La question de la sécurité des données numériques ne se limite plus à la robustesse des mots de passe ou à la fiabilité des gestionnaires. Selon Frandroid, elle englobe désormais la localisation géographique des serveurs où sont stockées ces informations. Une nuance qui pourrait faire la différence face aux obligations légales imposées par des législations étrangères.
Avec l’entrée en vigueur du Cloud Act américain en 2018, les autorités des États-Unis disposent d’un cadre juridique permettant d’accéder, sous certaines conditions, aux données stockées par des entreprises américaines — et ce, même si ces données résident sur des serveurs situés à l’étranger. Autant dire que cette loi a bouleversé les équilibres en matière de confidentialité numérique, rendant le choix du lieu de stockage des mots de passe plus critique que jamais.
Ce qu'il faut retenir
- Le Cloud Act, adopté en 2018 aux États-Unis, permet aux autorités américaines d’accéder à des données stockées par des entreprises nationales, y compris hors des frontières des États-Unis.
- Les gestionnaires de mots de passe, souvent hébergés par des sociétés basées aux États-Unis ou sous juridiction américaine, peuvent ainsi être soumis à des demandes d’accès de la part des autorités américaines.
- Stocker ses mots de passe en Europe limite les risques liés à des demandes d’accès étrangères, grâce à des cadres juridiques comme le RGPD qui encadrent strictement l’accès aux données personnelles.
Un enjeu de souveraineté numérique face au Cloud Act
Selon Frandroid, la localisation des serveurs utilisés par les gestionnaires de mots de passe détermine leur exposition aux législations étrangères. « Les utilisateurs pensent souvent que le chiffrement de leurs données suffit à garantir leur confidentialité », explique un expert en cybersécurité cité par le média. Pourtant, si le gestionnaire est basé aux États-Unis, le Cloud Act peut primer sur le chiffrement, forçant l’entreprise à divulguer les données — y compris celles des utilisateurs européens.
Cette situation pose un problème de taille : des millions de comptes, allant des réseaux sociaux aux services bancaires, pourraient être concernés par des demandes d’accès émanant d’autorités étrangères. En 2025, une enquête de l’ONG Access Now révélait que près de 30 % des gestionnaires de mots de passe les plus populaires étaient soumis à la juridiction américaine, exposant ainsi leurs utilisateurs à des risques accrus.
Le RGPD, une protection partielle mais essentielle
Face à cette menace, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) offre une première ligne de défense. Ce texte européen impose des règles strictes sur la collecte, le stockage et le partage des données personnelles, limitant les possibilités pour des autorités étrangères d’obtenir un accès direct. « Le RGPD ne rend pas impossible l’accès aux données, mais il encadre strictement les procédures », précise un juriste spécialisé en droit numérique, contacté par Frandroid. « Les entreprises doivent désormais justifier chaque demande et respecter des garanties procédurales, ce qui réduit les risques d’accès arbitraire ».
Cependant, le RGPD ne s’applique qu’aux entreprises implantées en Europe ou traitant des données de résidents européens. Pour les gestionnaires de mots de passe basés aux États-Unis, comme 1Password, LastPass ou Dashlane (avant son récent déménagement partiel en Europe), le Cloud Act reste un épée de Damoclès. En 2024, LastPass a ainsi été contraint de notifier à ses utilisateurs que leurs données avaient été potentiellement exposées à des demandes d’accès américaines.
Quelles solutions pour les utilisateurs européens ?
Pour contourner ces risques, plusieurs gestionnaires de mots de passe ont fait le choix de délocaliser leurs infrastructures en Europe. C’est le cas de KeePass, un logiciel open source dont les serveurs peuvent être hébergés localement, ou de Bitwarden, qui propose désormais des options d’hébergement en Allemagne, pays réputé pour son respect strict des données personnelles. « Choisir un gestionnaire avec des serveurs en Europe, c’est s’assurer que les données ne seront pas soumises au Cloud Act », souligne un porte-parole de Bitwarden.
Une autre solution consiste à utiliser des gestionnaires « zero-knowledge », où même l’entreprise ne peut accéder aux données de ses utilisateurs. Cependant, même dans ce cas, une demande d’accès émise par une autorité américaine pourrait contraindre l’entreprise à fournir les clés de déchiffrement — sauf si les serveurs sont physiquement situés en Europe.
Une chose est sûre : la question du stockage des mots de passe ne se résume plus à la sécurité technique, mais bien à un choix stratégique où la géopolitique numérique joue un rôle croissant.
Non, mais son utilisation expose les données à des risques accrus liés au Cloud Act. Les utilisateurs européens peuvent limiter ces risques en optant pour des solutions hébergées en Europe ou conformes au RGPD.