Depuis quelques années, l'artiste et technologue Alida Sun basée à Berlin a développé un système qui lui permet de créer des œuvres numériques étincelantes en lien avec son mouvement corporel. Selon Euronews FR, ces œuvres sont réalisées grâce à un instrument audiovisuel qu'elle a conçu elle-même, détectant la lumière et traduisant ses mouvements en images et en sons.

Ce système a permis à Sun de créer une nouvelle œuvre chaque jour pendant 2 500 jours, soit près de sept ans de programmation quotidienne. Comme elle l'explique à Euronews Culture, « Quand j'ai entamé cette aventure de programmation quotidienne, je savais qu'il faudrait que ce soit un processus régénérant et amusant pour moi, parce que coder et rester scotchée à un écran n'est pas vraiment une pratique très saine. »

Ce qu'il faut retenir

  • Alida Sun a développé un système permettant de créer des œuvres numériques en lien avec son mouvement corporel.
  • Elle a créé une nouvelle œuvre chaque jour pendant 2 500 jours, soit près de sept ans de programmation quotidienne.
  • Ses œuvres sont exposées dans la galerie Method Delhi sous le titre RITES, mettant en avant les rituels corporels et l'histoire des savoir-faire matériels derrière les lignes de code.

L'art et la technologie

Aujourd'hui, Sun cherche à rendre l'art généré par le code plus intime et plus concret. Elle trouve inépuisablement fascinant de voir comment les gens peuvent se connecter à une œuvre à travers l'écran de leur téléphone et comment cela peut les toucher physiquement, alors qu'elle utilise justement sa propre physicalité pour créer ces œuvres de code.

Le code est perçu comme un médium très cérébral, on l'imagine souvent coupé du corps, mais c'est précisément ce que Sun remet en question. Elle explique que « le code est perçu comme un médium très cérébral, on l'imagine souvent coupé du corps, mais c'est précisément ce que je remets en question. »

La collaboration avec les artisanes

RITES va plus loin encore et traduit les œuvres de code de Sun en tapisseries tissées et brodées à la main. Ces pièces ont été réalisées en collaboration avec des artisanes tisserandes de l'institut Swami Sivananda Memorial Institute of Fine Arts & Crafts (SSMI), une organisation à but non lucratif basée à Delhi.

L'exposition propose une autre façon de regarder la technologie, en s'intéressant à « l'histoire qui se situe en dehors de cette “bro-ligarchie” des géants de la tech », explique Sun. Au cœur du projet se trouve la revalorisation des contributions essentielles, souvent effacées, des femmes au développement de la programmation informatique moderne.

La créativité des femmes

Les tapisseries éclatantes aux fils minutieusement entrelacés sont des vecteurs idéaux pour raconter cette histoire : la programmation moderne trouve en effet ses racines dans le tissage, une pratique traditionnellement associée au travail des femmes. Comme Sun le rappelle, « ce sont littéralement des femmes qui ont tissé la mémoire qui a permis à l'humanité d'aller sur la Lune. »

Cette technologie, appelée « mémoire à câblage fixe » (« core-rope memory »), s'apparentait beaucoup au tissage, et la plupart de ces codeuses avaient auparavant travaillé dans des usines textiles. L'héritage informatique des femmes et la parenté entre textile et code ont aussi nourri la collaboration de Sun avec les artisanes du SSMI.

Et maintenant ?

Alors que Sun poursuit son aventure de création quotidienne, elle reste attachée à cette dimension de jeu et de mouvement. Elle assure que « ça rend le processus de programmation beaucoup plus agréable et réparateur. » Il y a quelque chose d'étrangement thérapeutique dans le code pour elle. Après la clôture, le mois dernier, de son exposition à Method Delhi, RITES de Sun est désormais visible en ligne.

D'autres expositions sont à guetter dans les mois à venir, notamment une conférence sur RITES et l'« incarnation » du code à l'Académie des beaux-arts de Vienne, puis une intervention lors de la conférence Women In Tech Sweden, à Stockholm. Sun elle-même critique activement, à travers son art et sur son compte Instagram, les systèmes d'exclusion dans le monde de la tech et au-delà.

En conclusion, l'œuvre d'Alida Sun nous invite à repenser notre relation avec la technologie et à valoriser les contributions des femmes dans le domaine de la programmation informatique. En intégrant son corps et ses mouvements dans la création de ses œuvres, Sun nous montre que le code peut être à la fois cérébral et physique, et que l'art peut être à la fois numérique et artisanal.