Les quelque 10 000 employés des centres de tri des déchets ménagers en France voient leurs conditions de travail se dégrader sous l’effet du réchauffement climatique et de l’allongement des délais entre les collectes. Selon Ouest France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alerte sur une exposition accrue des ouvriers aux agents biologiques, notamment aux bactéries et moisissures favorisées par la chaleur et le stockage prolongé des déchets.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Anses révèle que les concentrations d’endotoxines (toxines libérées par les bactéries) dans les centres de tri peuvent dépasser de 100 fois les seuils recommandés.
  • Le réchauffement climatique et la réduction des fréquences de collecte amplifient le risque de prolifération des micro-organismes, en particulier en été.
  • Les travailleurs sont exposés à des risques infectieux liés aux déchets mal triés, comme des seringues ou pansements souillés, ou à des maladies comme l’aspergillose ou la leptospirose.
  • L’Anses recommande d’inscrire la leptospirose parmi les maladies professionnelles de la filière et de sensibiliser davantage le public au tri des déchets.

Une exposition professionnelle sous-estimée

Les centres de tri emploient environ 10 000 personnes en France, soumises à des risques multiples : contraintes physiques liées au travail à la chaîne, exposition à des agents chimiques et, surtout, à des agents biologiques. Jusqu’à présent, les données disponibles sur ces risques restaient limitées et dataient majoritairement des années 1990, principalement issues de pays nordiques, d’Angleterre ou d’Autriche. L’expertise publiée par l’Anses comble ce vide en analysant spécifiquement la situation française.

Les résultats sont préoccupants. Les mesures effectuées dans les centres révèlent des concentrations d’endotoxines, ces toxines inflammatoires libérées lors de la mort des bactéries, pouvant atteindre des niveaux cent fois supérieurs aux valeurs limites recommandées. « Cette expertise met en évidence une problématique générale de niveaux d’exposition élevés des travailleurs en centre de tri aux agents biologiques », a déclaré l’agence.

Le changement climatique aggrave les risques biologiques

Le tri manuel des emballages alimentaires et autres déchets organiques expose les ouvriers à une prolifération accrue de bactéries, notamment lorsque ces déchets restent stockés plus longtemps en raison de la diminution des fréquences de collecte. « La diminution de la fréquence des collectes augmente le risque de développement des micro-organismes, particulièrement en été », souligne l’Anses. Les températures élevées et l’humidité favorisent en effet la multiplication des pathogènes, transformant les centres de tri en véritables incubateurs à risques sanitaires.

Parmi les dangers identifiés figurent les moisissures et bactéries aéroportées, dont les effets à long terme restent mal connus faute de données suffisantes. Les travailleurs sont également exposés à des déchets potentiellement contaminés, comme des seringues ou des pansements souillés, qui devraient être jetés dans des filières spécialisées et non dans les bacs de tri classiques. « Quand nous trions mal, nous mettons quelqu’un en danger », rappelle l’agence, insistant sur la responsabilité individuelle dans la gestion des déchets.

Des maladies professionnelles déjà identifiées

L’Anses a recensé plusieurs cas de maladies directement liées à l’exposition professionnelle dans les centres de tri. L’aspergillose, une infection pulmonaire causée par un champignon, ainsi que la leptospirose, transmise par l’urine de rats, ont été documentées. Cette dernière, en particulier, pourrait être inscrite parmi les maladies professionnelles reconnues dans le secteur. « Des cas d’aspergillose ont été décrits. Tout comme des cas de leptospirose transmise par l’urine des rats », précise le rapport.

Face à ces constats, l’Anses recommande une meilleure sensibilisation des citoyens, dont les erreurs de tri aggravent les risques pour les employés. Elle appelle également à une révision des protocoles de collecte pour limiter la durée de stockage des déchets, surtout en période estivale. « Nous devons être sensibilisés et responsabilisés », insiste l’agence, rappelant que le mauvais tri peut avoir des conséquences graves pour la santé des travailleurs.

Un secteur en tension face aux défis sanitaires et climatiques

Les centres de tri jouent un rôle essentiel dans la gestion des déchets, mais leur activité est de plus en plus perturbée par les aléas climatiques et les contraintes logistiques. Les vagues de chaleur répétées, combinées à la raréfaction des ressources, poussent les collectivités à espacer les collectes, augmentant mécaniquement les risques sanitaires pour les ouvriers. « Le tri des emballages alimentaires, en particulier, expose les travailleurs à des bactéries qui se multiplient avec le temps de stockage et la température », explique l’Anses.

Pourtant, malgré ces alertes, les solutions peinent à se concrétiser. Les employeurs et les pouvoirs publics devront désormais intégrer ces nouveaux risques dans leurs politiques de prévention. L’Anses préconise notamment d’améliorer les équipements de protection individuelle, de renforcer la ventilation des locaux et de former davantage les salariés aux bonnes pratiques de tri et de sécurité.

Et maintenant ?

L’Anses devrait transmettre ses recommandations aux ministères concernés d’ici la fin de l’année 2026, afin qu’elles soient intégrées dans le prochain plan national de prévention des risques professionnels. Une consultation des acteurs du secteur, incluant les syndicats et les associations de victimes, est également prévue pour affiner les mesures. Pour les travailleurs, ces évolutions ne pourront intervenir qu’à condition d’un engagement collectif des collectivités locales et des entreprises de tri.

D’ici là, la vigilance reste de mise. Les employeurs sont invités à revoir leurs protocoles de collecte et de tri, tandis que les citoyens pourraient être sensibilisés via des campagnes d’information ciblées. Le défi est double : adapter les infrastructures aux réalités climatiques tout en protégeant la santé des ouvriers, dont le rôle dans la transition écologique est pourtant indispensable.

Les principaux risques sanitaires identifiés par l’Anses incluent l’aspergillose, une infection pulmonaire due à un champignon, et la leptospirose, transmise par l’urine de rats. D’autres pathologies, comme des infections liées à des déchets souillés (seringues, pansements) ou des troubles respiratoires causés par des moisissures, ont également été documentées.

Les températures élevées et l’humidité favorisent la prolifération des bactéries et moisissures dans les déchets stockés plus longtemps en raison des collectes espacées. Les concentrations d’endotoxines, toxines inflammatoires libérées par les bactéries, peuvent alors atteindre des niveaux jusqu’à 100 fois supérieurs aux seuils recommandés, selon l’Anses.