Le secteur aérien européen pourrait connaître un tournant en fin d’année si la flambée du prix du kérosène persiste. Selon Michael O’Leary, PDG de Ryanair, deux ou trois compagnies aériennes pourraient déposer le bilan dès octobre ou novembre, parmi lesquelles Wizz Air et Air Baltic. Une perspective qui, pour le dirigeant, ne manquerait pas d’être « une bonne chose pour notre activité », puisque « il y aura moins de concurrents » sur le marché.

Ces déclarations ont été rapportées par BFM Business à l’issue d’une série d’entretiens accordés par Michael O’Leary à la presse italienne, notamment au Corriere della Sera et au Sole 24 Ore. L’homme d’affaires a également mis en garde contre les risques d’approvisionnement pour les prochains mois, alors que la guerre au Moyen-Orient et la gestion du conflit par l’administration Trump maintiennent les cours du carburant à des niveaux élevés.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux ou trois compagnies aériennes européennes pourraient faire faillite en octobre ou novembre, selon Michael O’Leary, PDG de Ryanair.
  • Les prix du kérosène restent élevés en raison de la guerre au Moyen-Orient et de la politique énergétique américaine.
  • Ryanair estime à 50 millions de dollars le surcoût pour avril dû à la hausse des prix du carburant, avec un risque de 600 millions sur un an si la situation persiste.
  • Le Royaume-Uni est le pays le plus exposé aux annulations de vols, en raison de son approvisionnement partiel au Koweït.
  • L’action Ryanair a subi des pressions en Bourse, mais la compagnie n’a pas encore révisé ses prévisions financières avant la publication de ses résultats annuels le 18 mai.

Un approvisionnement incertain pour juin

Alors que les compagnies pétrolières garantissent un approvisionnement suffisant en kérosène pour mai, la situation reste floue pour juin. Michael O’Leary a souligné que 10 à 20 % des approvisionnements de Ryanair pourraient être menacés si le conflit au Moyen-Orient s’enlise et que les tensions sur les routes maritimes persistent, notamment en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. « Tant que la guerre au Moyen-Orient se poursuivra et que Trump continuera à la gérer aussi mal, les prix du carburant resteront forcément plus élevés », a-t-il déclaré.

L’Europe importe habituellement la moitié de son kérosène depuis les pays du Golfe, une dépendance qui expose le continent aux aléas géopolitiques. Les capacités de stockage en Asie et en Europe seront-elles suffisantes pour éviter des annulations massives de vols ? La question reste en suspens, alors que la demande de voyages reste soutenue, comme en témoigne la forte affluence lors des vacances de Pâques.

Des réservations en baisse pour l’été

Malgré une demande initiale robuste, Ryanair observe un ralentissement des réservations pour les mois de juin, juillet et août. « Les gens hésitent à réserver », a reconnu Michael O’Leary. Cette prudence s’explique en partie par les incertitudes sur les coûts des billets, eux-mêmes impactés par la hausse du kérosène. Pourtant, la compagnie irlandaise mise sur une stratégie de maintien de ses tarifs, dans l’espoir de capter une clientèle sensible aux prix.

En cas d’annulation de vol pour cause de pénurie de carburant, les passagers ne pourront prétendre qu’à un remboursement, sans indemnisation supplémentaire. « Si le vol saute parce qu’il n’y a pas de carburant à l’aéroport, c’est clairement une circonstance extraordinaire », a rappelé le PDG de Ryanair.

Un coût exorbitant pour le secteur

La guerre au Moyen-Orient pèse lourdement sur les comptes de Ryanair. Au mois d’avril, la compagnie a déjà subi un surcoût de 50 millions de dollars en raison de la hausse des prix du carburant. Si la tendance se poursuit et que le baril se maintient autour de 150 dollars, le déficit pourrait atteindre 600 millions de dollars d’ici un an. Un montant colossal qui illustre l’ampleur de la crise énergétique sur le secteur aérien, déjà fragilisé par des années de pandémie.

Le Royaume-Uni, dont une partie de l’approvisionnement dépend du Koweït, est particulièrement vulnérable. La fermeture du détroit d’Ormuz, artère stratégique pour le transport maritime, aggrave les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Les compagnies aériennes britanniques pourraient ainsi payer le prix fort de cette instabilité géopolitique.

Et maintenant ?

La publication des résultats annuels de Ryanair, prévue le 18 mai, sera un premier indicateur de l’impact réel de la crise du kérosène sur les finances de la compagnie. D’ici là, le secteur continuera de surveiller l’évolution des prix du carburant et les tensions au Moyen-Orient, deux facteurs déterminants pour la survie de nombreuses compagnies. Une chose est sûre : si la situation ne s’améliore pas, le paysage aérien européen pourrait connaître une restructuration majeure d’ici la fin de l’année.

Pour l’instant, Ryanair affiche une certaine résilience, contrairement à son concurrent EasyJet, qui a déjà révisé ses prévisions financières. La capacité de la compagnie irlandaise à maintenir ses coûts et ses tarifs sera scrutée de près par les analystes et les passagers. Une stratégie risquée, mais qui pourrait lui permettre de tirer profit des difficultés de ses rivaux.

Le Royaume-Uni s’approvisionne en partie au Koweït, dont les exportations sont perturbées par la fermeture du détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle pour le transport du pétrole. Cette dépendance géographique rend le pays plus vulnérable aux crises géopolitiques, comme l’a souligné Michael O’Leary.