Selon RMC Sport, plus de 70 joueurs français évoluent actuellement en NCAA, un chiffre en constante augmentation qui illustre l’attractivité croissante du championnat universitaire américain pour les jeunes basketteurs hexagonaux. À l’heure où la finale du tournoi masculin oppose Michigan à UConn dans la nuit du 6 au 7 avril 2026, le basket français fait face à un phénomène de pillage de ses talents, rendu possible par la règle du « name, image and likeness » (NIL).

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 70 Français jouent en NCAA cette saison, contre une poignée il y a quelques années, selon RMC Sport.
  • La règle NIL, instaurée en 2021, permet aux étudiants-athlètes de monétiser leur image, avec des contrats pouvant atteindre 1,9 million de dollars par an.
  • Un salaire moyen en Betclic Elite s’élève à 200 000 euros par an, soit huit fois moins qu’un contrat NIL type.
  • Des joueurs comme Roman Domon ou Narcisse Ngoy ont préféré rejoindre la NCAA malgré des temps de jeu déjà significatifs en France.
  • Les infrastructures et l’exposition médiatique de la NCAA sont citées comme des arguments majeurs par les jeunes talents.
  • Le président de la LNB, Philippe Ausseur, a dénoncé en juin 2025 un « pillage » des forces vives du basket français.

La règle NIL, l’arme fatale de la NCAA pour séduire les Français

Depuis son instauration en 2021, la règle NIL a bouleversé l’équilibre économique du sport universitaire américain. Désormais, les étudiants-athlètes peuvent percevoir des revenus liés à l’exploitation de leur image, une manne financière que les clubs européens, et français en particulier, peinent à égaler. Selon RMC Sport, les contrats proposés aux jeunes basketteurs français peuvent atteindre des montants vertigineux : 1,9 million de dollars brut pour Narcisse Ngoy à Auburn, ou près d’1 million de dollars pour Roman Domon à Murray State. À titre de comparaison, le salaire moyen d’un joueur en Betclic Elite s’établit autour de 200 000 euros annuels, soit un écart de un à huit.

Ce différentiel salarial explique en grande partie l’exode des talents vers les États-Unis. Pour Philippe Ausseur, président de la Ligue nationale de basket (LNB), il s’agit ni plus ni moins d’un « pillage » des forces vives du basket hexagonal. « Les facs ratissent large, jusqu’en Pro B, et nous dépossèdent d’un certain nombre de nos forces vives sans que l’on puisse réagir », déclarait-il en juin 2025 dans L’Équipe, selon RMC Sport. Une situation qui place les clubs français dans une position de faiblesse face à l’appétit financier des universités américaines.

Infrastructures et exposition médiatique : les autres atouts de la NCAA

Au-delà des aspects financiers, la NCAA séduit aussi par la qualité de ses infrastructures et la médiatisation de son championnat. « Au niveau des infrastructures, j’ai pris une vraie claque », confie Roman Domon, élu meilleur joueur de première année et meilleur sixième homme de sa conférence, dans le podcast Basket Time. « Quand je suis arrivé ici, j’ai vu tous les moyens colossaux. Les salles sont ouvertes 24h/24, la salle d’entraînement est juste à côté de la salle de match, tout est pratique. » Un environnement qui contraste avec les moyens limités des clubs français, même en Betclic Elite.

L’exposition médiatique est un autre argument de poids. La NCAA bénéficie d’une couverture télévisuelle et numérique massive, notamment lors du « March Madness », le tournoi final dont la finale masculine oppose Michigan à UConn dans la nuit du 6 au 7 avril 2026. Cette visibilité attire les jeunes joueurs en quête de notoriété et de reconnaissance, un rêve américain que peu de clubs hexagonaux peuvent offrir. « Avec une très forte exposition médiatique, des salles XXL et des publics surchauffés, la NCAA représente également une sorte de rêve américain », souligne RMC Sport. Un niveau de jeu qui, selon Domon, n’a rien à envier à l’élite française : « Quand j’y suis allé, je pensais que c’était très en–dessous (de la Betclic Elite) en termes de niveau. Mais quand je suis arrivé, j’ai eu un choc car j’étais très en difficulté le premier mois. »

Des parcours professionnels déjà solides en France, mais l’appel de l’Amérique reste plus fort

Avant de rejoindre la NCAA, Roman Domon évoluait à Gravelines-Dunkerque en Betclic Elite, où il bénéficiait déjà d’un temps de jeu significatif (17 minutes par match). Pourtant, l’appel de l’aventure américaine a été plus fort. « Il y avait huit ou neuf coachs qui étaient là juste pour prendre mes rebonds et me donner tous les exercices. C’est là que je me suis dit que ‘c’est énorme’ », raconte-t-il dans Basket Time. Un constat partagé par Narcisse Ngoy, meilleur rebondeur et contreur d’Elite 2 avec Poitiers, qui a préféré signer à Auburn plutôt que de poursuivre sa carrière à Bourg-en-Bresse, malgré un contrat en main.

D’autres talents ont fait le même choix, comme l’international croate Roko Prkacin, qui quittait Nanterre (deuxième de Betclic Elite) pour Penn State, ou François Wibaut, joueur de Pau-Lacq-Orthez en Elite 2, recruté par la même université. Ces départs illustrent une tendance lourde : la NCAA, grâce à ses moyens financiers et son prestige, devient une destination privilégiée pour les jeunes basketteurs, même ceux déjà bien installés en France. « Même si on avait quatre ou cinq coachs au total dans le staff à Gravelines, ici, si tu comptes tout le monde, c’est au moins une bonne dizaine. C’est choquant au début. Mais c’est normal au regard de tout l’argent investi », explique Domon.

Un niveau de jeu en hausse qui inquiète les observateurs

Le niveau de jeu en NCAA a considérablement progressé ces dernières années, au point de rivaliser avec les meilleures ligues européennes. « J’ai été impressionné par le niveau des joueurs », reconnaît Domon, qui a dû s’adapter rapidement à un rythme et une intensité inconnus en France. Une tendance qui ne devrait que s’accentuer, tant les universités américaines investissent massivement dans leurs programmes sportifs et leurs infrastructures. Les clubs français, eux, peinent à suivre financièrement et peinent à retenir leurs talents.

Pourtant, la Betclic Elite reste un championnat de qualité, avec des joueurs comme Nando De Colo en début de saison à l’ASVEL, dont le salaire annuel (autour de 1,6 million d’euros) rivalise avec les meilleurs contrats NIL. Mais ces exceptions confirment la règle : les jeunes préfèrent tenter leur chance aux États-Unis, où les opportunités financières et médiatiques sont bien plus alléchantes. « Le basket hexagonal est pour l’heure impuissant face à cet exode », constate RMC Sport.

Et maintenant ?

Alors que la saison 2025-2026 s’achève et que la finale NCAA approche, la question de l’avenir du basket français se pose avec acuité. Les clubs hexagonaux pourraient tenter de négocier des contreparties avec la NCAA, comme des bourses d’études ou des partenariats, mais l’écart salarial reste un frein majeur. La LNB, de son côté, pourrait renforcer ses arguments en mettant en avant la formation et l’accompagnement des jeunes joueurs, des atouts que la NCAA ne peut égaler. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, alors que le « March Madness » 2026 s’annonce déjà comme un nouveau tremplin pour les talents français.

D’ici à l’été 2026, le nombre de Français en NCAA devrait encore augmenter, alimentant le débat sur l’équité sportive et financière entre les deux continents. Pour l’heure, les universités américaines continuent de séduire, et les clubs français de subir.

La règle NIL (Name, Image, Likeness), instaurée en 2021 aux États-Unis, permet aux étudiants-athlètes de monétiser leur image via des contrats publicitaires ou des partenariats. Cette mesure a transformé la NCAA en une machine financière attractive pour les jeunes talents, avec des revenus pouvant atteindre plusieurs millions de dollars par an, bien au-delà des salaires proposés en Betclic Elite (200 000 euros en moyenne). Les clubs français, limités par leurs budgets, peinent à rivaliser, ce qui explique l’exode croissant de joueurs vers les États-Unis.