Les relations entre le diffuseur qatari beIN Sports et la filiale commerciale de la Ligue de football professionnel (LFP Media) se dégradent davantage après une nouvelle passe d’armes publique. Selon RMC Sport, Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG et figure influente du football français, a critiqué lors d’un conseil d’administration de la Ligue le manque d’activité de LFP Media dans la commercialisation internationale des droits TV de la Ligue 1.

Ce qu'il faut retenir

  • LFP Media commercialise désormais elle-même les droits TV internationaux de la Ligue 1 depuis la saison 2024-2025 et a généré 126 millions d’euros de revenus la première année, un chiffre qui s’élève à 137 millions pour la saison en cours, soit une progression de 80 % par rapport à la période sous contrat avec beIN Sports.
  • La filiale de la Ligue met en avant des résultats concrets, comme la conclusion d’un accord pour l’Espagne sur trois ans, alors que beIN Sports avait échoué à placer les droits dans ce pays, son partenaire local ayant fait faillite.
  • De son côté, beIN Sports conteste ces chiffres et rappelle que 70 % des droits médias internationaux lui sont attribués, soulignant que sans son réseau, « les revenus seraient quasi inexistants ».

Une critique publique qui envenime les relations

Lors du dernier conseil d’administration de la Ligue, Nasser Al-Khelaïfi a pointé du doigt le manque de dynamisme de LFP Media sur la scène internationale. Le président du PSG a estimé que la filiale commerciale de la Ligue n’était pas assez active dans la vente des droits à l’étranger, une critique que LFP Media a immédiatement contrée. Selon RMC Sport, la filiale a réagi en communiquant des chiffres précis : 126 millions d’euros de revenus générés lors de la saison 2024-2025, puis 137 millions pour la saison en cours, soit une hausse de 80 % par rapport à la période où beIN Sports gérait ces droits.

LFP Media a également mis en avant des succès concrets, comme la conclusion d’un accord pour l’Espagne sur trois ans, alors que beIN Sports avait échoué à placer les droits dans ce pays. « Sur l’Espagne, beIN avait vendu les droits à un distributeur qui a mis la clé sous la porte, n’ayant pas réussi à placer la Ligue 1 chez un diffuseur », a précisé un responsable de la filiale auprès de RMC Sport.

beIN Sports contre-attaque : des chiffres et des arguments contestés

Dans l’entourage de beIN Sports, on ne reste pas sans réagir. Une source proche du diffuseur qatari a vivement contesté les déclarations de LFP Media, rappelant que 70 % des droits médias internationaux lui sont attribués. « Ce que LFP Media omet curieusement de mentionner, c’est que 70 % des droits médias internationaux sont fournis par beIN, sans qui les revenus seraient quasi inexistants », a souligné cette source.

La même source a également critiqué la stratégie de LFP Media, estimant que « d’autres ligues et compétitions de football engrangent des milliards d’euros et font appel à des diffuseurs innovants et respectés ». Cette remarque fait référence à l’annonce récente de l’UEFA concernant l’attribution des droits TV pour plusieurs marchés européens, avec notamment l’arrivée de Disney+ dans certains pays. « Pendant ce temps, d’autres ligues et compétitions de football engrangent des milliards d’euros et font appel à des diffuseurs innovants et respectés, comme l’UEFA l’a annoncé ce jeudi avec des droits sur 19 marchés », a-t-on ajouté.

« Continuons de clamer haut et fort qu’ils font un travail formidable… alors que le nombre d’abonnés, les revenus et la crédibilité ne cessent de chuter. »
— Une source proche de beIN Sports, citée par RMC Sport.

Des tensions qui remontent à plusieurs mois

Les relations entre beIN Sports et LFP Media sont tendues depuis plusieurs mois, bien avant cette dernière passe d’armes. Le diffuseur qatari, qui a longtemps été le partenaire exclusif de la Ligue 1 pour la diffusion des matchs à l’international, voit son influence et ses revenus diminuer depuis que la Ligue a repris en main la commercialisation de ses droits. Selon des observateurs, le nombre d’abonnés, les revenus et la crédibilité de beIN Sports dans le paysage audiovisuel français et international seraient en baisse, un constat que réfute pourtant le groupe qatari.

Cette nouvelle sortie publique ne laisse guère présager une amélioration rapide des relations entre les deux parties. Les déclarations de Nasser Al-Khelaïfi et la réplique de LFP Media montrent que le conflit s’envenime, alors que les enjeux financiers et stratégiques sont considérables pour les deux camps. La Ligue de football professionnel mise en effet sur une hausse continue des revenus issus des droits TV pour financer le développement du championnat, tandis que beIN Sports tente de préserver son positionnement dans un marché de plus en plus concurrentiel.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour l’avenir des droits TV de la Ligue 1. La LFP doit finaliser plusieurs accords internationaux, notamment en Espagne, et pourrait accélérer sa stratégie de diversification des diffuseurs. De son côté, beIN Sports pourrait riposter en renforçant ses offres ou en contestant juridiquement certains aspects de la commercialisation des droits par LFP Media. Une chose est sûre : le climat ne devrait pas s’améliorer à court terme, tant les positions des deux parties semblent irréconciliables pour l’instant.

Contexte : un marché des droits TV en pleine mutation

Le conflit entre beIN Sports et LFP Media s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du marché des droits TV du football en Europe. Plusieurs ligues, comme l’UEFA avec ses compétitions européennes, ont récemment repensé leur stratégie de diffusion pour maximiser leurs revenus. L’arrivée de nouveaux acteurs, comme Disney+ ou d’autres plateformes de streaming, modifie profondément les équilibres traditionnels. La Ligue 1, longtemps dépendante de beIN Sports, doit désormais composer avec cette nouvelle donne, où la concurrence et l’innovation priment.

Reste à voir comment LFP Media parviendra à concilier hausse des revenus et satisfaction des diffuseurs, tout en maintenant l’attractivité de la Ligue 1 à l’international. Quant à beIN Sports, le groupe devra trouver une réponse adaptée pour ne pas perdre définitivement sa place dans l’écosystème des droits TV du football français.

La situation rappelle celle d’autres championnats européens, où les fédérations nationales ont repris le contrôle de leurs droits pour mieux les valoriser. En Allemagne, par exemple, la Bundesliga a mis en place un système décentralisé permettant à plusieurs diffuseurs de proposer les matchs, une stratégie qui a permis d’augmenter significativement les revenus. La France suivra-t-elle cette voie ?

Une chose est certaine : les prochains mois seront cruciaux pour déterminer l’avenir des droits TV de la Ligue 1 et, par ricochet, celui de beIN Sports en Europe.

Selon les données communiquées par LFP Media à RMC Sport, la filiale a généré 126 millions d’euros de revenus lors de la saison 2024-2025, puis 137 millions pour la saison en cours. Cela représente une progression de 80 % par rapport à la période où beIN Sports gérait ces droits.

beIN Sports affirme que 70 % des droits médias internationaux lui sont attribués et que sans son réseau, « les revenus seraient quasi inexistants ». Le groupe conteste donc la présentation des résultats par LFP Media, soulignant que cette dernière omet de mentionner l’apport crucial de beIN dans la commercialisation des droits.