En février 2024, à Jakarta en Indonésie, les fortes inondations ont contraint les autorités électorales à déplacer un bureau de vote en pleine campagne présidentielle et législatives. Une situation qui illustre un phénomène plus large : selon une étude publiée ce 22 avril par l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (Idea), au moins 94 élections dans 52 pays ont été perturbées par des catastrophes naturelles entre 2006 et 2025. « La démocratie est de plus en plus menacée par la crise climatique », conclut le quotidien britannique _The Guardian_, reprenant les conclusions de ce rapport.

Ce qu'il faut retenir

  • Entre 2006 et 2025, 94 élections dans 52 pays ont été perturbées par des catastrophes naturelles, selon l’Idea.
  • En 2024 seulement, 23 scrutins dans 18 pays ont été affectés, touchant des millions d’électeurs.
  • Inondations, tempêtes et feux de forêt sont les principaux facteurs de perturbation, mais d’autres risques naturels, comme les séismes, sont aussi pris en compte.
  • Le Mozambique a vu ses élections de 2019 directement impactées par le cyclone Idai, qui a fait un millier de morts et détruit infrastructures et réseaux électriques.
  • Le Canada a adapté son calendrier électoral après les incendies de 2023 : les élections en Alberta ont été repoussées d’octobre à mai pour éviter la saison des feux.

Un phénomène qui s’étend sur tous les continents

Le rapport de l’Idea – une organisation intergouvernementale dédiée à la promotion de la démocratie – ne se limite pas aux événements directement liés au réchauffement climatique. Si les inondations, tempêtes et feux de forêt dominent largement les perturbations, l’étude intègre aussi d’autres risques naturels comme les tremblements de terre. « Les catastrophes climatiques ne sont pas la seule cause de perturbation électorale, mais elles représentent la majorité des cas », précise le document. Pourtant, même en excluant les séismes, l’ampleur du phénomène reste préoccupante.

L’année 2024, marquée par un nombre exceptionnel de scrutins à travers le monde, a été particulièrement touchée. Au moins 23 élections, primaires, locales, nationales ou supranationales, réparties dans 18 pays, ont dû faire face à des intempéries. Des millions d’électeurs se sont ainsi retrouvés dans l’incapacité de voter, ou ont vu les conditions de scrutin fortement dégradées. Parmi les exemples les plus marquants figurent les primaires américaines de 2024, perturbées par des tempêtes dans plusieurs États, ou encore des élections locales en Europe, retardées en raison d’inondations soudaines.

Des conséquences concrètes, parfois dramatiques

Le Mozambique a vécu l’une des illustrations les plus frappantes de l’impact des catastrophes naturelles sur un processus électoral. En mars 2019, le cyclone Idai, l’un des plus dévastateurs de l’histoire du pays, a détruit des milliers de logements, des bâtiments administratifs, des arbres et des poteaux électriques. Bilan humain : plus de 1 000 morts. Selon le rapport, ces événements ont directement influencé les résultats de l’élection présidentielle, mais aussi la répartition des sièges lors des élections législatives et provinciales. Les infrastructures électorales, endommagées ou inaccessibles, ont rendu impossible la tenue normale du vote dans certaines zones.

D’autres pays ont subi des perturbations moins meurtrières, mais tout aussi problématiques. Aux Philippines, en 2022, le typhon Rai a forcé le report de plusieurs scrutins locaux. En Europe, les inondations en Allemagne en 2021 ont retardé des élections régionales. Ces exemples soulignent une réalité : les catastrophes naturelles ne perturbent pas seulement la vie quotidienne, elles menacent aussi les fondements mêmes de la démocratie en empêchant une partie de la population d’exercer son droit de vote.

Adaptation et préparation : les leçons tirées par certains États

Face à cette menace croissante, certains pays tentent d’anticiper. Le rapport de l’Idea met en avant l’exemple du Canada, où les feux de forêt de 2023 ont sérieusement perturbé les préparatifs électoraux. Dans la province de l’Alberta, les élections provinciales initialement prévues en mai 2025 ont été décalées à octobre, hors de la saison des incendies. Une décision prise pour garantir la sécurité des électeurs et des travailleurs électoraux, mais aussi pour éviter les interférences logistiques causées par la fumée et les évacuations.

Ferran Martínez i Coma, chercheur à l’université Griffith en Australie et coauteur du rapport, insiste sur l’importance de la préparation. « À l’heure où les risques naturels augmentent, il est plus important que jamais de s’entraîner et de prévoir des plans de secours. La préparation est indispensable au bon déroulement des élections », a-t-il déclaré. Le document propose ainsi une centaine de cas d’étude, analysant les stratégies mises en place par différents États pour limiter l’impact des catastrophes sur les scrutins. Parmi les pistes évoquées : l’utilisation de technologies de vote à distance, la mobilité des bureaux de vote, ou encore la formation des agents électoraux aux situations d’urgence.

Et maintenant ?

Avec l’aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes, les perturbations électorales devraient se multiplier dans les années à venir. Plusieurs scrutins prévus en 2026, notamment en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, pourraient être directement menacés par des cyclones ou des inondations. Les organisateurs électoraux devront donc redoubler d’efforts pour adapter leurs dispositifs, tandis que les États pourraient être incités à renforcer leurs infrastructures et leurs plans d’urgence. Reste à voir si ces adaptations suffiront à préserver l’intégrité des processus démocratiques dans un contexte climatique de plus en plus hostile.

Pour l’Idea, l’enjeu dépasse la simple organisation logistique des élections. Il s’agit de protéger un droit fondamental, celui de voter, dans un monde où les aléas climatiques deviennent la norme plutôt que l’exception. Comme le souligne le rapport, « les démocraties ne peuvent se permettre de laisser des catastrophes naturelles dicter leur calendrier électoral ». La question n’est plus de savoir si les scrutins seront perturbés, mais comment les États sauront s’adapter pour garantir que chaque voix compte.

Selon le rapport de l’Idea, les inondations, tempêtes et feux de forêt sont les principaux facteurs de perturbation des scrutins. Ces phénomènes représentent la majorité des événements perturbateurs, devant les séismes ou les éruptions volcaniques.

Le rapport propose plusieurs pistes, comme le décalage des scrutins en dehors des périodes à risque, l’utilisation de technologies de vote à distance, ou encore la formation des agents électoraux aux situations d’urgence. L’exemple du Canada, qui a repoussé ses élections en Alberta pour éviter la saison des incendies, illustre cette approche.