À 67 ans, John Gadd vient d’obtenir une reconnaissance tardive mais symbolique : le rugbyman anglais, qui avait porté le maillot de l’Angleterre à deux reprises en 1982 et 1983, a été officiellement reconnu comme international par la Fédération anglaise de rugby (RFU), 44 ans après ses matchs sous le maillot blanc. Une décision qui comble un vide historique pour le joueur et pour une quarantaine d’autres athlètes de sa génération, privés de cette consécration en raison d’un règlement obsolète. Selon RMC Sport, la RFU a identifié 47 joueurs ayant porté le maillot national sans bénéficier d’une cape officielle, une anomalie désormais corrigée.

Ce qu'il faut retenir

  • John Gadd a été reconnu international anglais 44 ans après ses deux sélections en 1982 et 1983, selon la RFU.
  • À l’époque, les matchs contre des nations dites « mineures » (Fidji, Canada) n’étaient pas comptabilisés comme des caps officiels.
  • La RFU recense 47 joueurs dans cette situation et prévoit une cérémonie pour les honorer, bien qu’elle n’ait pu en contacter qu’une vingtaine à ce jour.
  • Gadd, aujourd’hui retraité, a souligné l’importance de cette reconnaissance pour ses descendants, alors que ses parents et son oncle passionné de rugby ne sont plus en vie.
  • La fédération a justifié cette correction par la volonté de réparer une « hérésie » réglementaire de son passé.

John Gadd a porté le maillot de l’Angleterre à deux reprises, face aux Fidji puis au Canada, dans les années 1980 à Twickenham. Pourtant, ces rencontres n’ont jamais été considérées comme des sélections officielles par la RFU. Selon RMC Sport, la fédération appliquait alors une politique discriminatoire envers les nations jugées « mineures », privant leurs adversaires de toute reconnaissance symbolique. Une pratique qui a été abandonnée depuis, mais dont les conséquences persistent pour des dizaines de joueurs.

C’est donc avec une émotion palpable que Gadd, aujourd’hui âgé de 67 ans, a réagi à cette annonce. « Pendant toutes ces années, j’y pensais », a-t-il confié à la BBC Gloucestershire. « C’est surréaliste, c’est un rêve qui se réalise. Ça fait plus de 40 ans et j’ai pensé que c’était fini pour moi, j’ai cru que je n’aurai jamais cette cape. » Une reconnaissance qui prend d’autant plus de valeur qu’elle arrive tard dans sa vie, mais qui lui permet enfin de voir son parcours reconnu à sa juste mesure.

Le joueur, qui évoluait comme pilier ou deuxième ligne en club, a tenu à rappeler le contexte de son époque. « J’ajoute qu’à mon époque, on jouait 80 minutes, on ne sortait pas à la mi-temps », a-t-il souligné. « Je pense que j’ai vraiment mérité ma casquette d’international. » Une référence aux conditions physiques exigeantes du rugby des années 1980, où les joueurs devaient tenir l’intégralité des matchs sans rotation, une pratique aujourd’hui révolue. Pour Gadd, cette reconnaissance est aussi une forme de réhabilitation après des décennies de doute sur sa légitimité.

« Pour tous les joueurs de ma génération, le but ultime était de jouer pour son pays. La bonne nouvelle, c’est que mon fils et mon petit-fils pourront être fiers de moi. Hélas, ma mère et mon père ne sont plus avec nous. J’aurais voulu qu’ils voient ce jour. J’avais aussi un oncle passionné de rugby, Oncle Mike, et j’aurais tellement aimé qu’il voie ça lui aussi. Mais c’est ainsi. »
— John Gadd

Cette annonce intervient dans un contexte où la RFU cherche à réécrire une partie de son histoire. Sur les 47 joueurs identifiés comme ayant joué sans cape officielle, la fédération n’a pu en joindre qu’une vingtaine pour l’instant. Une cérémonie est prévue pour les honorer, mais les démarches de contact s’avèrent complexes, certains joueurs ayant changé de région ou n’étant plus joignables. D’après RMC Sport, l’objectif est de rendre à ces athlètes la reconnaissance qui leur a été refusée, même après des décennies.

Pour John Gadd, cette reconnaissance arrive à un moment où le rugby anglais traverse une période de transition. Le pays, qui a remporté la Coupe du monde en 2003, cherche aujourd’hui à reconstruire une équipe compétitive après plusieurs années de résultats en demi-teinte. Dans ce paysage, les histoires comme celle de Gadd rappellent que le rugby, sport de tradition, a aussi ses pages sombres à corriger.

Et maintenant ?

La RFU devrait organiser une cérémonie officielle dans les prochains mois pour remettre symboliquement les capes aux 47 joueurs concernés, une fois que les démarches de contact auront abouti. D’ici la fin de l’année 2026, la fédération prévoit de finaliser cette liste et de publier un communiqué officiel détaillant les modalités de la cérémonie. En attendant, John Gadd, lui, se prépare à savourer ce moment unique, même s’il reconnaît que certaines absences familiales pèsent encore dans son esprit.

Cette décision de la RFU pourrait aussi inspirer d’autres fédérations à réexaminer leur propre histoire. Plusieurs pays, comme la France ou l’Australie, ont déjà corrigé des oublis similaires dans leur passé rugbystique. Pour l’Angleterre, qui se veut à la pointe du professionnalisme, cette initiative s’inscrit dans une logique de transparence et de justice sportive, même si elle arrive avec plusieurs décennies de retard.

Reste à savoir si d’autres fédérations suivront cet exemple. En attendant, John Gadd, désormais international à part entière, peut enfin tourner cette page avec sérénité, même si l’émotion reste palpable. Une chose est sûre : pour lui, comme pour des dizaines d’autres rugbymen, le rugby a enfin reconnu leur contribution à l’histoire du sport.

À l’époque, la Fédération anglaise de rugby (RFU) appliquait une politique discriminatoire envers les nations dites « mineures », c’est-à-dire celles considérées comme moins prestigieuses. Selon RMC Sport, ces matchs n’étaient donc pas comptabilisés comme des caps officiels, privant les joueurs britanniques de cette reconnaissance symbolique. Cette pratique a depuis été abandonnée, et la RFU a décidé de corriger cette anomalie en reconnaissant officiellement ces sélections rétroactivement.