La victoire écrasante du parti Tisza, mené par Péter Magyar, aux élections législatives hongroises de dimanche a provoqué un véritable électrochoc sur les marchés financiers, lundi 13 avril 2026. Selon Euronews FR, la Bourse de Budapest a enregistré une progression record de plus de 3 %, atteignant un sommet historique à plus de 136 000 points.

Cette dynamique s’est accompagnée d’une forte hausse des principales valeurs du pays. À 13 heures (HEC), OTP Bank, MOL, Richter et Magyar Telekom affichaient des gains compris entre 2 % et 5 %, tirés par l’optimisme des investisseurs quant à la fin des seize années de pouvoir de Viktor Orbán et à un possible recentrage de la Hongrie sur les standards européens.

Ce qu'il faut retenir

  • La Bourse de Budapest bondit de plus de 3 %, atteignant un record à 136 000 points.
  • Les principales entreprises cotées (OTP Bank, MOL, Richter, Magyar Telekom) gagnent entre 2 % et 5 %.
  • Le parti Tisza obtient 138 sièges sur 199 au Parlement hongrois, soit une super-majorité.
  • Péter Magyar, ancien allié de Viktor Orbán, promet de rétablir les contre-pouvoirs démocratiques et de débloquer 17 milliards d’euros de fonds européens gelés.
  • Le forint se renforce face à l’euro, atteignant un plus haut depuis plus de quatre ans, avec un taux EUR/HUF à 366,64.

Une super-majorité pour Tisza et l’espoir d’un changement politique

Les élections législatives de dimanche ont bouleversé le paysage politique hongrois. Le parti Tisza, mené par Péter Magyar — un ancien allié de Viktor Orbán devenu l’un de ses plus virulents critiques — a remporté une victoire écrasante avec 138 sièges sur les 199 que compte le Parlement. Cette super-majorité lui offre une marge de manœuvre inédite pour faire adopter rapidement des réformes législatives, selon Euronews FR.

Magyar a d’ores et déjà annoncé son intention de rétablir les contre-pouvoirs démocratiques et de débloquer 17 milliards d’euros de fonds européens, gelés en raison des reculs démocratiques observés sous les gouvernements Orbán. Ces fonds pourraient être utilisés pour soutenir des projets d’infrastructures et de défense, tout en facilitant l’accès à des prêts bon marché, ce qui devrait relancer une croissance économique hongroise actuellement fragile.

Les marchés saluent l’arrivée d’une équipe économique jugée crédible

La réaction des marchés a été immédiate. Timothy Ash, stratégiste senior marchés émergents chez RBC Global Asset Management, a expliqué à Euronews FR que « le marché réagit à une combinaison entre la dissipation de l’incertitude, car il y avait une réelle crainte que les résultats soient contestés, et un regain d’optimisme sur des changements de politique qui devraient mieux aligner la Hongrie sur l’Europe ».

Il a également souligné que « Magyar aura besoin de meilleures relations avec l’UE. Il y a beaucoup de fonds structurels qui seront probablement débloqués, et le marché connaît bien l’équipe chargée de la politique économique ». Ash a ajouté que la probable nomination d’András Kármán au poste de ministre des Finances — actuellement conseiller économique de Tisza et ancien membre du conseil d’administration de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) — « devrait encore stabiliser la croissance à court terme du pays ».

Une prime de risque politique en voie de disparition

Les investisseurs considèrent que le scrutin a fait disparaître une prime de risque politique de longue date qui pesait sur les actifs hongrois. La super-majorité obtenue par Tisza lui permettra notamment de supprimer les taxes exceptionnelles sectorielles qui ont pénalisé les banques, les énergéticiens et les distributeurs. Selon Morgan Stanley et d’autres analystes, ce tournant pourrait augmenter le potentiel de croissance du PIB hongrois de 1 à 1,5 % dans les prochaines années, grâce à une hausse des investissements et au rétablissement des transferts européens.

Cette dynamique se reflète déjà sur le marché des changes. Le forint hongrois s’est apprécié à son plus haut niveau face à l’euro depuis plus de quatre ans, avec un taux EUR/HUF tombant à 366,64, son plus bas depuis avril 2022. La monnaie s’est également renforcée face au dollar américain, une évolution attribuée à la baisse de l’incertitude politique et à la perspective du retour des capitaux étrangers une fois les fonds européens débloqués.

« La Hongrie a un taux réel très élevé par rapport, par exemple, à la Pologne. Je pense que la banque centrale a maintenu des taux réels très élevés en raison du risque politique. Elle craignait beaucoup un affaiblissement de la monnaie autour des élections, mais tient absolument à maintenir une devise stable. » — Timothy Ash, RBC Global Asset Management

Vers une normalisation des taux et une relance économique ?

Malgré cette embellie, des défis subsistent. Timothy Ash a rappelé que la Hongrie maintient un taux directeur à 6,25 %, bien supérieur à celui de la Pologne (3,75 %), une situation qu’il attribue au risque politique encouru jusqu’ici. « Il est possible que l’on voie une normalisation des taux réels en Hongrie vers des niveaux plus proches de ceux de la Pologne, ce qui implique probablement des baisses de taux. Les investisseurs se concentreront sans doute davantage sur les taux que sur la devise, car la Hongrie aura aussi besoin de mesures de relance pour enclencher la croissance », a-t-il précisé.

La Banque nationale de Hongrie, qui a maintenu son taux directeur à 6,25 % lors de sa dernière réunion, pourrait donc être amenée à revoir sa politique monétaire dans les mois à venir. Une telle décision serait un signal fort en faveur d’une stabilisation économique et d’un retour progressif de la confiance des marchés.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances et décisions clés seront à surveiller dans les prochaines semaines. D’abord, la composition du nouveau gouvernement et la nomination officielle d’András Kármán au ministère des Finances, attendue d’ici la fin du mois d’avril. Ensuite, les négociations avec l’Union européenne pour le déblocage des 17 milliards d’euros de fonds gelés, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. Enfin, la réaction de la Banque nationale de Hongrie à cette nouvelle donne politique, avec une possible baisse des taux d’intérêt d’ici la fin de l’année.

Une chose est sûre : la Hongrie entre dans une nouvelle ère politique, et les marchés financiers semblent prêts à accompagner ce changement, à condition que les promesses de réformes se concrétisent rapidement.

Selon les analystes, la reprise des fonds européens et les éventuelles baisses de taux pourraient stimuler l’investissement et la consommation, mais les effets concrets sur le pouvoir d’achat ne devraient se faire sentir qu’à moyen terme, probablement d’ici la fin 2026 ou début 2027.

Euronews FR n’a pas rapporté de déclaration officielle de Viktor Orbán reconnaissant sa défaite. Cependant, les résultats électoraux ont été salués par l’opposition et les observateurs internationaux comme un tournant démocratique majeur.