Un habitant d’une zone rurale de l’État d’Odisha, dans l’est de l’Inde, a exhumé les restes de sa sœur pour prouver son décès et tenter d’effectuer un retrait sur son compte bancaire. Jitu Munda, issu d’une tribu locale, s’est présenté mardi 28 avril 2026 à une agence de l’Indian Overseas Bank pour retirer des fonds, mais s’est vu opposer un refus faute de certificat de décès, rapporte Le Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- Jitu Munda, un habitant de l’État d’Odisha, a exhumé les restes de sa sœur pour prouver son décès après un refus de retrait bancaire.
- Il s’est rendu à une agence de l’Indian Overseas Bank lundi 27 avril 2026, mais n’a pu obtenir l’argent sans certificat officiel de décès.
- La banque a confirmé que la demande sera traitée « en priorité » dès réception du document manquant.
- L’incident illustre les difficultés liées à l’enregistrement des décès dans les zones rurales indiennes, où les procédures administratives restent complexes.
Selon un communiqué de l’Indian Overseas Bank, Jitu Munda s’est d’abord présenté lundi à l’agence pour retirer des fonds du compte de sa sœur, décédée quelques jours plus tôt. Les responsables de la banque lui ont opposé un refus, invoquant l’absence de « certificat de décès » et l’interdiction des retraits par un tiers sans autorisation adéquate. Munda, incapable de produire ce document, a alors quitté les lieux, avant de revenir le lendemain avec un « colis » bien particulier : les restes exhumés de sa sœur, partiellement enveloppés dans un sac en plastique.
Des images diffusées par des chaînes de télévision locales montrent l’homme portant sur son épaule ce qui semble être un cadavre humain. « Cela a créé une situation extrêmement éprouvante pour les habitants locaux », a indiqué la banque, précisant que l’incident résultait d’un « manque de sensibilisation » et de la réticence de l’intéressé à suivre les procédures administratives classiques.
Un parcours semé d’embûches dans les zones rurales indiennes
En Inde, l’enregistrement des naissances et des décès est obligatoire, mais les documents requis ne sont pas toujours accessibles, notamment dans les zones reculées. Selon les autorités locales, de nombreuses familles se retrouvent ainsi sans certificat officiel, ce qui complique considérablement l’accès à des droits élémentaires, comme le retrait d’économies ou la succession. Jitu Munda incarne cette réalité : son geste désespéré reflète l’absence de solutions alternatives pour des milliers de personnes dans le pays.
Le processus d’obtention d’un certificat de décès en Inde varie selon les États et les localités. Dans les zones tribales comme celle d’Odisha, les démarches administratives peuvent être ralenties par des barrières linguistiques, un accès limité aux services publics, ou encore des délais administratifs importants. « La demande sera traitée en priorité dès que le certificat de décès sera présenté », a assuré l’Indian Overseas Bank, sans préciser si le document avait finalement été obtenu par Munda après les événements de mardi.
Une réaction institutionnelle mesurée face à un acte extrême
L’Indian Overseas Bank a choisi de ne pas porter plainte contre Jitu Munda, malgré l’aspect choquant de son initiative. Dans son communiqué, l’établissement bancaire a préféré mettre l’accent sur les « manquements » du système plutôt que sur la transgression commise par l’homme. « L’incident résulte d’un manque de sensibilisation et de la réticence à suivre les procédures », a-t-on expliqué, soulignant que la priorité restait désormais la régularisation de la situation administrative.
Pourtant, l’épisode pose une question plus large : comment concilier le respect des procédures administratives avec la réalité des populations marginalisées ? Dans un pays où des millions de personnes vivent avec des papiers d’identité incomplets ou inexistants, les solutions doivent être trouvées en amont. Des associations locales dénoncent régulièrement cette « bureaucratie de l’urgence », qui pousse les citoyens à des extrémités pour faire valoir leurs droits.
En Inde, où le taux d’alphabétisation et d’accès aux services publics reste inégal selon les régions, des initiatives locales visent à améliorer l’enregistrement des événements vitaux. Cependant, leur mise en œuvre prend généralement des années. Dans l’immédiat, Jitu Munda devra composer avec les conséquences de son acte, tandis que sa sœur, décédée sans certificat, restera un symbole des lacunes du système.
Pour rappel, en Inde, les certificats de décès sont délivrés par les autorités municipales ou les services de santé locaux. Ils nécessitent généralement une déclaration auprès du panchayat (conseil villageois) ou du bureau d’état civil compétent, ainsi qu’un certificat médical attestant de la cause du décès. Dans les zones rurales, ces démarches sont souvent compliquées par l’absence de médecins disponibles sur place ou par des délais de traitement pouvant atteindre plusieurs semaines.
En Inde, les familles peuvent se tourner vers les tribunaux locaux pour faire constater un décès par jugement, une procédure longue et coûteuse. Certaines banques ou institutions acceptent également des attestations sur l’honneur, mais cela reste à l’appréciation de chaque organisme. Dans les cas les plus extrêmes, comme celui de Jitu Munda, les proches n’ont parfois d’autre choix que de recourir à des mesures désespérées pour faire valoir leurs droits.