versée en juin pour une durée de trois mois (avril à juin). Soit l’équivalent d’environ 20 centimes par litre pour ceux qui roulent 8 000 kilomètres sur la période, selon les précisions apportées par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur Europe 1.
Ce qu'il faut retenir
- L’aide de 50 euros est réservée aux travailleurs modestes roulant plus de 8 000 km/an ou habitant à plus de 15 km de leur lieu de travail.
- Le plafond de revenus pour une personne seule est fixé à 17 000 euros nets annuels (50 000 euros pour un couple avec deux enfants).
- Les aides-soignantes et aides à domicile, dont les salaires dépassent souvent le seuil, risquent d’être exclues du dispositif.
- Le montant de l’aide équivaut à 20 centimes par litre pour les bénéficiaires roulant 8 000 km sur trois mois.
- La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a salué l’inclusion des aides-soignants, mais les syndicats dénoncent des conditions trop restrictives.
Des critères jugés inappropriés par les professionnels de santé
« Le gouvernement dit on fait quelque chose, mais il s’est bien débrouillé pour que ça touche peu de monde », dénonce Élodie Papin, secrétaire FO Action sociale dans le Maine-et-Loire, interrogée par l’AFP. Les salaires dans les métiers du soin et de l’accompagnement social se situent souvent juste au-dessus du plafond de 17 000 euros nets, explique-t-elle. Pour Pascal Mazet, aide-soignant à l’hôpital de Decazeville (Aveyron) et représentant CGT, « un revenu de 17 000 euros annuels, c’est 1 417 euros net mensuels. Nous, on touche 1 700 à 1 800 euros ».
La colère monte également chez les infirmières libérales, dont les revenus dépassent systématiquement le seuil d’éligibilité. « En moins d’un mois, la profession a été écartée à trois reprises des dispositifs annoncés par le gouvernement », rappelle le premier syndicat représentatif, la FNI, dans un communiqué. Anne-Gaëlle Kramer, représentante du collectif des infirmiers libéraux en colère, dénonce une mesure « injuste » pour celles qui doivent parcourir 200 à 300 km par jour en zone rurale. « Certaines pourraient être contraintes de sélectionner leurs patients », craint-elle.
Des travailleurs essentiels, mais exclus des aides
Les aides à domicile, souvent employées en temps partiel et rémunérées via des indemnités kilométriques, font aussi les frais de ce dispositif. « Elles roulent énormément, surtout en milieu rural, et paient directement leur carburant à la pompe », souligne Laurence Jacquon, directrice adjointe de l’ADMR, un réseau associatif employeur. « On demandait un coup de pouce, et on se réjouit de ces annonces, mais il faudrait que ce soit versé rapidement. C’est maintenant qu’elles ont besoin de faire le plein », ajoute-t-elle.
Chez les employeurs, la mesure est accueillie avec prudence. Anne Cousin, directrice de la fédération d’employeurs UNA, salue l’aide mais juge les conditions « floues ». « Certaines entreprises organisent volontairement les tournées dans un secteur restreint, proche du domicile des salariées. Le seuil de 8 000 kilomètres ne sera pas forcément atteint », explique-t-elle. Les syndicats pointent aussi l’absence de précisions sur les plafonds de revenus pour certaines catégories, comme les parents célibataires ou les couples sans enfant.
« 20 centimes par litre, c’est dérisoire. Certains se disent que ça ne vaut plus le coup d’aller travailler et hésitent à se mettre en arrêt. »
— Pascal Mazet, aide-soignant à Decazeville (Aveyron) et représentant CGT
Un dispositif critiqué pour son manque d’ambition
Pour Élodie Papin, « l’aide concerne surtout des salariés à temps partiel ». Dans les branches des aides-soignantes et auxiliaires de puériculture, « le salaire moyen est juste au-dessus du seuil choisi ». Autant dire que le nombre de bénéficiaires parmi ces professions sera marginal. « C’est ridicule », abonde Pascal Mazet, dont les collègues ont vu leurs frais de carburant augmenter de « 350 à 400 euros mensuels » ces derniers mois. « Certains envisagent même de réduire leur activité », confie-t-il.
Du côté des infirmières libérales, la frustration est palpable. « Pour mes consœurs en déserts médicaux, c’est très injuste », estime Anne-Gaëlle Kramer. Elle rappelle que ces professionnelles, souvent en première ligne, assument des trajets longs et coûteux pour assurer les soins. « Le gouvernement les méprise en les excluant systématiquement des aides », ajoute-t-elle.
En attendant, les professionnels du secteur continuent de tirer la sonnette d’alarme. « On a besoin d’un vrai soutien, pas d’une aide symbolique », résume Élodie Papin. Pour beaucoup, la mesure actuelle ne suffira pas à compenser la hausse des coûts, qui pèse lourdement sur leur pouvoir d’achat et leur capacité à exercer leur métier.
L’aide est destinée aux travailleurs modestes qui roulent plus de 8 000 km par an ou dont le lieu de travail se situe à plus de 15 km de leur domicile. Le plafond de revenus est fixé à 17 000 euros nets annuels pour une personne seule (50 000 euros pour un couple avec deux enfants).
Leur salaire moyen dépasse souvent le plafond de revenus de 17 000 euros nets annuels. Par exemple, un aide-soignant touche généralement entre 1 700 et 1 800 euros net par mois, soit bien au-dessus du seuil d’éligibilité. De plus, certaines entreprises organisent des tournées dans des zones restreintes, limitant le nombre de kilomètres parcourus.