Alors que le monde traverse une période d'incertitudes marquées, le Festival de Cannes 2026, dont la 79e édition se tiendra du 12 au 23 mai, a dévoilé ce 9 avril sa sélection officielle. Cette année, le cinéma se met au service de l'Histoire, comme en témoignent les hommages rendus à des figures disparues et la place centrale accordée aux récits mémoriels. Selon Franceinfo - Culture, cette édition, placée sous le signe du passé et de la réflexion, promet des débats essentiels sur la capacité du cinéma à questionner le présent à travers le prisme des conflits et des réconciliations.

Ce qu'il faut retenir

  • Une sélection de 21 films en compétition, dont 11 réalisateurs et réalisatrices faisant leur première apparition dans cette catégorie.
  • Un hommage à Anthony Lallican, photographe français mort en Ukraine en 2025, et à Lili Hinstin, programmatrice et directrice de festivals disparue en mars 2026.
  • L'absence remarquée des grandes productions américaines, compensée par une forte présence européenne et internationale.
  • Une programmation centrée sur l'Histoire et les conflits, avec des films sur la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide ou encore le Rwanda.
  • Une compétition présidée par Park Chan-wook, qui succédera à Jafar Panahi pour décerner la Palme d'Or.
  • Le Costa Rica fait son entrée dans la sélection cannoise avec Ton animal maternel, de Valentina Maurel.

Une édition dédiée à la mémoire et à la résilience

Lors de la conférence de presse de présentation, Iris Knobloch, présidente du Festival de Cannes, a rappelé l'importance du cinéma comme rempart contre les périodes d'obscurité. « Quand le monde s'assombrit et perd ses repères, montrer des films de tous les horizons n'est pas un geste anodin, c'est défendre ce que l'humanité a de plus précieux : sa capacité à rêver et à penser librement », a-t-elle déclaré. Elle a souligné que cette édition, dédiée à Anthony Lallican, tué en Ukraine en octobre 2025, et à Lili Hinstin, disparue fin mars 2026, s'inscrit dans cette continuité.

Thierry Frémaux, délégué général du festival, a rappelé l'attachement de Cannes à la salle de cinéma, « qui permet une expérience unique de partage d'une œuvre sur grand écran ». Il a salué la vitalité de la création mondiale, malgré l'absence des studios américains, avant de dévoiler une sélection riche de 21 longs-métrages en compétition, issus de 2 541 films visionnés par le comité.

Une compétition entre héritage et renouvellement

Parmi les habitués de la compétition, Pedro Almodóvar (7e sélection) et Asghar Farhadi, avec Histoires parallèles, porté par Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Pierre Niney, côtoient des nouveaux venus comme le Japonais Koji Fukada ou les Françaises Jeanne Herry et Léa Mysius. Le jury, présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook, remettra la Palme d'Or pour succéder à Un simple accident de Jafar Panahi, primé en 2025.

Cette année, la compétition met l'accent sur l'Histoire, avec des films abordant la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide ou encore le génocide rwandais. Parmi les titres marquants, Moulin de László Nemes, avec Gilles Lellouche dans le rôle d'un résistant, ou Coward de Lucas Dhont, inspiré des autochromes de la Première Guerre mondiale, figurent en bonne place. « C'est une façon de ramener l'Histoire au présent, de la questionner au présent », a expliqué Thierry Frémaux.

Le cinéma américain en retrait, la France en force

La 79e édition confirme l'absence des grandes productions américaines en compétition. « Si les studios sont moins présents à Cannes, c'est qu'ils le sont moins tout court », a relativisé Frémaux, évoquant une tendance de fond. Seul Ira Sachs représente actuellement les États-Unis en lice, bien que James Gray puisse compléter la liste d'ici l'ouverture du festival. En revanche, des stars américaines comme John Travolta, Woody Harrelson ou Kristen Stewart sont attendues sur le tapis rouge pour des films présentés en séances spéciales ou hors compétition.

Le cinéma français, lui, brille avec Léa Mysius (Histoires de la nuit, adaptation du roman de Laurent Mauvignier), Arthur Harari (L'Inconnue), ou encore Jeanne Herry (Garance). La France est également représentée dans d'autres sections, avec des œuvres comme L'affaire Marie-Claire, en séance spéciale, ou L'objet du délit d'Agnès Jaoui, hors compétition. « Un cinéma français en pleine effervescence », selon Frémaux.

Une programmation internationale et des premières

Pour la première fois, le Costa Rica est représenté dans la sélection cannoise avec Ton animal maternel de Valentina Maurel, tandis que l'Espagne et le Japon confirment leur dynamisme. Trois films espagnols sont en lice, dont Bola Negra, des réalisateurs Javier Calvo et Javier Amabrosi, qui revisitent l'histoire de leur pays à travers trois époques. Le Japon, quant à lui, propose Quelques jours à Nagi de Koji Fukada et Soudain de Ryusuke Hamaguchi en compétition, ainsi que De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode dans la section Un Certain Regard.

Autre nouveauté : le sport occupe une place de choix, avec des films comme The Match des Argentins Juan Cabral et Santiago Franco, qui rejoue le match de la Coupe du monde 1986, ou Ula, biopic sur la basketteuse soviétique Uļjana Semjonova, réalisé par Viesturs Kairišs.

Et maintenant ?

La 79e édition du Festival de Cannes s'ouvrira le 12 mai 2026, avec une programmation qui pourrait relancer les débats sur le rôle du cinéma face aux crises historiques et contemporaines. Si les absences américaines pourraient surprendre, la diversité des voix présentes — du Costa Rica au Rwanda en passant par le Japon — confirme la vocation universelle du festival. Reste à voir si cette édition marquera un tournant dans la manière dont le cinéma aborde la mémoire collective.

Cette année, Cannes mise sur l'intelligence des œuvres et leur capacité à éclairer le présent. Comme l'a résumé Thierry Frémaux : « Des films qui nous rendent plus intelligents, et plus tolérants ». Une ambition qui, dans un contexte mondial tendu, prend tout son sens.

Le Festival de Cannes 2026 rend hommage à Anthony Lallican, photographe français tué en Ukraine en octobre 2025, et à Lili Hinstin, programmatrice et directrice de festivals décédée en mars 2026. Leur mémoire sera évoquée lors de la cérémonie d'ouverture et dans plusieurs projections.