« La croissance française est en panne. » C’est le constat dressé par Emmanuel Lechypre, économiste et éditorialiste, lors d’un grand entretien diffusé le 4 mai 2026 sur BFM Business. Face à lui, Raphaël Legendre, spécialiste des politiques économiques, a souligné la difficulté à atteindre le seuil de 0,9 % de croissance cette année, alors que les prévisions initiales tablaient sur une progression plus robuste.

Ce qu'il faut retenir

  • 0,9 % : la croissance française prévue pour 2026, selon les dernières estimations.
  • Une mission jugée « impossible » par les économistes, en raison des incertitudes géopolitiques et des tensions sur les marchés.
  • Les défis structurels de l’économie française, aggravés par la transition énergétique et les retards industriels.

Un objectif ambitieux face à un contexte économique dégradé

Selon Emmanuel Lechypre, les 0,9 % de croissance annoncés pour 2026 s’inscrivent dans un contexte marqué par une inflation persistante, des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et un ralentissement de la demande intérieure. « Les prévisions de croissance ont été revues à la baisse à plusieurs reprises, tant en France qu’à l’échelle mondiale », a-t-il rappelé. D’après lui, cette situation reflète un affaiblissement de la compétitivité de l’économie française, notamment dans les secteurs clés comme l’industrie et les services.

Raphaël Legendre a, pour sa part, pointé du doigt les retards accumulés dans les grands projets industriels, comme les chantiers navals, perturbés par la guerre en Ukraine et les tensions commerciales avec l’Asie. « Les entreprises françaises peinent à investir, faute de visibilité sur les coûts énergétiques et les réglementations », a-t-il expliqué. Ces blocages menacent directement la capacité du pays à rebondir.

Les leviers identifiés pour relancer la machine

Face à ce diagnostic, les deux intervenants ont évoqué plusieurs pistes pour tenter de redynamiser l’économie. Parmi elles, la modernisation des infrastructures, notamment dans le domaine des transports et de la transition énergétique. « Les passoires thermiques doivent être revalorisées rapidement pour réduire la dépendance aux énergies fossiles », a souligné Emmanuel Lechypre. Il a également insisté sur la nécessité de simplifier les normes administratives, jugées trop contraignantes pour les PME et les start-up.

Autre piste : le financement de l’innovation. Raphaël Legendre a rappelé que les fonds européens, comme ceux du plan France 2030, pourraient jouer un rôle clé, à condition d’être déployés sans délai. « L’Europe a les moyens de soutenir la croissance française, mais la lenteur des procédures freine son impact », a-t-il noté. Enfin, la question du pouvoir d’achat a été évoquée, dans un contexte où les ménages subissent une érosion de leur revenu disponible.

« Sans un choc de compétitivité et une politique industrielle volontariste, atteindre 0,9 % de croissance relèvera du parcours du combattant. »
Emmanuel Lechypre, lors de l’entretien avec Raphaël Legendre sur BFM Business

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer la capacité du gouvernement à inverser la tendance. Les projets de loi de finances rectificative, attendus pour l’été 2026, devraient apporter des éclairages sur les mesures concrètes envisagées. Par ailleurs, le résultat des midterms américaines, également évoquées lors de l’émission, pourrait influencer les échanges commerciaux et la stabilité des marchés énergétiques.

Enfin, les entreprises devront composer avec l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane sur l’automobile, annoncée par l’Union européenne. Cette mesure, qui vise à protéger le marché intérieur, pourrait peser sur les coûts de production et, in fine, sur les prix à la consommation.

Autant dire que l’équation reste complexe. Entre relance industrielle, transition écologique et préservation du pouvoir d’achat, l’exécutif devra faire des choix stratégiques sous haute tension.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation : un environnement géopolitique instable (guerre en Ukraine, tensions commerciales), une inflation persistante, des retards dans les grands projets industriels (chantiers navals, transition énergétique) et une demande intérieure atone. Les économistes pointent également un manque de compétitivité structurelle et des blocages administratifs.