Alors que le conflit en Iran s’intensifie et que le détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique, se trouve sous tension, la Banque d’Angleterre a choisi de maintenir son taux directeur à 3,75 %, une décision largement anticipée par les observateurs. Selon Euronews FR, cette annonce intervient dans un contexte marqué par une flambée des prix du pétrole, le baril de Brent ayant brièvement franchi le seuil de 126 dollars (108 euros), soit son plus haut niveau depuis le déclenchement de l’invasion russe en Ukraine en 2022.

Ce qu'il faut retenir

  • La Banque d’Angleterre conserve son taux directeur à 3,75 %, malgré une inflation britannique à 3,3 % en mars, tirée par la hausse des prix de l’énergie.
  • Le cours du Brent dépasse 126 dollars, niveau inédit depuis quatre ans, en raison de la fermeture de facto du détroit d’Ormuz par Téhéran.
  • Près d’un cinquième du pétrole mondial transite normalement par cette route maritime, aujourd’hui sous haute tension.
  • Les prévisions économiques de la Banque, publiées ce jeudi, devraient réviser à la hausse les projections d’inflation et à la baisse les perspectives de croissance.
  • La chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, s’est dite prête à soutenir ménages et entreprises en cas d’aggravation de la crise.

Une décision alignée sur les grandes banques centrales

Le maintien des taux par la Banque d’Angleterre s’inscrit dans une logique régionale, puisque la Réserve fédérale américaine a pris la même direction la veille, pour la troisième fois consécutive. Le Japon avait, de son côté, adopté un statu quo monétaire mardi. Cette synchronisation reflète une prudence partagée face à l’incertitude économique mondiale, exacerbée par la guerre en Iran et ses répercussions sur les marchés énergétiques. « Les répercussions du conflit se font toujours vivement sentir et l’incertitude sur l’évolution de la situation demeure également très élevée », a souligné Sandra Horsfield, économiste chez Investec, dans des propos rapportés par Euronews FR.

Avant le début des hostilités, le 28 février 2026, les marchés tablaient sur une baisse des taux par la Banque d’Angleterre au printemps, l’inflation devant alors revenir vers l’objectif de 2 % fixé par l’institution. Or, la crise pétrolière et la fermeture du détroit d’Ormuz ont bouleversé ces anticipations. En temps normal, cette voie maritime voit transiter 20 % du pétrole brut mondial, une fermeture durable entraînerait donc des perturbations majeures sur l’approvisionnement.

L’inflation britannique sous pression

La hausse des prix de l’énergie, directement liée à la tension géopolitique, a déjà des répercussions concrètes au Royaume-Uni. L’inflation a atteint 3,3 % en mars, un pic depuis trois mois, principalement alimenté par la flambée des coûts à la pompe. Les ménages britanniques subissent ainsi une nouvelle pression sur leur pouvoir d’achat, alors que les prévisions de croissance pourraient être revues à la baisse dans les prochains rapports de la Banque d’Angleterre. Selon les analystes, le comité de politique monétaire, composé de neuf membres, a massivement voté pour le maintien des taux, même si un ou deux d’entre eux ont pu plaider en faveur d’une hausse de 0,25 point pour anticiper un regain inflationniste.

Les économistes s’attendent à ce que la Banque signale, dans ses nouvelles projections trimestrielles, un scénario plus pessimiste. Ces prévisions, les premières depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, devraient refléter une inflation plus élevée et une croissance atone. « Les marchés financiers parient sur une fermeture durable du détroit d’Ormuz », note Euronews FR, alors que le cessez-le-feu actuellement en vigueur reste fragile.

Les réactions politiques et les défis à venir

Côté gouvernement, la chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, a d’ores et déjà indiqué que Londres était prêt à intervenir pour soutenir les ménages et les entreprises si la situation venait à se dégrader davantage. « Les plans pour le pouvoir d’achat ont été bouleversés par la crise au Moyen-Orient, et nous agirons en conséquence », a-t-elle déclaré. Cette position illustre l’inquiétude des autorités face à un choc économique qui s’ajoute aux défis structurels du Royaume-Uni, comme la sortie de l’Union européenne.

Pour les marchés, la priorité reste l’évolution du conflit et son impact sur les flux pétroliers. Un blocage prolongé du détroit d’Ormuz pourrait en effet entraîner des pénuries et une volatilité accrue des prix, avec des conséquences en cascade sur l’inflation et la croissance mondiale. Les investisseurs scruteront donc avec attention les signaux envoyés par la Banque d’Angleterre lors de la conférence de presse du gouverneur Andrew Bailey, prévue après la publication des nouvelles prévisions.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent décisives : si le cessez-le-feu en Iran tient, les tensions sur les prix pourraient se calmer, permettant à la Banque d’Angleterre d’envisager un assouplissement monétaire. À l’inverse, une escalade du conflit ou une fermeture durable du détroit d’Ormuz contraindrait les autorités à revoir leurs plans de soutien et à envisager de nouvelles hausses de taux pour limiter l’inflation. Les analystes surveilleront également les décisions de la Fed et de la Banque centrale européenne, dont les orientations influencent directement la politique monétaire britannique.

En définitive, la décision de la Banque d’Angleterre s’inscrit dans un équilibre précaire entre lutte contre l’inflation et soutien à une croissance déjà affaiblie. Les prochains mois diront si cette stratégie suffit à amortir les chocs externes ou si, au contraire, elle révèle ses limites face à une crise géopolitique aux multiples inconnues.

Le détroit d’Ormuz est une voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du pétrole brut mondial. Une fermeture, même temporaire, perturbe gravement l’approvisionnement et entraîne une flambée des prix, comme l’a montré l’épisode actuel où le baril de Brent a dépassé 126 dollars, un niveau inédit depuis quatre ans.