Une opération d’envergure menée par l’Office fédéral de la police criminelle allemande (BKA) vient d’être révélée au grand jour. Son objectif : identifier et poursuivre des membres présumés de l’organisation terroriste Daech, ayant vécu jusqu’ici incognito sur le territoire allemand. Selon Courrier International, il s’agirait de la plus grande enquête jamais lancée par des procureurs au niveau international pour éclairer les ramifications de l’ancien État islamique (EI) en Europe.

Ce qu'il faut retenir

  • Six condamnations déjà prononcées en Allemagne contre d’anciens membres de Daech, suite à cette enquête.
  • Des centaines d’autres procédures pourraient être ouvertes, selon les procureurs allemands.
  • L’enquête s’appuie sur des documents récupérés en Irak et en Syrie, analysés depuis leur transfert aux autorités allemandes via le FBI.
  • Un seul fichier en arabe contiendrait près de 50 000 noms de membres présumés de l’EI, incluant leurs noms de guerre.
  • Les documents provenaient d’un bâtiment sécurisé de Bethesda (Washington, États-Unis), où ils étaient stockés depuis des années.

L’enquête, coordonnée avec plusieurs médias allemands comme la Süddeutsche Zeitung, la Norddeutscher Rundfunk et la Westdeutsche Rundfunk Köln, repose sur l’analyse de données récupérées par les forces américaines et leurs alliés lors de la chute des territoires contrôlés par Daech en Irak et en Syrie. Ces documents, jusqu’ici conservés sous haute sécurité dans un bâtiment situé à Bethesda, en banlieue de Washington, ont été transmis aux autorités allemandes par l’intermédiaire du FBI avant d’être soumis à une expertise approfondie.

Parmi les éléments saisis figure notamment une liste de salariés de l’EI, rédigée en arabe. D’après les enquêteurs, ce document contiendrait les noms de près de 50 000 membres présumés du groupe terroriste, accompagnés de leurs noms de guerre. Pour les autorités allemandes, il s’agit d’un corpus d’informations sans précédent, susceptible de faire avancer significativement les procédures judiciaires en cours.

Le BKA a déjà pu établir des liens entre certains des noms identifiés et des infractions commises sur le sol allemand. Six anciens membres de Daech ont ainsi été condamnés à ce stade, mais les enquêteurs estiment que des centaines d’autres dossiers pourraient être ouverts à la lumière des nouvelles données. « À la suite de l’analyse des données, six anciens membres de Daech ont déjà été condamnés en Allemagne. Des centaines d’autres enquêtes pourraient encore être ouvertes », précise l’une des sources citées par la Süddeutsche Zeitung.

Cette opération s’inscrit dans un contexte où les services de renseignement européens restent particulièrement vigilants face à la menace persistante des filières de retour des combattants étrangers de Daech. Depuis la chute du « califat » territorial de l’EI en 2019, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, ont renforcé leurs dispositifs pour traquer d’anciens affiliés ayant pu se fondre dans la population. Les autorités allemandes n’ont pas manqué de souligner l’importance stratégique de ces documents, qui pourraient révéler l’ampleur des réseaux encore actifs en Europe.

« Il s’agirait de la plus grande enquête jamais lancée par des procureurs au niveau international pour en savoir plus sur ce que l’empire de la terreur de l’ancien État islamique (EI) a laissé derrière lui. »
Süddeutsche Zeitung

Selon les informations recueillies, les données transmises aux autorités allemandes proviennent principalement des services de renseignement américains, qui avaient récupéré ces archives lors de la chute de Raqqa et Mossoul, bastions de Daech en Syrie et en Irak. Le transfert de ces documents vers l’Allemagne s’est effectué sous protocole sécurisé, et leur exploitation est encore en cours. Les enquêteurs allemands ont d’ores et déjà identifié plusieurs pistes permettant d’établir des liens entre des individus résidant en Europe et des activités terroristes passées.

Les procureurs allemands, en collaboration avec le BKA, devraient désormais accélérer le rythme des investigations. Les prochaines étapes consisteront à croiser les informations contenues dans ces archives avec les bases de données policières existantes, afin d’identifier d’éventuels complices ou soutiens logistiques encore en liberté. « Outre leur nom, leur nom de guerre [...] », indique la Süddeutsche Zeitung, suggérant que ces éléments pourraient permettre de reconstituer des chaînes de commandement ou des réseaux opérationnels aujourd’hui démantelés mais potentiellement toujours actifs.

Et maintenant ?

Les autorités allemandes prévoient de poursuivre l’exploitation des documents transmis par le FBI, une tâche qui pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire années. D’ici la fin de l’année 2026, plusieurs nouvelles condamnations pourraient être prononcées, tandis que des mandats d’arrêt internationaux pourraient être lancés contre des individus identifiés dans les archives. La coordination entre les services européens de lutte antiterroriste devrait également s’intensifier, afin d’éviter que d’anciens membres de Daech ne profitent de failles juridiques entre les pays pour échapper à la justice.

Cette enquête marque un tournant dans la lutte contre les séquelles de l’EI en Europe. Pour les autorités allemandes, il est désormais crucial de transformer ces données en condamnations concrètes, tout en évitant toute instrumentalisation politique de ces affaires. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette opération sur la sécurité intérieure du pays.

Les autorités allemandes ont reçu des archives récupérées par les forces américaines et leurs alliés en Irak et en Syrie, notamment lors de la chute des territoires contrôlés par Daech. Ces documents incluent des listes de membres, des registres administratifs, des fichiers financiers et des correspondances internes de l’organisation terroriste. L’un des fichiers les plus significatifs est une liste de salariés de l’EI, rédigée en arabe, contenant près de 50 000 noms de membres présumés et leurs noms de guerre.