La guerre en Iran, entrée dans sa sixième semaine, provoque un triple choc énergétique d’une ampleur inédite, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Dans un entretien au Figaro, Fatih Birol, son directeur général, estime que la situation actuelle dépasse en gravité les crises pétrolières de 1973, 1979 et 2022 réunies. Le conflit perturbe non seulement les approvisionnements en pétrole et en gaz, mais aussi ceux d’engrais, de produits pétrochimiques et d’hélium, mettant à mal l’économie mondiale.
Ce qu'il faut retenir
- Le conflit en Iran bloque une « artère majeure » de l’économie mondiale, perturbant pétrole, gaz, engrais et produits pétrochimiques (selon Fatih Birol, directeur de l’AIE).
- Cette crise énergétique est jugée « plus grave » que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies par le responsable.
- La réouverture du détroit d’Ormuz est présentée comme la seule solution immédiate, mais son rétablissement prendra des mois, voire des années.
- Le conflit pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables, le nucléaire et les véhicules électriques.
Une crise énergétique aux conséquences mondiales
D’après Fatih Birol, interviewed par Le Figaro, la guerre en Iran a des répercussions bien au-delà des champs pétrolifères. « Pas seulement le pétrole et le gaz, mais aussi les engrais, la pétrochimie, l’hélium et bien d’autres choses », précise-t-il. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial, est partiellement bloqué, aggravant les tensions sur les marchés. « Le monde n’a jamais connu une perturbation de l’approvisionnement énergétique d’une telle ampleur », souligne-t-il, sans équivoque.
Cette situation inédite intervient alors que les pays du Golfe peinent déjà à rétablir leur production après des années de sous-investissement. Leur rôle historique dans l’échiquier énergétique pourrait mettre des années à se reconstituer, alerte l’AIE. Les réserves stratégiques des États-Unis et de l’Europe, bien que mobilisées, ne suffisent pas à absorber un choc de cette magnitude.
Les solutions envisagées : entre urgence et transition
Face à cette crise, l’AIE mise sur plusieurs leviers pour atténuer son impact. « La seule vraie solution, à court terme, est la réouverture du détroit d’Ormuz », insiste Fatih Birol. Mais ce scénario dépendra des négociations diplomatiques en cours, dont l’issue reste incertaine. En parallèle, les gouvernements du monde entier accélèrent les discussions pour sécuriser des alternatives, comme le redémarrage de projets nucléaires ou l’extension des capacités de stockage.
Bref, cette crise pourrait aussi marquer un tournant dans la transition énergétique. « Elle devrait accélérer le développement des énergies renouvelables, du nucléaire et de l’usage des véhicules électriques », estime le directeur de l’AIE. Un signal fort pour les industries concernées, qui voient dans ce contexte une opportunité de relancer des investissements longtemps retardés par les crises précédentes.
Un contexte géopolitique déjà fragilisé
La guerre en Iran s’ajoute à un paysage géopolitique déjà tendu. Les tensions entre les États-Unis, l’Iran et les pays du Golfe remontent à plusieurs décennies, mais cette escalade intervient à un moment où les marchés énergétiques étaient déjà sous pression. En 2022, l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait provoqué une flambée des prix du gaz et une réorganisation des approvisionnements européens. Aujourd’hui, c’est une nouvelle fois le Moyen-Orient qui fait basculer l’équilibre énergétique mondial.
Les analystes soulignent que les pays dépendants des importations de pétrole et de gaz, comme ceux d’Europe ou d’Asie, seront les premiers touchés. « Les pays doivent se préparer à des prix élevés pendant plusieurs mois, voire des années », anticipe un expert cité par Le Figaro. Les gouvernements sont désormais contraints de revoir leurs stratégies énergétiques, avec un risque accru de pénuries locales dans certains secteurs.
En conclusion, la guerre en Iran a ouvert une crise énergétique d’une gravité exceptionnelle, dont les répercussions se feront sentir bien au-delà du Moyen-Orient. Si les solutions à long terme passent par une transition vers des énergies plus durables, le monde devra d’abord traverser une période de forte instabilité, où chaque décision compte.
Le détroit d’Ormuz est un point de passage obligatoire pour près d’un tiers du pétrole mondial. Son blocage, même partiel, perturbe les approvisionnements vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord, aggravant les tensions sur les prix et les stocks stratégiques.
Les pays pourraient se tourner vers d’autres producteurs comme les États-Unis, le Brésil ou l’Afrique, ou encore relancer des projets nucléaires ou géothermiques. Cependant, ces solutions prennent des mois, voire des années, à se concrétiser.
