L’ancien président de la banque BBVA, Francisco González, âgé de 81 ans, se retrouve au cœur d’une procédure judiciaire majeure en Espagne. Selon nos confrères de BFM Business, le parquet espagnol anticorruption a requis à son encontre une peine cumulée de 173 années de prison, dans le cadre d’une enquête visant des faits d’espionnage présumé à l’encontre de personnalités politiques, économiques et médiatiques. Ces agissements auraient été commis sur une période de douze ans, entre 2006 et 2018, alors que González dirigeait le groupe bancaire espagnol, deuxième banque du pays.
Les charges retenues contre lui sont lourdes : cinq ans de détention pour corruption active, ainsi que 168 années supplémentaires pour 42 délits de découverte et divulgation de secrets. Si le code pénal espagnol plafonne à 40 ans la peine maximale encourue pour les infractions les plus graves, les réquisitions du parquet reflètent la gravité des faits reprochés. Cette affaire s’inscrit dans un scandale plus large, impliquant également l’ancien policier José Manuel Villarejo, déjà condamné en juillet 2023 à 19 ans de prison pour des faits similaires, et dont les méthodes ont été qualifiées par la presse locale d’« égouts de l’État ».
Ce qu'il faut retenir
- Le parquet anticorruption espagnol a requis 173 années de prison contre Francisco González, ancien patron de BBVA, pour espionnage présumé de personnalités politiques, économiques et médiatiques.
- Ces faits auraient été commis entre 2006 et 2018, période durant laquelle González dirigeait le groupe bancaire.
- Les charges incluent 5 ans pour corruption active et 168 ans pour 42 délits de divulgation de secrets, selon nos confrères de BFM Business.
- Dix autres personnes, dont Villarejo et BBVA en tant qu’entité juridique, sont poursuivies dans cette affaire.
- Villarejo, déjà condamné en 2023 à 19 ans de prison, a vu en février 2026 tous ses recours rejetés, ouvrant la voie à un procès dont la date reste à fixer.
Un réseau d’espionnage au service du pouvoir bancaire
Les investigations menées par le parquet espagnol anticorruption révèlent l’existence présumée d’un système organisé visant à collecter des informations sensibles sur des personnalités influentes. Selon les éléments recueillis, Francisco González aurait fait appel aux services de José Manuel Villarejo, ancien commissaire de police connu pour ses méthodes controversées. Ce dernier, arrêté en 2017, a été mis en examen dès 2019 dans cette affaire, après que des enregistrements clandestins aient été saisis lors de son incarcération.
Les cibles présumées de cet espionnage incluent des entrepreneurs, des responsables politiques et des journalistes, autant de figures dont les activités pouvaient, selon l’accusation, menacer les intérêts stratégiques de BBVA. Les enregistrements clandestins auraient permis de monter des campagnes de discrédit ou de chantage, un modus operandi qui a valu à Villarejo le surnom de « pirate de l’État » dans la presse espagnole. Certains de ses enregistrements ont d’ailleurs mis en difficulté d’anciennes figures de la monarchie et de la vie politique, comme l’ancien roi Juan Carlos ou des membres du Parti populaire.
Des réquisitions historiques et des amendes record
Les réquisitions du parquet ne se limitent pas à Francisco González. Le ministère public demande également 174 années de prison contre Villarejo, ainsi qu’une amende de plus de 184 millions d’euros à l’encontre de BBVA, considérée comme une entité juridique complice. Ces montants reflètent l’ampleur des infractions reprochées, mais aussi la volonté des autorités judiciaires de sanctionner un système jugé profondément corrompu.
En février 2026, la justice espagnole a définitivement rejeté tous les recours déposés par les avocats des accusés, confirmant ainsi la recevabilité des charges et ouvrant officiellement la voie à un procès. Bien que la date de ce dernier n’ait pas encore été fixée, cette décision marque une étape clé dans une affaire qui ébranle les cercles du pouvoir en Espagne. Pour González, qui nie toute implication dans ces agissements, le défi judiciaire s’annonce colossal, d’autant que son âge et son statut d’ancien dirigeant de premier plan pourraient jouer en sa défaveur lors des débats.
Un scandale qui dépasse le cadre bancaire
Cette affaire dépasse largement le simple cadre d’un dysfonctionnement interne à BBVA. Elle s’inscrit dans une série de scandales politico-financiers qui ont émaillé l’Espagne ces dernières années, révélant l’existence de réseaux d’influence opaques et de pratiques illégales au plus haut niveau. Les méthodes de Villarejo, notamment ses enregistrements clandestins et ses campagnes de désinformation, ont jeté une lumière crue sur les dérives possibles lorsque le pouvoir économique et le pouvoir politique se croisent.
Parmi les personnalités éclaboussées par ces révélations figurent des figures majeures de la vie publique espagnole. L’ancien roi Juan Carlos, contraint à l’exil en 2020 après des scandales financiers, a vu son image durablement ternie par les enregistrements de Villarejo. De même, plusieurs responsables du Parti populaire, principal parti d’opposition, ont été mis en difficulté par des révélations sur leurs liens présumés avec des milieux d’affaires controversés. Pour la justice espagnole, cette affaire représente donc bien plus qu’un simple dossier pénal : elle constitue un test pour la transparence et l’intégrité des institutions.
Reste à voir comment les différents accusés, dont González et Villarejo, présenteront leur défense face à des charges aussi lourdes. Une chose est sûre : cette affaire, déjà qualifiée d’historique par de nombreux observateurs, continuera de faire parler d’elle bien au-delà des frontières de l’Espagne.
Le système judiciaire espagnol permet au parquet de cumuler les peines pour chaque délit reproché, même si la durée totale dépasse la peine maximale encourue pour un seul crime. C’est une pratique courante dans les affaires complexes, où plusieurs infractions sont liées entre elles. Dans cette affaire, les 173 années de prison requises résultent de l’addition des peines pour corruption active et pour les 42 délits de divulgation de secrets.
