Un album jeunesse conçu pour aider les enfants à surmonter leurs doutes et à croire en leurs capacités : c’est l’objectif de « Je suis capable », écrit par la psychologue Déborah d’Hostingue, comme le rapporte Libération. Publié récemment, cet ouvrage s’appuie sur des scènes du quotidien pour transmettre aux jeunes lecteurs des messages concrets d’encouragement. Dans un contexte où les troubles anxieux chez l’enfant sont en hausse — une étude de l’Inserm publiée en 2023 révélait que près de 10 % des 6-12 ans souffraient d’anxiété sévère — ce type d’outil pédagogique prend une dimension particulièrement pertinente.
Ce qu'il faut retenir
- Déborah d’Hostingue, psychologue clinicienne spécialisée dans la petite enfance, signe un album destiné à renforcer la confiance en soi des enfants.
- L’ouvrage s’articule autour de situations du quotidien pour aborder des thèmes comme la persévérance ou la gestion des émotions.
- En France, environ 10 % des enfants âgés de 6 à 12 ans présentent des troubles anxieux sévères, selon une étude de l’Inserm (2023).
- Les psychologues soulignent l’importance d’outils accessibles pour aider les jeunes à développer leur résilience.
- L’album s’inscrit dans une tendance croissante d’ouvrages jeunesse dédiés au bien-être mental.
Un outil pédagogique né d’une expertise clinique
Déborah d’Hostingue n’est pas une inconnue dans le domaine de la psychologie de l’enfant. Diplômée de l’Université Paris-Nanterre en psychologie clinique, elle a travaillé pendant près de dix ans en CMPP (Centre médico-psycho-pédagogique) avant de se consacrer à l’écriture et à la formation des professionnels de la petite enfance. Son approche repose sur une méthode validée scientifiquement : l’entraînement aux habiletés psychosociales, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour prévenir les troubles anxieux chez les jeunes. « Je suis capable » s’inspire directement de ces travaux, en adaptant un langage accessible aux 6-10 ans. « Le but n’est pas de gommer les difficultés, mais d’apprendre à les surmonter », a-t-elle expliqué lors d’un entretien avec Psychologies Magazine en 2025.
L’album se distingue par son absence de moralisme. Plutôt que d’énoncer des préceptes, il propose des mises en situation — un enfant qui échoue à un exercice de dessin, un autre qui hésite à participer à un jeu collectif — et guide le jeune lecteur vers une réflexion constructive. « On ne dit pas “tu es fort”, mais “regarde comment tu as fait hier, tu peux recommencer” », précise la psychologue. Cette méthode s’inspire des travaux de la pédagogue Maria Montessori, qui prônait l’autonomie par l’expérience, ou encore des recherches en neurosciences affectives sur la plasticité du cerveau chez l’enfant.
Un contexte éducatif marqué par l’anxiété des jeunes
Le lancement de « Je suis capable » intervient dans un paysage éducatif où l’anxiété des enfants est devenue un enjeu de santé publique. Selon les dernières données de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), 1 enfant sur 5 en France déclarait se sentir « souvent stressé » en 2024, contre 1 sur 10 en 2010. Les causes sont multiples : pression scolaire accrue, exposition précoce aux réseaux sociaux — un enfant sur trois utilise YouTube avant 6 ans, selon une étude Médiamétrie —, ou encore l’impact des crises sanitaires successives (COVID-19, canicules, etc.). « Les enfants d’aujourd’hui grandissent dans un environnement où l’échec est souvent stigmatisé », souligne le pédopsychiatre Dr. Olivier Revol, auteur de « Ces enfants qui ne dorment pas ».
Face à ce constat, les pouvoirs publics ont multiplié les initiatives. Le ministère de l’Éducation nationale a généralisé en 2022 les « parcours éducatifs en santé mentale » dans les écoles primaires, tandis que des associations comme Fil Santé Jeunes ou Nightline France (ligne d’écoute pour étudiants) ont vu leurs appels augmenter de 40 % entre 2020 et 2025. Dans ce contexte, des ouvrages comme celui de Déborah d’Hostingue trouvent une place de choix : ils complètent les dispositifs institutionnels en offrant un support simple et ludique. « Un livre ne remplace pas une thérapie, mais il peut être un premier pas vers la verbalisation », commente une enseignante de CE2 interrogée par Libération.
Une méthode qui s’appuie sur des scènes du réel
Conçu comme un dialogue entre un adulte (parent ou enseignant) et un enfant, « Je suis capable » évite les clichés de la littérature jeunesse. Les illustrations, signées par Clémence Lallemand — une illustratrice reconnue pour son travail sur les émotions —, mettent en scène des situations banales : un enfant qui trébuche en courant, un autre qui range ses affaires sans aide. Chaque page s’accompagne de questions ouvertes : « Et toi, comment tu fais quand tu as peur ? ». « On part du principe que l’enfant a déjà en lui les ressources pour répondre », explique Déborah d’Hostingue. « Le rôle de l’adulte est de l’aider à les identifier. »
Cette approche s’inscrit dans la lignée des « livres-outils » apparus dans les années 2010, comme « Le monstre des couleurs » d’Anna Llenas ou « Calme et attentif comme une grenouille » d’Eline Snel. Pourtant, « Je suis capable » se distingue par son angle résolument positif. Alors que beaucoup d’ouvrages sur le sujet abordent la gestion des émotions négatives (colère, tristesse), celui-ci mise sur la construction de la confiance en soi à travers des succès concrets. « Les enfants ont besoin de sentir qu’ils sont capables, pas seulement de gérer ce qui ne va pas », insiste la psychologue. Les retours des premiers lecteurs — parents et enseignants — confirment cette orientation : 85 % des testeurs (sondage réalisé par l’éditeur Éditions Auzou en 2026) ont déclaré avoir observé une amélioration de l’expression orale chez les enfants après lecture.
Un public cible large, mais des limites à considérer
Si l’album vise en priorité les 6-10 ans, son utilisation pourrait s’étendre au-delà. Certains psychologues l’envisagent même pour les préadolescents, une période où l’image de soi est particulièrement fragile. « À 12 ans, un enfant peut encore avoir besoin de ces messages, mais il faut adapter le discours », note une orthophoniste spécialisée en langage. D’autres, comme le Dr. Revol, restent prudents : « Un livre ne suffit pas pour un enfant en grande détresse. Il faut savoir orienter vers des professionnels si nécessaire. »
Autre question soulevée : l’accessibilité. L’ouvrage, vendu 16,90 €, reste abordable pour la plupart des familles, mais des associations comme l’Union nationale des associations familiales (UNAF) appellent à un remboursement partiel via les chèques-lire, un dispositif qui permet aux parents aux revenus modestes d’acheter des livres pour leurs enfants. « La confiance en soi ne devrait pas être un luxe », argue la présidente de l’UNAF, Marie-Andrée Blanc. Pour l’instant, aucune mesure n’a été annoncée en ce sens par le gouvernement, bien que le ministère de la Culture ait récemment augmenté de 20 % son budget dédié aux actions de lecture publique.
Au-delà du succès commercial, « Je suis capable » interroge plus largement sur le rôle de la littérature jeunesse dans la prévention des troubles psychologiques. Avec une demande croissante pour des outils simples et efficaces, les éditeurs pourraient être tentés de multiplier les publications dans ce domaine. Mais les spécialistes rappellent une évidence : « Un livre ne remplace pas une écoute bienveillante. Il peut l’accompagner », conclut Déborah d’Hostingue.
Cette tranche d’âge correspond à une période charnière où l’enfant développe sa capacité à réfléchir sur lui-même. Selon les travaux de la psychologue Erik Erikson, c’est vers 6 ans que l’enfant commence à évaluer ses compétences par rapport à celles des autres. Un outil comme « Je suis capable » agit comme un miroir, en lui offrant des exemples concrets de persévérance. « À cet âge, un mot mal placé peut ancrer un doute, ou au contraire, une phrase bien formulée peut tout changer », explique Déborah d’Hostingue. Les neurosciences montrent aussi que le cerveau des enfants de 6 à 10 ans est particulièrement réceptif aux apprentissages émotionnels, grâce à une plasticité accrue des zones préfrontales.
Plusieurs recherches récentes, comme celle menée par l’Université de Genève en 2024, ont évalué l’impact des livres sur le développement de la résilience chez l’enfant. L’étude, menée auprès de 300 enfants âgés de 7 à 9 ans, a montré qu’après trois mois de lecture d’ouvrages axés sur la confiance en soi, 68 % des participants avaient amélioré leur capacité à gérer les échecs, contre 35 % dans le groupe témoin. Cependant, les chercheurs soulignent que l’effet est variable selon le contexte familial. « Un livre seul ne suffit pas : il faut que l’entourage en parle avec l’enfant », précise la co-autrice de l’étude, Pr. Sophie Necker. Pour « Je suis capable », l’éditeur a prévu un livret pédagogique à destination des parents, avec des pistes d’échanges post-lecture.
