La filière papetière française, déjà sous pression depuis deux ans, fait face à une nouvelle menace avec la flambée des prix du gaz et de l’électricité. Selon Le Monde, cette hausse des coûts énergétiques s’ajoute aux difficultés structurelles déjà rencontrées par le secteur, fragilisé par les droits de douane américains et la concurrence accrue des producteurs chinois. Bref, un cocktail explosif pour une industrie en pleine recomposition.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : depuis 2024, près d’un dixième des sites industriels du secteur ont disparu en France, signe d’une restructuration douloureuse. Côté compétitivité, la situation devient intenable pour de nombreux acteurs, qui peinent à absorber l’envolée des coûts énergétiques sans répercuter intégralement ces hausses sur leurs prix de vente.

Ce qu'il faut retenir

  • Une hausse de plus de 40 % des prix du gaz et de l’électricité depuis début 2026 pour les industriels français, selon les données du secteur.
  • Près de 10 % des sites de production papetière ont fermé en France depuis 2024, touchant notamment les régions Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes, historiques bassins papetiers.
  • Les droits de douane imposés par les États-Unis sur les importations de papier en provenance d’Europe depuis 2025 pèsent sur les exportations françaises, déjà en baisse de 12 % en volume.
  • La concurrence chinoise, avec des coûts de production 30 % inférieurs grâce à des subventions massives, accentue la pression sur les marges des fabricants hexagonaux.

Une filière déjà fragilisée par des années de turbulences

Le secteur papetier français traverse une crise structurelle depuis plusieurs années. Entre 2018 et 2023, plus de 15 sites de production ont fermé, réduisant la capacité industrielle de près de 20 %. Cette hémorragie s’explique en partie par la baisse de la consommation de papier graphique, en chute libre avec la digitalisation des usages. Autant dire que l’industrie a dû se réinventer en urgence, en misant sur des segments porteurs comme le papier recyclé ou les emballages cartonnés.

Pourtant, malgré ces efforts, les marges restent sous tension. «

Les coûts énergétiques représentent désormais plus de 25 % de nos charges opérationnelles, contre 15 % il y a trois ans. C’est un niveau insoutenable pour une industrie déjà en déficit chronique de compétitivité
», a expliqué Jean-Martin Folz, président de la Fédération française des industries du papier, carton et cellulose (COPACEL), lors d’une conférence de presse en mars 2026.

Des droits de douane américains et une concurrence asiatique déloyale

La situation s’est encore compliquée avec l’entrée en vigueur, en janvier 2025, de droits de douane américains de 25 % sur les importations de papier européen. Une mesure protectionniste qui a directement pénalisé les exportateurs français, pour qui les États-Unis représentaient jusqu’ici un débouché majeur, avec 18 % des ventes à l’export en 2024.

Côté asiatique, la Chine continue d’inonder le marché avec des produits à bas prix, alimentant les suspicions de dumping. «

Les subventions massives accordées aux papeteries chinoises faussent totalement la concurrence. Nous ne pouvons pas rivaliser avec des coûts de main-d’œuvre divisés par dix et une énergie deux fois moins chère
», a dénoncé un responsable d’un grand groupe papetier français, sous couvert d’anonymat.

Quelles solutions pour l’industrie papetière française ?

Face à cette équation complexe, les acteurs du secteur misent sur plusieurs leviers. D’abord, une accélération de la transition vers des énergies moins carbonées, avec l’installation de chaudières biomasse ou l’utilisation de gaz vert. Ensuite, une relocalisation partielle des approvisionnements en pâte à papier, pour réduire la dépendance aux importations chinoises de cellulose vierge. Enfin, une diversification des marchés, notamment vers l’Afrique et le Moyen-Orient, où la demande en emballages cartonnés reste dynamique.

Les pouvoirs publics sont aussi appelés à jouer un rôle clé. Le gouvernement a annoncé en février 2026 un plan de soutien de 500 millions d’euros sur trois ans, incluant des aides à l’investissement et des exonérations partielles de taxes énergétiques pour les sites les plus exposés. «

Ce plan est nécessaire, mais il ne suffira pas à lui seul à sauver la filière. Une vraie politique industrielle européenne est indispensable pour faire face à la concurrence déloyale
», a réagi un syndicaliste du secteur.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour le secteur. La Commission européenne doit rendre sa décision d’ici fin juin 2026 sur d’éventuelles mesures anti-dumping contre les importations chinoises de papier. Par ailleurs, les négociations commerciales entre l’UE et les États-Unis sur les droits de douane pourraient aboutir à un assouplissement partiel, mais rien n’est garanti pour l’instant. Dans ce contexte, les industriels papetiers français pourraient être contraints de poursuivre leur mue vers des activités à plus forte valeur ajoutée, comme le carton ondulé ou les papiers spéciaux.

En attendant, la question se pose : jusqu’où l’industrie papetière française pourra-t-elle tenir face à la double pression des coûts énergétiques et de la concurrence internationale ? Une chose est sûre, sans un soutien renforcé des pouvoirs publics et une réindustrialisation ambitieuse, le scénario d’un déclin accéléré du secteur n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité à court terme.

Le secteur papetier est extrêmement énergivore. La production de papier nécessite des températures élevées pour sécher la pâte, ainsi qu’une consommation électrique massive pour les machines. Avec la flambée des prix du gaz et de l’électricité depuis 2025, les coûts de production ont explosé, réduisant les marges des industriels à peau de chagrin.

Traditionnellement, le papier graphique (journaux, livres) représentait une part majeure de la production. Aujourd’hui, ce sont les emballages cartonnés (cartons d’emballage, boîtes en carton) qui dominent, avec près de 60 % du chiffre d’affaires du secteur. Les papiers spéciaux (papier photo, papier médical) et le carton ondulé complètent ce tableau.