Le 22 février 2026, une étude récente met en lumière l'importance de la démence liée à l'alcool, une pathologie qui touche de nombreuses personnes en France. Selon le professeur Mickael Naassila, directeur du Groupe de Recherche sur l'Alcool & les Pharmacodépendances, « l'alcool ne détruit pas seulement le foie, il provoque aussi de graves troubles cognitifs, souvent mal diagnostiqués et confondus avec la maladie d'Alzheimer ».

Cette démence, liée à l'alcool, peut être évitée par de simples apports vitaminiques, notamment la vitamine B1, également appelée thiamine. Cependant, en évoluant vers sa forme chronique, le syndrome de Korsakoff est irréversible, laissant des milliers de personnes en souffrance. En France, des milliers de personnes vivent avec ce syndrome, souvent diagnostiqué entre 40 et 50 ans.

Les causes de la démence liée à l'alcool

Les résultats de divers travaux de recherche indiquent que la consommation excessive d'alcool et le risque de démence sont étroitement liés. En France, une étude menée sur une vaste cohorte nationale a révélé qu'environ 60 % des cas de démence précoce étaient liés à l’alcool. Les déficits cognitifs liés à l'alcool s'inscrivent dans un continuum allant de ceux liés au « binge drinking » à ceux liés au trouble de l'usage d'alcool, jusqu'au terrible syndrome de Korsakoff.

Le syndrome de Korsakoff se développe généralement à la suite d'une autre affection, l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Si cette phase aiguë est traitée rapidement, son évolution peut être favorable. Malheureusement, jusqu'à 80 % des personnes atteintes par une encéphalopathie de Gayet-Wernicke ne sont pas diagnostiquées et ne reçoivent donc pas le traitement adapté, qui consiste en une simple supplémentation vitaminique.

Les symptômes du syndrome de Korsakoff

Les patients atteints par le syndrome de Korsakoff souffrent de graves troubles de la mémoire. Leurs souvenirs d'avant la maladie disparaissent, et ils sont également incapables d'en fabriquer de nouveaux. Souvent, ces trous sont meublés par de faux souvenirs, des fabulations qui permettent aux patients de donner le change, ainsi que par de fausses reconnaissances.

Ce syndrome se traduit également par une perte de repères temporels et spatiaux : les malades ont des difficultés à se situer dans le temps et dans l'espace. Ils deviennent, par exemple, incapables de se souvenir du chemin qu'ils empruntaient pour aller faire leurs courses hebdomadaires. Ils souffrent aussi de problèmes d'équilibre et de difficultés à marcher, en raison de troubles de la coordination des mouvements et de problèmes oculaires se traduisant par des mouvements incontrôlés des yeux.

Le diagnostic et le traitement

L'encéphalopathie de Gayet-Wernicke est souvent mal diagnostiquée, car la triade de symptômes « confusion, troubles oculomoteurs, ataxie » considérée comme son tableau clinique dit classique n'est complète que chez 16 % des patients. Il faut donc l'abandonner et utiliser à la place les critères de Caine, établis par la neuropsychologue Diana Caine et ses collaborateurs.

Les critères cliniques de Caine pour diagnostiquer l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke sont les suivants :

  • déficits nutritionnels documentés : IMC très bas, perte de poids, dénutrition sévère, malabsorption, régime très restrictif, vomissements fréquents
  • troubles oculomoteurs : nystagmus, ophtalmoparésie, paralysie du regard, diplopie
  • syndrome cérébelleux : ataxie, démarche instable, dysmétrie, troubles de l'équilibre
  • état confusionnel ou troubles de la mémoire : désorientation, attention fluctuante, troubles mnésiques modérés à sévères

Les prochaines étapes

Il est possible de lutter contre ce fléau en mettant en place quatre types d'actions : la prescription systématique de thiamine par voie intraveineuse ou intramusculaire chez tout patient suspecté de trouble de l'usage de l'alcool, l'organisation de campagnes de formation des professionnels de santé pour repérer les encéphalopathies de Wernicke précoces et éviter les erreurs diagnostiques, la création de structures spécialisées destinées à accueillir les patients avec syndrome de Korsakoff pour leur proposer soins, réhabilitation cognitive et accompagnement social, et l'intégration du risque de démence liée à l'alcool dans les politiques publiques de prévention et dans les parcours de soins en addictologie.

Le syndrome de Korsakoff n'est pas une fatalité. C'est le produit d'un déni collectif face à une forme de démence évitable, souvent installée à l'âge de 40 ou 50 ans, dans l'indifférence. Si rien n'est fait, ces patients continueront à disparaître lentement, dans un silence médical et politique injustifiable.