Depuis plusieurs semaines, l’île de Cuba traverse une période de tensions économiques et sociales sans précédent, marquée par des pénuries généralisées de carburant, une crise humanitaire aggravée et des tensions politiques internes. Le gouvernement cubain, confronté à une conjoncture internationale défavorable et à des difficultés structurelles, peine à répondre aux besoins de sa population. Comme le rapporte nos confrères de BMF – International, la situation actuelle s’inscrit dans un contexte historique complexe, où les sanctions internationales et les dysfonctionnements économiques s’entremêlent pour aggraver une crise déjà profonde.
Ce qu'il faut retenir
- Un embargo américain renforcé depuis 2019 pèse sur l’économie cubaine, limitant ses capacités d’importation, notamment en pétrole et en médicaments.
- Les pénuries de carburant paralysent les transports, l’agriculture et les services essentiels, aggravant les difficultés quotidiennes des Cubains.
- Une crise humanitaire caractérisée par des coupures d’électricité prolongées, des pénuries alimentaires et une inflation record, selon les estimations de la CEPALC.
- Le gouvernement cubain, dirigé par Miguel Díaz-Canel, multiplie les appels à la solidarité internationale, tout en maintenant une ligne politique ferme face aux États-Unis.
- Les tensions avec Washington se cristallisent autour des questions migratoires et des sanctions économiques, sans perspective d’assouplissement à court terme.
Un embargo américain qui asphyxie l’économie cubaine
L’embargo imposé par les États-Unis à Cuba, en vigueur depuis plus de six décennies, a connu un durcissement significatif depuis 2019 sous l’administration Trump, puis maintenu par celle de Joe Biden. Cet embargo, officiellement appelé « blocus économique » par les autorités cubaines, interdit à toute entreprise américaine ou étrangère utilisant des dollars de commercer avec l’île. Selon les estimations du ministère cubain de l’Économie, plus de 80 % des pertes économiques de Cuba sont directement liées à cet embargo. « Cet embargo est un outil de guerre économique qui vise à étouffer notre pays », a rappelé en mars 2026 le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, lors d’une conférence de presse.
Les conséquences sont immédiates : Cuba importe environ 50 % de ses besoins en pétrole, principalement du Venezuela, mais les sanctions américaines compliquent ces approvisionnements. En mars 2026, les livraisons de carburant ont chuté de 30 % par rapport à 2024, selon des données compilées par l’ONG Cuba Study Group. Cette baisse a des répercussions en cascade : les transports publics fonctionnent au ralenti, les hôpitaux manquent de générateurs, et les agriculteurs peinent à irriguer leurs terres. Les Cubains, déjà habitués aux coupures d’électricité, subissent désormais des black-outs de plus de 12 heures par jour dans certaines provinces, comme Sancti Spíritus ou Camagüey.
Des pénuries de carburant qui paralysent le pays
La pénurie de carburant n’est pas un phénomène nouveau à Cuba, mais son ampleur en 2026 est inédite. Selon les chiffres officiels, les réserves stratégiques de pétrole ont été réduites à moins de 30 jours, un niveau critique. Les stations-service, autrefois approvisionnées quotidiennement, affichent désormais des panneaux « Sin combustible » pendant des heures. « C’est la pire crise énergétique depuis les années 1990 », a déclaré un représentant du syndicat des camionneurs, interrogé par El Nuevo Herald sous couvert d’anonymat.
Les conséquences sont multiples. D’abord, les transports en commun, déjà vétustes, sont totalement saturés : les Cubains passent des heures dans des files d’attente pour des bus qui ne circulent plus. Ensuite, l’agriculture, qui dépend fortement des tracteurs et des pompes à eau, voit ses rendements chuter. En 2025, la production de canne à sucre, pilier de l’économie locale, a reculé de 15 %, selon le ministère de l’Agriculture. Enfin, les hôpitaux, souvent équipés de groupes électrogènes obsolètes, doivent limiter leurs activités, comme l’a confirmé la directrice de l’hôpital Calixto García à La Havane, qui a dû annuler 40 % de ses interventions chirurgicales en février 2026.
Une crise humanitaire aggravée par l’inflation et les pénuries alimentaires
Au-delà du carburant, Cuba fait face à une crise humanitaire multidimensionnelle. L’inflation a atteint plus de 500 % en glissement annuel en mars 2026, selon la CEPALC (Commission économique pour l’Amérique latine), un record dans l’histoire récente de l’île. Les prix des denrées de base, comme le riz ou les haricots, ont été multipliés par six en deux ans. « Les Cubains consacrent aujourd’hui plus de 80 % de leurs revenus à l’alimentation », a souligné une économiste de l’Université de La Havane, citée par Reuters.
Les pénuries alimentaires touchent particulièrement les milk powder, les œufs et la viande, des produits autrefois subventionnés par l’État. Les Cubains font désormais la queue pendant des heures devant les magasins d’État, où les rayons sont souvent vides. « On se nourrit avec ce qu’on trouve », témoigne une mère de famille de Santiago de Cuba. « Hier, j’ai mangé une banane verte avec un peu de sel, parce qu’il n’y avait plus rien d’autre.\"
Parallèlement, le système de santé cubain, autrefois réputé pour son excellence, est en crise. Les hôpitaux manquent de médicaments de base : antibiotiques, analgésiques, et même des vaccins. En janvier 2026, une épidémie de dengue a fait 12 morts dans la province de Ciego de Ávila, en raison du manque de traitements adaptés. Les Cubains se tournent de plus en plus vers le marché noir, où les prix sont prohibitifs : un kilo de poulet coûte l’équivalent de 15 jours de salaire moyen.
Le gouvernement cubain entre fermeté politique et appels à l’aide internationale
Face à cette crise, le président Miguel Díaz-Canel, en poste depuis 2018, maintient une ligne politique ferme. « Cuba ne cédera pas aux pressions américaines », a-t-il déclaré lors d’un discours télévisé en février 2026. Son gouvernement rejette toute responsabilité dans la crise, attribuant les pénuries à « l’acharnement impérialiste ». Pour tenter de limiter les dégâts, Cuba a annoncé en mars 2026 un plan d’urgence : réquisition des véhicules privés pour le transport public, rationnement strict de l’électricité, et appel à la solidarité des pays amis, notamment la Russie et la Chine.
La Russie, principal allié de Cuba, a déjà annoncé un plan d’aide énergétique de 200 millions de dollars, incluant la livraison de 100 000 tonnes de pétrole et de matériel médical. La Chine, de son côté, a promis d’augmenter ses investissements dans les infrastructures cubaines, notamment dans les ports et les télécommunications. « Nous soutenons Cuba dans sa résistance face aux sanctions », a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères lors d’une visite à La Havane en janvier 2026. Cependant, ces aides restent insuffisantes pour endiguer la crise, d’autant que les livraisons sont souvent retardées par des problèmes logistiques.
Sur le plan intérieur, le gouvernement cubain tente de contenir les tensions sociales. Les manifestations, bien que rares en raison de la répression, ont repris dans certaines provinces, comme à Matanzas, où des habitants ont bloqué des routes en février 2026 pour protester contre les coupures d’électricité. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues, mais le mécontentement persiste. « Les Cubains sont fatigués, mais ils n’ont plus les moyens de se révolter », analyse un sociologue de l’Université de La Havane.
Les États-Unis et Cuba : une relation gelée, malgré les appels au dialogue
La relation entre Washington et La Havane reste marquée par une méfiance profonde. Depuis 2021, les États-Unis maintiennent les sanctions imposées par l’administration Trump, malgré des promesses de dialogue sous Biden. En mars 2026, le département d’État a réitéré son soutien à l’embargo, justifiant cette position par « l’absence de progrès démocratiques à Cuba ». « Nous continuerons à appliquer la loi Helms-Burton », a rappelé un porte-parole du département d’État, en référence à la loi américaine qui renforce les sanctions contre les entreprises étrangères commerçant avec Cuba.
Pourtant, certains signes pourraient indiquer une possible évolution. En février 2026, des discussions secrètes ont eu lieu entre des représentants cubains et américains à Mexico, sous l’égide de l’ONU. Selon des sources diplomatiques citées par The Washington Post, ces échanges ont porté sur la levée partielle des sanctions en échange d’avancées sur les droits de l’homme. Cependant, aucun calendrier n’a été fixé, et les deux parties restent prudentes. « On est loin d’un accord, mais le dialogue existe », a tempéré un diplomate européen présent lors des négociations.
Du côté de la diaspora cubaine, les positions sont divisées. Certains, comme le sénateur républicain Marco Rubio, prônent un durcissement des sanctions. D’autres, comme l’organisation Cuba Decide, appellent à un changement de régime. « L’embargo ne fait que punir le peuple cubain », a déclaré en mars 2026 l’ancienne dissidente Berta Soler, fondatrice du mouvement des Dames en blanc.
Les acteurs clés de la crise à Cuba
Dirigé par le président Miguel Díaz-Canel depuis 2018, le gouvernement cubain rejette toute responsabilité dans la crise, attribuant les pénuries à l’embargo américain. Il maintient une ligne politique ferme, tout en cherchant à diversifier ses alliances (Russie, Chine, Venezuela) pour contourner les sanctions. Les réformes économiques entreprises depuis 2021 n’ont pas permis d’améliorer la situation, et la répression des dissidences persiste.
Les États-Unis maintiennent l’embargo contre Cuba, malgré des promesses de dialogue sous Biden. Le département d’État justifie cette position par l’absence de progrès démocratiques à Cuba. Cependant, des discussions secrètes ont eu lieu en 2026 pour une éventuelle levée partielle des sanctions, sans résultat concret pour l’instant. La diaspora cubano-américaine, divisée, influence fortement la politique américaine envers l’île.
Principal allié de Cuba, la Russie a annoncé en 2026 un plan d’aide énergétique de 200 millions de dollars, incluant la livraison de pétrole et de matériel médical. Moscou voit dans Cuba un partenaire stratégique en Amérique latine, face à l’influence américaine. Les livraisons restent cependant limitées et sujettes à des retards logistiques.
Divisée entre ceux qui prônent un durcissement des sanctions (comme le sénateur Marco Rubio) et ceux qui appellent à un changement de régime (comme Berta Soler), la diaspora cubaine influence fortement la politique américaine. Les envois de fonds, autrefois une bouée de sauvetage pour les familles cubaines, ont chuté de 40 % depuis 2020 en raison des restrictions bancaires.
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