Deux études publiées ce vendredi 10 avril 2026 dans The Lancet, relayées par Ouest France, révèlent des résultats prometteurs pour deux médicaments américains dans le traitement de formes résistantes de cancers de l'ovaire. Ces travaux pourraient offrir une nouvelle option thérapeutique à des patientes dont la maladie ne répond plus aux traitements standards, un enjeu majeur dans la prise en charge de ce cancer.
Ce qu'il faut retenir
- Deux études publiées dans The Lancet le 10 avril 2026 démontrent l'efficacité de deux médicaments pour améliorer la survie de patientes atteintes de cancers de l'ovaire résistants.
- Les médicaments testés sont le Keytruda (Merck/MSD) et le Lifyorli (Corcept Therapeutics), tous deux développés aux États-Unis.
- Ces traitements ont permis une légère augmentation de la survie chez des patientes dont la maladie était devenue résistante à la thérapie conventionnelle.
- Le Keytruda est déjà utilisé dans d'autres indications oncologiques, tandis que le Lifyorli représente une approche innovante ciblant une voie biologique spécifique.
- Les résultats, bien que modestes, ouvrent une piste pour des stratégies thérapeutiques alternatives dans une pathologie où les options se raréfient.
Des médicaments testés sur des patientes en échec thérapeutique
Les deux études, publiées simultanément dans The Lancet, se concentrent sur des patientes atteintes d'un cancer de l'ovaire en phase avancée, dont la maladie avait résisté aux traitements par chimiothérapie et thérapies ciblées classiques. Selon Ouest France, ces travaux montrent que l'ajout de ces deux médicaments permet d'allonger légèrement la durée de survie par rapport à un placebo, tout en maintenant une tolérance acceptable. « Ces résultats sont modestes, mais ils constituent une avancée significative pour des patientes qui n'avaient plus d'options », a précisé un oncologue cité par l'Agence France-Presse.
Le premier médicament, le Keytruda, est un anticorps monoclonal déjà largement utilisé dans d'autres types de cancers, comme le mélanome ou certains cancers du poumon. Il agit en bloquant la protéine PD-1, qui permet aux cellules cancéreuses d'échapper au système immunitaire. Le second, le Lifyorli, développé par le laboratoire Corcept Therapeutics, cible quant à lui le récepteur des glucocorticoïdes, une voie biologique impliquée dans la résistance aux traitements.
Des avancées limitées, mais une lueur d'espoir
Les essais cliniques ont porté sur des cohortes de plusieurs centaines de patientes, avec des résultats comparables entre les deux molécules. Selon les données publiées, la médiane de survie sans progression de la maladie a été prolongée de quelques mois par rapport au groupe témoin, sans augmentation significative des effets indésirables graves. « On parle d'un gain de quelques semaines à quelques mois, mais pour ces patientes, chaque jour compte », a souligné un chercheur interrogé par Ouest France.
Ces résultats restent en deçà des attentes des oncologues, qui recherchent des percées plus marquées. Cependant, dans le paysage actuel des cancers de l'ovaire résistants, où les options thérapeutiques sont limitées, cette avancée est perçue comme une étape encourageante. « C'est une porte entrouverte, même si elle n'est pas encore grande ouverte », a résumé un spécialiste sous couvert d'anonymat.
Un contexte de besoins médicaux non couverts
Le cancer de l'ovaire reste l'un des cancers gynécologiques les plus agressifs, avec un taux de mortalité élevé en raison de diagnostics tardifs et de résistances aux traitements. Chaque année en France, plus de 5 000 nouveaux cas sont recensés, et près de 3 500 femmes en décèdent. Les formes résistantes, qui représentent environ 20 % des cas, sont particulièrement difficiles à traiter, avec des survies médianes ne dépassant pas quelques mois après l'échec des premières lignes de chimiothérapie.
Les deux médicaments testés pourraient, à terme, être intégrés dans des protocoles combinés avec d'autres thérapies. « L'enjeu maintenant est de déterminer comment les associer pour maximiser leur efficacité », a indiqué un membre de l'équipe ayant mené l'une des études. Les chercheurs insistent également sur la nécessité de poursuivre les recherches pour identifier des biomarqueurs permettant de prédire quelles patientes pourraient le plus bénéficier de ces traitements.
Ces avancées surviennent alors que la recherche sur les cancers gynécologiques connaît un regain d'intérêt, avec plusieurs pistes prometteuses en immunothérapie et thérapies ciblées. Reste à savoir si ces deux médicaments pourront s'imposer comme une nouvelle référence, ou s'ils resteront des options marginales dans l'arsenal thérapeutique.
Pour les patientes et leurs familles, cette annonce représente avant tout un espoir, même ténu. « Même un petit progrès compte quand on a épuisé toutes les autres options », a témoigné une association de patientes contactée par Ouest France.
À ce jour, ni le Keytruda ni le Lifyorli ne sont indiqués spécifiquement dans le traitement du cancer de l'ovaire résistant en France. Leur utilisation dans cette indication relève encore de la recherche clinique. Une demande d'extension d'indication pourrait être déposée auprès de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) et de l'EMA (Agence européenne du médicament) si les résultats des études sont confirmés.
Le prix de ces médicaments n'a pas encore été communiqué pour l'indication du cancer de l'ovaire. Le Keytruda, déjà commercialisé pour d'autres cancers, coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. Son remboursement par l'Assurance maladie dépendrait de l'évaluation de son rapport coût-efficacité, une décision qui pourrait prendre plusieurs mois après une éventuelle autorisation.
