Les dirigeants des cinq pays d’Asie centrale se sont réunis à Astana la semaine dernière pour adopter une stratégie commune face aux défis environnementaux majeurs qui pèsent sur la région. Selon Euronews FR, ce sommet écologique régional a abouti à la signature d’une déclaration sur la « solidarité environnementale de l’Asie centrale », marquant une volonté inédite de coopération entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkménistan et le Tadjikistan.
Ce qu'il faut retenir
- Déclaration commune : les cinq pays s’engagent à harmoniser leurs positions sur les questions environnementales et climatiques avant les prochaines négociations internationales.
- Propositions phares : création d’une organisation internationale de l’eau sous l’égide de l’ONU, d’un fonds pour la biodiversité et d’un programme interétatique pour la protection de la mer Caspienne.
- Financements : accords signés pour près de 2 milliards d’euros en faveur des énergies renouvelables, de la décarbonation et de la gestion des déchets au Kazakhstan.
- Projets concrets : construction d’un parc éolien d’un gigawatt au Kazakhstan, réintroduction d’espèces menacées comme l’antilope saïga ou le tigre turanien.
- Bilan carbone : objectif de 2 milliards d’arbres plantés d’ici 2027, après les incendies de 2023 qui avaient ravagé 70 000 hectares et causé 15 morts.
- Mobilisation citoyenne : lancement de la campagne « Taza Kazakhstan » et création d’un site dédié recueillant 30 000 demandes annuelles de participation.
Une coopération régionale inédite sur les enjeux écologiques
Ce sommet, organisé à Astana du 22 au 25 avril 2026, a réuni les dirigeants des cinq pays d’Asie centrale pour la première fois autour d’une table commune dédiée aux questions environnementales. Selon le ministre kazakh de l’Écologie, Yerlan Nyssanbayev, la signature de la déclaration sur la « solidarité environnementale de l’Asie centrale » constitue le principal résultat de cet événement, comme il l’a indiqué à la presse.
Cette déclaration engage les pays signataires à élaborer des solutions conjointes face aux défis transfrontaliers qui menacent la stabilité de la région, notamment la raréfaction des ressources en eau, la désertification et la perte de biodiversité. « Globalement, les grandes priorités qui nous tenaient à cœur ont été soutenues lors du sommet », a-t-il précisé. « Je considère que c’est le principal résultat de cet événement. »
Trois initiatives majeures portées par le Kazakhstan
Parmi les propositions avancées par le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, trois ont particulièrement retenu l’attention des dirigeants régionaux. La première vise à créer une organisation internationale de l’eau sous l’égide des Nations unies, avec des consultations préliminaires lancées en marge du sommet. Une initiative jugée essentielle dans une région où les tensions autour de l’accès à l’eau sont croissantes.
Le deuxième projet soutenu par les participants concerne la création d’un fonds international pour la biodiversité, destiné à financer la protection des espèces menacées et la restauration des écosystèmes. Enfin, les dirigeants ont validé l’idée d’un programme interétatique pour la protection des ressources en eau de la mer Caspienne, une zone stratégique partagée entre les cinq pays.
Financements massifs pour accélérer la transition verte
L’un des temps forts du sommet a été la signature d’accords financiers totalisant près de 2 milliards d’euros, destinés à soutenir des projets concrets au Kazakhstan. Ces financements, issus d’une collaboration entre la Commission européenne, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et le gouvernement kazakh, couvrent plusieurs domaines : énergies renouvelables, gestion des déchets, décarbonation industrielle et production d’engrais plus respectueux de l’environnement.
Parmi les réalisations phares, la construction d’un parc éolien d’un gigawatt dans la région de Jambyl, au sud du Kazakhstan, devrait permettre d’éviter l’émission de plusieurs millions de tonnes de CO₂ par an. Ces projets s’inscrivent dans la feuille de route tracée par le président Tokaïev lors de la 78e Assemblée générale des Nations unies en 2023, où il avait proposé l’organisation de ce sommet régional.
Restaurer les écosystèmes : un défi relevé par le Kazakhstan
Le pays mise sur des programmes ambitieux pour restaurer sa biodiversité, comme en témoignent les résultats obtenus pour l’antilope saïga. En 2003, cette espèce était réduite à seulement 21 000 individus, contre environ 92 000 au début des années 1990. Grâce à des mesures de protection renforcées, sa population atteint désormais près de 5 millions de têtes, un succès salué par les experts internationaux.
D’autres espèces emblématiques font l’objet de programmes de réintroduction, comme le cheval de Przewalski, dont 14 individus ont déjà été transférés depuis l’Europe. Quarante autres doivent être acheminés d’ici 2029 pour reconstituer une population viable. Le Kazakhstan a également lancé la réintroduction du tigre turanien, disparu du pays depuis 1948. Deux tigres de l’Amour, originaires de Russie, ont déjà été introduits dans une réserve dédiée. « Nous lançons un vaste programme pour restaurer le tigre turanien, a expliqué Nyssanbayev. Il s’agit en réalité de ramener une espèce qui avait disparu de la région. »
Reboisement et lutte contre les incendies : un chantier colossal
Le programme de plantation de 2 milliards d’arbres, lancé en 2020 par le président Tokaïev, prend une dimension critique après les incendies dévastateurs de 2023 dans le nord du pays. Ces feux avaient causé la mort de 15 personnes et détruit quelque 70 000 hectares de forêt. À ce jour, près de 1,648 milliard d’arbres ont déjà été plantés, et l’objectif est d’atteindre les 2 milliards d’ici fin 2027.
Parallèlement, le ministère de l’Écologie mène des travaux de restauration post-incendie, avec pour priorité le défrichage des zones brûlées et la replantation de nouvelles forêts sur trois ans. Le bois exploitable est valorisé par la construction de trois usines de transformation, tandis que plus de 100 équipes s’activent sur le terrain. D’ici la fin 2026, elles prévoient de déblayer quelque 600 kilomètres de zones forestières touchées, et les opérations de reforestation ont déjà commencé sur plus de 100 hectares.
Une mobilisation citoyenne pour ancrer la culture écologique
Au-delà des engagements politiques, le Kazakhstan mise sur l’implication de ses citoyens pour ancrer une culture écologique durable. La campagne « Taza Kazakhstan » (« Kazakhstan propre »), lancée en 2024, est devenue un mouvement national incluant des actions de plantation d’arbres en milieu urbain, le nettoyage des plans d’eau et de leurs abords. « Un travail important est également mené en matière d’éducation à l’environnement dans les écoles et les universités, a souligné Nyssanbayev. Des activités pratiques saisonnières sont organisées dès le début du printemps, ce qui produit déjà des résultats positifs. »
Le ministère a mis en place un site internet dédié, sur lequel plus de 30 000 demandes citoyennes sont enregistrées chaque année. La plupart concernent l’amélioration des conditions sanitaires, le nettoyage des espaces publics et des initiatives de plantation d’arbres, preuve d’un engagement croissant de la population.
Ce sommet d’Astana marque une avancée notable dans la coopération environnementale en Asie centrale, même si les défis à relever restent immenses. Entre raréfaction des ressources, désertification et perte de biodiversité, la région doit désormais passer des promesses aux actes pour garantir la stabilité écologique et économique de ses populations.
Les cinq pays membres de l’Asie centrale présents au sommet étaient le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkménistan et le Tadjikistan.
Ce programme, lancé en 2020, vise à restaurer les forêts dévastées par les incendies de 2023, lutter contre la désertification et contribuer à la séquestration du CO₂. L’objectif est d’atteindre 2 milliards d’arbres plantés d’ici fin 2027, après 1,648 milliard déjà réalisés à ce jour.