Quelques semaines après les élections municipales de 2026, deux nouveaux édiles du Rassemblement National (RN) ont choisi de marquer leur prise de fonction par un symbole fort : le retrait du drapeau européen des façades de leurs mairies. Selon Libération, Anthony Garenaux-Glinkowski, élu à Harnes dans le Pas-de-Calais, et Christophe Barthès, maire de Carcassonne dans l’Aude, ont tous deux procédé à cette modification dès leur installation. Une décision qui s’inscrit dans la continuité des promesses de campagne de ces nouveaux élus, mais qui suscite déjà des réactions dans le paysage politique local et national.
Ce qu'il faut retenir
- Harnes (Pas-de-Calais) et Carcassonne (Aude) sont les deux premières communes dirigées par le RN à retirer le drapeau européen de leur façade municipale après les élections de 2026.
- Anthony Garenaux-Glinkowski et Christophe Barthès ont tous deux justifié cette décision par la volonté de « réaffirmer la souveraineté locale ».
- Le RN, parti eurosceptique, avait fait de la réduction des symboles européens dans les institutions locales l’un de ses chevaux de bataille lors de la campagne électorale.
- Cette mesure s’ajoute à d’autres initiatives symboliques prises par des élus locaux du RN depuis le début de leur mandat, comme la limitation de l’affichage multilingue dans certaines communes.
Un symbole politique fort dès l’installation
Dans les deux cas, le retrait du drapeau européen a été effectué dès les premiers jours du mandat, sans attendre les habituelles cérémonies de passation de pouvoir. À Harnes, la décision a été annoncée lors du premier conseil municipal, le 15 mars 2026, tandis qu’à Carcassonne, le drapeau a été décroché dès le 12 mars, soit deux jours après l’élection de Christophe Barthès. « C’est un geste fort pour montrer que nous appliquons nos promesses », a indiqué ce dernier lors d’une conférence de presse improvisée.
Côté Harnes, Anthony Garenaux-Glinkowski a pour sa part déclaré : « La mairie est un symbole de la République française. Le drapeau européen n’a pas sa place ici. Nous restons attachés à l’Europe des peuples, mais pas à une Europe bureaucratique qui impose ses normes. » Des propos qui rappellent la ligne défendue par Jordan Bardella et Marine Le Pen lors de la dernière campagne présidentielle.
Une mesure controversée et des réactions immédiates
Dès l’annonce de ces retraits, des voix se sont élevées pour dénoncer une instrumentalisation politique. Le Parti Socialiste (PS) a qualifié cette initiative de « coup de communication » dans un communiqué publié le 18 mars, tandis que La France Insoumise (LFI) a évoqué une « provocation inutile ». À l’inverse, le RN a salué une décision « courageuse » et « attendue par les électeurs ».
Côté associatif, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a annoncé qu’elle étudiait la possibilité d’un recours juridique, arguant que le retrait d’un symbole européen pourrait être considéré comme une atteinte aux valeurs de la République. « Nous ne sommes pas opposés à une réflexion sur les symboles, mais le drapeau européen est un engagement international de la France. Son retrait unilatéral pose question », a précisé sa présidente, Carine Rolland.
Un précédent qui pourrait s’étendre ?
Si Harnes et Carcassonne sont pour l’instant les seules communes dirigées par le RN à avoir pris cette mesure, plusieurs observateurs politiques s’interrogent sur un possible effet domino. Lors des élections de 2026, le RN a remporté plus de 200 mairies, dont certaines dirigées par des élus moins radicaux sur la question européenne. « Rien ne dit que d’autres maires suivront, mais le symbole est fort. Le RN montre qu’il est capable de passer des mots aux actes », analyse le politologue Jean-Yves Camus.
Interrogé sur ce point, le bureau national du RN a indiqué qu’il « ne donnerait pas de consigne » à ses élus locaux, laissant chacun libre de ses initiatives. Une stratégie qui pourrait, à terme, renforcer l’image d’un parti unifié autour de ses fondamentaux, tout en évitant une image trop centralisatrice.
Cette initiative des deux maires RN marque donc un tournant symbolique dans la gestion des collectivités locales, où les promesses de campagne se transforment en actes dès les premiers jours de mandat. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits électoralement, ou si elle alimentera davantage les tensions politiques déjà vives dans le pays.
