Une proposition de loi visant à autoriser certains salariés à travailler le 1er mai, sur la base du volontariat et moyennant un doublement de leur rémunération, arrive ce vendredi 11 avril 2026 à l’Assemblée nationale. Le texte, porté initialement par le Sénat, avait été adopté en juillet 2025 à 228 voix contre 112, et sera examiné par les députés dans le cadre de la niche parlementaire du groupe macroniste EPR, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet de loi autorise certaines professions à travailler le 1er mai sur la base du volontariat et avec un doublement du salaire.
  • Les métiers concernés incluent les boulangeries, fleuristes et établissements culturels comme les cinémas et théâtres, sous réserve d’un décret du Conseil d’État.
  • Le texte vise à clarifier une situation juridique floue depuis 1947, renforcée par une jurisprudence de la Cour de cassation en 2006.
  • Le patronat, via la CPME, soutient le texte, tandis que les syndicats s’y opposent fermement, y voyant une atteinte aux droits des travailleurs.
  • La France Insoumise a déposé plus de 200 amendements, dont certains proposent de nouveaux jours fériés.
  • Si adopté dans les mêmes termes, le texte pourrait entrer en vigueur dès le 1er mai 2026.

Un texte porté par le gouvernement pour lever une zone grise juridique

Le projet de loi, réduit à un seul article, cherche à mettre fin à une ambiguïté juridique persistante autour du travail le 1er mai. Depuis 1947, des dérogations existent pour « les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail ». Pourtant, une jurisprudence de la Cour de cassation en 2006 a renforcé l’incertitude en renvoyant les cas « au cas par cas » à l’État, rapporte Thibault Bazin (LR), rapporteur du texte. « Le texte n’a rien à voir avec la suppression de deux jours fériés évoquée par François Bayrou, mais vise uniquement à garantir la sécurité juridique des commerces », précise-t-il.

Cette proposition répond à une recrudescence des contrôles ces dernières années. Entre 2023 et 2025, des procès-verbaux ont été dressés à l’encontre de boulangers travaillant le 1er mai, entraînant une fermeture massive de ces commerces par crainte de contentieux. « La plupart des boulangers ont préféré fermer le 1er mai de l’année suivante », rappelle Thibault Bazin. Le texte propose donc d’établir une liste claire de professions autorisées à travailler ce jour-là, parmi lesquelles figurent les établissements vendant des produits alimentaires au détail, ceux fabriquant des produits de consommation immédiate, ou encore les lieux culturels comme les cinémas et théâtres.

Un clivage entre patronat et syndicats sur le volontariat et la symbolique du 1er mai

Sans surprise, le projet de loi divise profondément. Le patronat, représenté par la CPME, y voit une réponse concrète aux attentes du terrain. Dans un communiqué, l’organisation salue un texte qui « relève du bon sens » et défend « la liberté de travailler », tout en soutenant les commerces de proximité. « Cette proposition met fin à une incohérence juridique qui pénalise inutilement les entrepreneurs et leurs salariés volontaires », estime la CPME, citée par Le Figaro.

Côté syndicats, l’opposition est unanime. Dans une lettre adressée aux députés, l’intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNA, Solidaires, FSU) dénonce une mesure allant à l’encontre des « petits commerces indépendants de proximité », déjà capables d’ouvrir ce jour sans subir la concurrence des grandes entreprises. Les syndicats critiquent également la notion de « volontariat », jugée illusoire en raison du lien de subordination inhérent au contrat de travail. Pour eux, cette réforme symbolise une tentative de désacralisation du 1er mai, « commémorant les luttes pour les droits des travailleurs ».

« Dans les TPE, le rapport au salarié est très humain, alors le volontariat ne pose pas de difficulté. On ne permet pas à une Fnac ou un Cultura d’ouvrir, ni à des grands groupes où la notion de volontariat ne fonctionne pas. »
Thibault Bazin (LR), rapporteur du texte

Les grandes enseignes culturelles et l’ombre des amendements de La France Insoumise

Si le texte semble exclure les grandes enseignes culturelles comme la Fnac, grâce à une formulation précisant que seuls les établissements « exerçant à titre principal une activité culturelle » sont concernés, l’incertitude persiste. Un décret du Conseil d’État devra préciser les catégories d’établissements éligibles, laissant planer le doute sur l’avenir de ces commerces. Par ailleurs, La France Insoumise, qui ne peut bloquer le texte par une majorité absolue, mise sur l’obstruction parlementaire. Près de 200 amendements ont été déposés, dont 100 par les députés Ersilia Soudais et Thomas Portes.

Parmi ces amendements, sept proposent l’instauration de nouveaux jours fériés : le 26 juin (révolution de 1848), le 4 août (abolition des privilèges en 1789), le 16 janvier (cinquième semaine de congés payés), ou encore le 30 juin pour célébrer les « amitiés », une notion décrite comme « politique et révolutionnaire » par ses auteurs. Un autre amendement, déposé par Ersilia Soudais, vise simplement à « relever l’indécence de la proposition de loi ».

Un calendrier serré et des enjeux économiques sous-jacents

Le gouvernement mise sur ce texte pour rapporter près de 1,5 milliard d’euros aux caisses de l’État, un argument qui pourrait peser dans les débats. Thibault Bazin se dit confiant quant à l’adoption du projet : « Nous avons obtenu une majorité en commission, c’est un signal positif des équilibres dans l’hémicycle. Le texte initial a été corrigé pour que ses effets restent très limités. » Si l’Assemblée adopte le texte dans les mêmes termes que le Sénat, ses dispositions pourraient entrer en vigueur dès le 1er mai 2026, la promulgation d’une loi par le président de la République s’effectuant dans les 15 jours suivant son approbation par les deux chambres. En cas de modifications, une commission mixte paritaire pourrait retarder son application.

Et maintenant ?

Les débats à l’Assemblée nationale s’annoncent houleux, avec un vote prévu dès ce vendredi 11 avril. Si le texte est adopté, son entrée en vigueur dépendra de la rapidité des décrets d’application, notamment pour les enseignes culturelles. Parallèlement, les syndicats ont annoncé leur intention de maintenir la pression, tandis que les grandes enseignes concernées attendent des clarifications sur leur éligibilité. Les prochaines semaines pourraient donc être décisives pour l’avenir de ce projet, qui cristallise les tensions autour du 1er mai, symbole à la fois des droits sociaux et de la liberté d’entreprise.

Reste à voir si les députés parviendront à trouver un compromis ou si, comme le redoutent certains observateurs, le texte sera rejeté ou profondément amendé. Une chose est sûre : ce projet de loi, bien que technique, ravive un débat plus large sur l’équilibre entre flexibilité économique et protection des droits des travailleurs.

Le texte vise principalement trois catégories : les établissements vendant des produits alimentaires au détail, ceux fabriquant ou préparant des produits de consommation immédiate (comme les boulangeries ou traiteurs), ainsi que les lieux culturels (cinémas, théâtres) dont l’activité principale est culturelle. Les grandes enseignes comme la Fnac ou Cultura ne sont pas explicitement incluses, mais un décret du Conseil d’État devra préciser les catégories éligibles.

Les syndicats y voient une atteinte aux droits des travailleurs et une remise en cause symbolique du 1er mai, journée commémorant les luttes sociales. Ils critiquent notamment la notion de « volontariat », jugée illusoire dans le cadre d’un contrat de travail, et dénoncent une mesure favorisant les grands groupes au détriment des petits commerces indépendants.