Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, la dépendance de l'agriculture européenne aux engrais et au gaz a été mise en lumière. Selon nos confrères de BFM Business, cette dépendance perdure, notamment en ce qui concerne les engrais azotés, dont environ 30% des importations mondiales transitent par le détroit d'Ormuz. Le blocage de ce détroit, qui a commencé récemment, a déjà entraîné une augmentation du prix de l'urée, qui est passée de 487,5 dollars la tonne à 715 dollars en moins de trois semaines.
Ce phénomène met en évidence la tenace dépendance de l'agriculture européenne aux importations d'engrais azotés, dont plus de 60% sont achetés à l'extérieur de l'Union européenne. L'Union utilise 23% des engrais produits dans le monde sur 10% des surfaces agricoles, selon le cabinet de conseil Carbone 4. Le prix de l'urée égyptienne à destination de l'Europe était fin 2025 « 85% plus cher » qu'en 2020, avant la guerre en Ukraine, selon Argus Media.
Ce qu'il faut retenir
- 30% des engrais mondiaux transitent par le détroit d'Ormuz
- Plus de 60% des engrais azotés consommés en Europe sont importés
- L'Union européenne utilise 23% des engrais produits dans le monde sur 10% des surfaces agricoles
- Le prix de l'urée égyptienne à destination de l'Europe a augmenté de 85% entre 2020 et 2025
Le contexte historique et politique
La dépendance de l'agriculture européenne aux engrais et au gaz est un phénomène qui remonte à plusieurs années. En 2021, le poids du gaz russe représentait 40% des importations européennes, mais ce chiffre a baissé à environ 11% en 2024, selon Eurostat. Le poids des engrais russes diminue également, mais moins vite, puisqu'il pesait encore un quart des importations européennes de fertilisants début 2025.
La guerre en Ukraine a accéléré la réduction de cette dépendance, mais l'Union européenne doit encore acheter à l'extérieur plus de 60% de ce qu'elle consomme. Le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux, est un point de passage stratégique pour les importations d'engrais azotés.
Les enjeux climatiques et stratégiques
La dépendance de l'agriculture européenne aux engrais azotés est non seulement un enjeu stratégique, mais également un enjeu climatique. L'utilisation d'engrais azotés contribue à l'émission de gaz à effet de serre, notamment le dioxyde d'azote, qui est un gaz à effet de serre puissant. Selon Lucile Godissart, chercheuse à l'Institut de l'économie pour le climat I4CE, « la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, mais aussi la réduction de notre dépendance aux importations d'engrais azotés, est un enjeu stratégique pour l'Europe ».
Pour réduire cette dépendance, l'Union européenne a instauré en janvier 2026 un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux importations d'engrais azotés. Cependant, pour contenir les coûts de production pour les cultivateurs, Bruxelles a décidé en février de suspendre pour un an les droits de douane sur les importations d'engrais hors Russie et Biélorussie.
Les pistes pour réduire la consommation d'engrais azotés
Pour réduire la consommation d'engrais azotés, les chercheurs identifient plusieurs pistes. Selon Guy Richard, chercheur à l'Inrae, « la principale alternative passe par une reconception de notre agriculture, avec le développement des légumineuses, des plantes fixatrices d'azote, à destination de l'alimentation humaine ou animale ». Les légumineuses, telles que les lentilles ou les pois, sont des plantes qui fixent l'azote de l'air, ce qui réduit la nécessité d'utiliser des engrais azotés.
Une autre piste est la substitution des engrais minéraux par des engrais organiques, tels que les composts ou les fumiers. Le recyclage des urines humaines pourrait également apporter « 10 à 20% » des besoins en azote, selon Guy Richard. Enfin, la bonne dose d'engrais azotés, au bon moment, avec des équipements de pointe, peut également contribuer à réduire la consommation d'engrais azotés.
En conclusion, la dépendance de l'agriculture européenne aux engrais azotés est un enjeu stratégique et climatique qui nécessite une action concertée de la part des pouvoirs publics et des acteurs de l'agriculture. La réduction de cette dépendance est possible, mais elle nécessitera des efforts soutenus et une volonté politique forte.
