Le gouvernement italien a présenté, jeudi 30 avril 2026, un plan national pour répondre à la crise persistante du logement dans le pays. Présenté devant le Conseil des ministres et validé à l’unanimité, ce dispositif vise à augmenter de 100 000 unités le parc de logements sociaux ou abordables en dix ans, à travers un ensemble de mesures combinant réhabilitation de logements existants, incitations financières et simplification administrative. Selon BFM Immo, cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par une hausse continue des prix de l’immobilier et des loyers, notamment dans les grandes métropoles comme Rome et Milan.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement italien prévoit la construction ou la réhabilitation de 100 000 logements sociaux ou abordables d’ici 2036, mobilisant 10 milliards d’euros de fonds publics.
  • Parmi les mesures phares : la remise en état de 60 000 logements sociaux actuellement inoccupés, pour un coût de 1,7 milliard d’euros.
  • À Milan, un logement de 42 m² coûte en moyenne plus de 1 000 € par mois, soit 63 % du salaire net d’un enseignant payé 1 700 €.
  • Le plan s’articule autour de trois axes : réhabilitation, construction neuve via un fonds public-privé, et accélération des procédures administratives pour les promoteurs.
  • Une enveloppe de 400 à 500 € par mois pendant un an sera allouée aux parents isolés quittant le domicile familial.
  • Le texte prévoit également une simplification des expulsions en cas d’occupation illégale, afin d’augmenter l’offre locative.

Un marché immobilier asphyxié dans les grandes villes

Comme l’a souligné Georgia Meloni lors de la présentation du plan, « le marché immobilier italien a connu une hausse significative des prix, notamment dans les grandes villes où la crise du logement est la plus aiguë ». Selon le Premier ministre, « Rome et Milan figurent parmi les villes européennes où il est le plus difficile pour un jeune d’acheter un logement ». Un jeune italien consacrant un tiers de son salaire à un prêt immobilier à taux fixe sur 30 ans ne peut, en effet, acquérir que 16 m² à Rome ou 13 m² à Milan. BFM Immo précise que la situation est encore plus tendue pour les locataires : à Milan, un appartement de 42 m² dépasse en moyenne les 1 000 € de loyer mensuel, soit 63 % du salaire net d’un enseignant touchant 1 700 € par mois.

Cette crise ne touche pas seulement l’Italie. L’Union européenne fait face à un « différentiel persistant » entre l’offre et la demande de logements, selon un rapport publié début 2026 par deux eurodéputés. « Dans certaines villes, le logement coûte même plus cher que le salaire », a illustré Irene Tinagli, eurodéputée italienne et présidente de la Commission spéciale sur le logement. « À Milan, Dublin ou Lisbonne, ce poste de dépense représente entre 60 % et 70 % du revenu disponible. » En moyenne, 40 % des revenus des ménages européens locataires partent dans le paiement du loyer, un chiffre qui illustre l’ampleur du problème.

Un plan en trois volets pour libérer 100 000 logements

Le plan italien s’articule autour de trois axes principaux. Le premier consiste à réhabiliter 60 000 logements sociaux actuellement inoccupés en raison de leur état dégradé, pour un investissement public de 1,7 milliard d’euros. Le second volet repose sur la création de nouveaux logements à loyer modéré, financés via le fonds d’investissement public Invitmit, qui devra décliner ces projets « par région ». Enfin, le gouvernement souhaite simplifier les procédures administratives pour accélérer les investissements privés, à condition que les promoteurs réservent au moins 70 % de leurs opérations à des logements sociaux, avec un loyer inférieur d’au moins 33 % aux prix du marché.

Ces mesures, qui se concrétiseront par un décret, s’inspirent en partie des recommandations d’un rapport du Parlement européen sur la crise du logement. Ce dernier met en avant la nécessité de mobiliser des investissements public-privé, d’alléger certaines normes de construction et d’augmenter les objectifs de production de logements sociaux. Il ne traite cependant pas directement de la question des locations touristiques de courte durée, un sujet sur lequel la Commission européenne a annoncé, en 2025, qu’elle présenterait une « initiative législative » d’ici le 20 mai 2026.

Des mesures ciblées pour soutenir les ménages les plus vulnérables

Au-delà de la construction et de la réhabilitation, le gouvernement italien a prévu des dispositifs pour soutenir spécifiquement certains publics. Ainsi, une enveloppe de 400 à 500 € par mois pendant un an sera allouée aux parents isolés quittant le domicile familial. Le plan renforce également la formule de « location-accession », qui permet aux locataires de longue durée d’acquérir leur logement. « Il ne s’agit donc plus d’un loyer, mais d’un apport initial étalé sur le prix d’achat », a expliqué Matteo Salvini, vice-Premier ministre et ministre des Transports et des Infrastructures, lors du Conseil des ministres.

Le gouvernement a également adopté un projet de loi visant à simplifier et accélérer les procédures d’expulsion en cas d’occupation illégale d’un logement, ainsi qu’à garantir la restitution des logements loués à l’expiration du bail. Selon le Corriere della Sera, cité par BFM Immo, cette mesure devrait contribuer à augmenter le nombre de logements mis en location. « Dans certaines villes, le coût du logement augmente le risque de pauvreté de 10 points », a rappelé Irene Tinagli. Sans héritage ou sans apport pour payer un loyer, de nombreux jeunes refusent des offres d’emploi dans d’autres villes, tandis que des trentenaires se retrouvent contraints à la colocation.

Et maintenant ?

La mise en œuvre de ce plan dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à mobiliser rapidement les fonds publics et à coordonner les acteurs locaux. Si le décret et le projet de loi doivent être publiés dans les prochains mois, leur efficacité réelle ne pourra être évaluée qu’à moyen terme. Par ailleurs, la question des locations touristiques, non abordée dans le plan italien, reste un sujet de tension en Europe, où la Commission européenne devrait présenter ses propositions d’ici mai 2026. Enfin, la réussite du dispositif dépendra aussi de l’évolution des taux d’intérêt et de la capacité des ménages à accéder au crédit.

Ce plan s’inscrit dans une dynamique plus large au niveau européen. La Commission a en effet présenté, en décembre 2025, des objectifs ambitieux pour le logement abordable, visant à construire plus de deux millions de logements par an en Europe, contre 1,6 million actuellement. Ces mesures devraient être évaluées d’ici la fin du mandat en 2029. En attendant, les citoyens italiens, notamment les plus jeunes et les classes moyennes, attendent des signes concrets d’amélioration sur un marché immobilier devenu inaccessible pour une part croissante de la population.

À Milan, un appartement de 42 m² coûte en moyenne plus de 1 000 € de loyer par mois. Pour un enseignant percevant 1 700 € net, cela représente 63 % de son revenu mensuel, un niveau bien supérieur aux recommandations européennes qui estiment qu’un logement ne devrait pas dépasser 30 % des revenus. Cette situation s’explique par la pénurie de logements abordables dans les grandes villes italiennes, couplée à une demande soutenue.