Alors que le 45e jour du conflit entre l’Iran et les États-Unis s’ouvre dans un climat de forte tension, l’échec des négociations de paix organisées à Islamabad, capitale du Pakistan, a conduit Washington à franchir une nouvelle étape dans l’escalade. Donald Trump a annoncé hier, via son réseau social Truth Social, l’instauration d’un blocus naval ciblant les ports iraniens à partir de 16 heures (heure française) ce 13 avril 2026. Une mesure contestée par plusieurs pays, tandis que les tensions régionales s’exacerbent, selon ce qu’a rapporté BMF - International.
Ce qu'il faut retenir
- Blocus naval américain : À partir de 16h aujourd’hui, les navires de toutes nationalités entrant ou sortant des ports iraniens seront bloqués par l’armée américaine, sauf ceux ne se dirigeant pas vers l’Iran.
- Rejet international : Le Royaume-Uni, l’Espagne et la Chine ont critiqué cette décision, la jugeant « sans sens » ou « illégale ».
- Réactions iraniennes : Téhéran qualifie le blocus de « piraterie » et menace de riposter, tandis que les Gardiens de la Révolution promettent un « choc commercial mondial » si les États-Unis interviennent dans le détroit d’Ormuz.
- Échec des négociations : L’Iran et les États-Unis étaient « à deux doigts » d’un accord à Islamabad, selon le ministre iranien des Affaires étrangères, avant que les pourparlers ne s’effondrent.
- Conséquences économiques : Le baril de pétrole américain a dépassé les 100 dollars hier, tandis que l’Allemagne annonce des mesures pour atténuer l’impact de la guerre sur les prix des carburants.
- Dégâts collatéraux : Au moins six morts ont été recensés dans des frappes israéliennes au Liban, dont un secouriste de la Croix-Rouge, et 77 bâtiments historiques ont été endommagés à Téhéran.
Un blocus contesté, une escalade militaire immédiate
Dès l’annonce de Donald Trump, dimanche 12 avril, l’armée américaine a précisé que le blocus concernerait « les navires de toutes nationalités » pénétrant ou quittant les ports iraniens à partir de 16 heures (heure française) aujourd’hui. Seuls les bâtiments ne se rendant pas en Iran seraient autorisés à transiter par le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite 25 % du pétrole mondial, selon les Gardiens de la Révolution iraniens. « Les menaces du président des États-Unis sont ridicules et amusantes », a réagi l’amiral iranien Shahram Irani, assurant que les forces navales de son pays « surveillaient tous les mouvements » américains dans la région, comme le rapporte BMF - International.
Cette décision s’inscrit dans un contexte où les négociations entre Téhéran et Washington, médiatisées par le Pakistan, ont échoué samedi. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a confirmé que les deux pays étaient « à deux doigts » d’un accord avant que les exigences américaines ne deviennent « fluctuantes » et que le blocus ne soit annoncé. « Nous avons été confrontés au jusqu’au-boutisme et au blocus », a-t-il déclaré sur X. De son côté, Donald Trump a balayé les espoirs d’un retour des Iraniens à la table des négociations : « Cela m’est égal qu’ils reviennent ou non. S’ils ne reviennent pas, ça me va très bien », a-t-il lancé aux journalistes.
Le blocus américain rejeté par plusieurs alliés et rivaux
La décision américaine a provoqué une vague de réactions internationales. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a clairement indiqué que Londres « ne soutenait pas » ce blocus lors d’une interview à la BBC. « Nous avons été clairs : nous n’allons pas nous laisser entraîner dans cette guerre », a-t-il souligné, tout en rappelant que le Royaume-Uni participait à des « actions défensives » depuis le début du conflit fin février. Une position partagée par la ministre espagnole de la Défense Margarita Robles, qui a qualifié le blocus de « sans sens » et dénoncé « un épisode de plus dans cette dérive ».
La Chine, pour sa part, a appelé à une navigation « sans entraves » dans le détroit d’Ormuz, rappelant que cette voie commerciale était « d’intérêt commun pour la communauté internationale ». Pékin a également exhorté l’Iran et les États-Unis à « éviter de reprendre les hostilités », tout en niant catégoriquement des rumeurs selon lesquelles elle livrerait des équipements militaires à Téhéran. « Ces allégations sont des calomnies sans fondement », a affirmé le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun.
L’Iran contre-attaque : menaces et conséquences régionales
Face à l’annonce du blocus, l’armée iranienne a qualifié la mesure d’« illégale » et de « piraterie », avertissant que « si la sécurité des ports iraniens est menacée, aucun port du Golfe ne sera en sécurité ». Les Gardiens de la Révolution ont enchaîné les déclarations belliqueuses : Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du commandement opérationnel conjoint, a menacé de transformer le détroit de Bab el-Mandeb en une nouvelle zone de tension, soulignant que ces deux détroits acheminent « plus de 25 % des flux mondiaux de pétrole ». « C’est ainsi qu’un choc commercial mondial peut se produire », a-t-il prévenu. Le général Esmail Qaani a quant à lui promis que les États-Unis « quitteraient la région sans avoir accompli quoi que ce soit » et que le détroit d’Ormuz « resterait toujours sous contrôle iranien ».
Ces tensions surviennent alors que les combats s’intensifient sur plusieurs fronts. Au Liban, au moins six morts, dont un secouriste de la Croix-Rouge, ont été recensés hier dans des frappes israéliennes à Bint Jbeil. La Croix-Rouge a condamné « fermement » cette attaque, rappelant que les véhicules humanitaires étaient clairement identifiables. L’armée libanaise a également annoncé la mort d’un de ses soldats, Abbas Hassan Qassem, décédé des suites de blessures subies lors d’une frappe israélienne la semaine dernière. « Le moindre faux pas piégera l’ennemi dans les tourbillons mortels du détroit », ont prévenu les Gardiens de la Révolution avant même l’annonce du blocus.
L’impact économique : pétrole en hausse, croissance en baisse
Les tensions géopolitiques ont immédiatement fait réagir les marchés. Le baril de West Texas Intermediate (WTI) a dépassé les 100 dollars hier, soit une hausse de plus de 7 % en quelques heures. Le Brent, référence européenne, s’échangeait autour de 101,80 dollars, en hausse de 6,8 %. Cette flambée des cours intervient alors que l’Allemagne, déjà fragilisée par la guerre, annonce des mesures pour soulager les ménages et les entreprises. Le chancelier Friedrich Merz a prévenu que son pays ressentirait « encore longtemps » les conséquences du conflit, même après son terme. « Nous nous préparons à une charge considérable pour l’économie allemande sur une période prolongée », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Berlin. Le gouvernement allemand prévoit de réduire provisoirement une taxe sur le diesel et l’essence pour faire baisser les prix à la pompe, avec un bonus d’environ 17 centimes par litre.
Cette crise intervient alors que le ministre délégué aux Comptes publics français, David Amiel, a annoncé que la guerre aurait « un impact sur la croissance et l’inflation » en France. Les prévisions de croissance pour 2026, déjà revues à la baisse, devraient être réévaluées la semaine prochaine. « Ces chiffres avaient été calculés avant le déclenchement du conflit », a-t-il rappelé sur France 2. Il a également évoqué la possibilité de renforcer les aides ciblées aux ménages si la situation persiste « pendant des mois », sous réserve de financements disponibles.
Dégâts collatéraux : patrimoine iranien endommagé et crise humanitaire au Liban
En Iran, la guerre laisse également des traces sur le patrimoine historique. Selon Sajjad Asghari, secrétaire du Comité de suivi de la protection des bâtiments historiques de Téhéran, 77 monuments et musées-palais de la capitale ont été endommagés. Parmi eux, 38 sont classés au niveau national. « 90 % des dégâts sont mineurs, mais 10 % sont graves », a-t-il précisé. Heureusement, les objets abrités dans ces bâtiments restent intacts. Au Liban, la situation humanitaire se dégrade : en plus du secouriste tué, un autre membre de la Croix-Rouge a été blessé dans l’attaque de drone israélienne. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a affirmé dimanche que l’armée avait « éliminé la menace d’une invasion » du Hezbollah lors d’une visite dans le sud du Liban, sa première depuis le début des combats.
Par ailleurs, les tensions diplomatiques entre les États-Unis et le Vatican se sont cristallisées après les déclarations de Donald Trump sur le pape Léon XIV. Critiquant son allocution antiguerre, Trump a affirmé qu’il n’était « pas un grand fan » du souverain pontife, l’accusant de « faire joujou avec un pays qui souhaite se doter de l’arme nucléaire ». Une sortie qui a provoqué l’indignation du sénateur démocrate Mark Kelly, qui a qualifié ces propos d’« abjects » sur X.
En conclusion, ce 45e jour de conflit confirme l’entrée dans une phase d’escalade où les enjeux militaires, économiques et diplomatiques s’entremêlent. Entre menaces iraniennes, divisions entre alliés et conséquences humanitaires, la région s’enfonce dans une crise dont les répercussions pourraient dépasser le cadre régional.
Le détroit d’Ormuz est une voie maritime majeure par laquelle transite près de 25 % du pétrole mondial, soit plus de 3 milliards de dollars de flux pétroliers quotidiens. Il relie le golfe Persique au golfe d’Oman et constitue un point de passage obligé pour les exportations énergétiques de plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Toute perturbation dans cette zone aurait des conséquences immédiates sur les prix de l’énergie à l’échelle mondiale.
Un blocus prolongé du détroit d’Ormuz pourrait entraîner une pénurie d’approvisionnement en pétrole, faisant flamber les prix à la pompe et pesant sur la croissance des pays dépendants des importations énergétiques. Les économies européennes, déjà fragilisées par la guerre en Ukraine, seraient particulièrement touchées. Les pays asiatiques, grands consommateurs de brut moyen-oriental, devraient également subir des hausses de coûts. À plus long terme, cela pourrait accélérer la transition vers des énergies alternatives et modifier les routes commerciales mondiales.
