Emmanuel Macron a annoncé en mars 2026, lors d’un déplacement à la centrale nucléaire de Penly (Seine-Maritime), que le financement du prêt bonifié de l’État pour le programme EPR 2 serait assuré à hauteur de 60 % par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts. Autrement dit, ce sont les épargnants via le Livret A qui contribueraient indirectement à ce projet, puisque ce fonds gère près de 60 % de l’épargne réglementée des Français. Capital révèle que cette logique pourrait être étendue aux énergies renouvelables, selon un rapport remis au gouvernement dans le cadre de l’évaluation du coût des ENR pour les finances publiques.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport coécrit par Jean-Bernard Lévy (ex-PDG d’EDF) et Thierry Tuot (haut fonctionnaire) préconise d’utiliser une partie des fonds du Livret A pour financer certains projets d’énergies renouvelables de grande envergure.
- Les projets ciblés seraient principalement les éoliennes terrestres, les parcs solaires et surtout les éoliennes maritimes, jugés les plus compétitifs en termes de coût au mégawattheure (MWh).
- En 2025, l’État a déjà consacré 5,3 milliards d’euros aux aides pour le photovoltaïque et l’éolien, un montant qui devrait atteindre 6,8 milliards en 2026 et pourrait dépasser 10 milliards par an d’ici 2031.
- Les auteurs du rapport estiment qu’une telle mesure permettrait de réduire le coût de la dette portée par ces projets et d’améliorer leur rentabilité.
- Ils recommandent également d’accélérer l’instruction des dossiers et de renforcer les capacités de stockage par batteries pour limiter les pertes liées à la variabilité de la production renouvelable.
Un financement alternatif pour réduire le coût des énergies renouvelables
Dans leur rapport, Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot proposent à l’État de « faire en sorte qu’une partie du financement de certains projets d’énergies renouvelables soit apportée par les fonds d’épargne de la Caisse des dépôts et consignations », ce qui inclut bien sûr le Livret A. L’objectif est de diminuer la charge de la dette supportée par ces projets, rendus particulièrement compétitifs par leur faible coût de production au MWh.
Les deux auteurs ciblent en priorité les projets de grande dimension, notamment les parcs éoliens terrestres, les installations solaires et « tout particulièrement » les éoliennes en mer. Ces technologies, dont le coût est désormais comparable à celui des énergies conventionnelles, bénéficieraient ainsi d’un financement public indirect via l’épargne des Français. Selon Capital, cette mesure s’inscrit dans un contexte de débats persistants entre partisans des énergies renouvelables et défenseurs du nucléaire au sein de l’Assemblée nationale.
Des aides publiques en forte augmentation, un enjeu de soutenabilité
Les soutiens de l’État aux énergies renouvelables ont connu une progression spectaculaire ces dernières années. En 2024, les aides accordées au photovoltaïque et à l’éolien s’élevaient à 2,6 milliards d’euros. Un an plus tard, en 2025, ce montant a plus que doublé, atteignant 5,3 milliards d’euros. Cette tendance devrait se poursuivre en 2026 avec 6,8 milliards d’euros prévus, et pourrait même « atteindre, voire dépasser, une charge annuelle de 10 milliards d’euros pour l’État d’ici 2031 », selon les projections des auteurs du rapport.
Face à cette hausse, les auteurs soulignent la nécessité de trouver des leviers pour limiter l’impact budgétaire. Parmi leurs recommandations figurent l’accroissement des capacités de stockage par batteries, afin de compenser la variabilité de la production éolienne et solaire. Ils plaident aussi pour un développement des « Power Purchase Agreements » (PPA), des accords contractuels privés permettant de commercialiser directement l’électricité produite.
Des mesures complémentaires pour optimiser l’efficacité des aides
Au-delà du financement par l’épargne réglementée, le rapport insiste sur plusieurs axes d’amélioration pour réduire la pression sur les finances publiques. Les auteurs suggèrent notamment la mise en place d’un système d’assurance pour limiter les volumes d’heures à prix négatif. En effet, lorsque la production renouvelable excède la demande, les prix de l’électricité peuvent devenir négatifs, ce qui pèse lourdement sur les comptes de l’État. Une autre piste évoquée est l’accélération de l’instruction des dossiers administratifs, qui permettrait, selon eux, de « réduire de plus d’un milliard d’euros les soutiens publics directs chaque année ».
Ces propositions s’ajoutent aux débats récurrents sur l’équilibre entre transition énergétique et maîtrise des dépenses publiques. Capital rappelle que ces enjeux sont au cœur des discussions entre députés, certains mettant en avant la nécessité de soutenir massivement les ENR, tandis que d’autres défendent le développement du nucléaire comme solution plus stable pour répondre aux besoins énergétiques du pays.
Contexte : un financement historique et des alternatives en discussion
Le recours au Livret A pour financer des projets énergétiques n’est pas une première. En effet, dès 2024, l’État avait déjà mobilisé une partie de l’épargne réglementée pour soutenir la filière nucléaire, notamment via le programme EPR 2. Cette décision avait alors suscité des débats sur la pertinence de flécher l’épargne des Français vers des secteurs stratégiques, au détriment parfois de la rémunération directe des épargnants. Aujourd’hui, l’idée d’étendre ce mécanisme aux énergies renouvelables s’inscrit dans une logique similaire : utiliser l’épargne des ménages pour accélérer la transition énergétique, tout en espérant en retour une réduction des coûts pour les finances publiques.
Les auteurs du rapport insistent sur le fait que cette approche ne remettrait pas en cause le caractère défiscalisé et sécurisé du Livret A, mais en modifierait simplement l’affectation partielle. Pour les épargnants, cela pourrait se traduire par une contribution indirecte à la transition verte, sans impact immédiat sur le rendement ou la liquidité de leur placement. En revanche, les défenseurs de l’épargne réglementée pourraient s’interroger sur la multiplication des projets financés par ce biais, alors que le taux du Livret A reste l’un des plus bas du marché.
Les prochains mois seront donc déterminants pour savoir si cette proposition sera retenue par l’exécutif. En attendant, les discussions entre parlementaires et acteurs du secteur énergétique devraient s’intensifier, notamment sur la répartition des efforts entre nucléaire et renouvelables dans le mix énergétique français.
Pour l’instant, seul le financement partiel du programme EPR 2 a été officiellement acté via les fonds de la Caisse des dépôts. Aucune décision n’a encore été prise pour étendre ce mécanisme aux énergies renouvelables. Le rapport Lévy-Tuot n’a pas encore fait l’objet d’une réponse gouvernementale.
Aucun impact direct n’est prévu sur le rendement ou la disponibilité des fonds placés sur un Livret A. La contribution se ferait de manière indirecte, via les fonds gérés par la Caisse des dépôts. Les épargnants ne verraient donc pas leur rémunération modifiée, mais leur épargne servirait à financer des projets jugés d’intérêt général.
