D'après nos confrères de Futura Sciences, la notion de masculinité toxique est de plus en plus débattue dans le monde académique. Cette expression, popularisée par la vague #Metoo, est utilisée pour désigner et expliquer la violence masculine sous toutes ses formes. Cependant, son sens est souvent teinté de l'idéologie du groupe social qui l'emploie, ce qui rend difficile la compréhension de ce concept.
Les chercheurs néo-zélandais ont donc décidé de se pencher sur ce sujet en menant une étude exploratoire publiée dans le journal Psychology of Men & Masculinities. L'objectif était de dresser des profils distincts de masculinité toxique et d'identifier les variables permettant de prédire les différents types de toxicité.
Ce qu'il faut retenir
- L'adjectif « toxique » est de plus en plus utilisé pour décrire des dynamiques relationnelles problématiques.
- Les recherches sur la masculinité se sont peu interrogées sur la façon dont les personnes pouvaient incarner différentes formes de masculinités toxiques.
- Cette étude identifie 4 profils d'hommes toxiques : les profils modérément toxiques (avec ou sans préjugés anti-LGBT), le profil toxique bienveillant et le profil toxique hostile.
- La masculinité toxique est également très élevée chez les élites et les personnes privilégiées.
Les dimensions de la masculinité toxique
Les auteurs de l'étude ont retenu huit dimensions pour analyser la masculinité toxique : la centralité de l'identité genrée, les préjugés sexuels, la désagréabilité, le narcissisme, le sexisme hostile, le sexisme bienveillant, l'opposition à la prévention des violences domestiques et l'orientation à la dominance sociale. Ces dimensions s'appuient sur la littérature existante et ont servi de base à l'analyse des profils latents.
Cependant, les scientifiques soulignent les limites actuelles de ces travaux, notamment la difficulté à distinguer différentes formes de masculinité toxique, la confusion entre masculinité et masculinité toxique, et l'approche centrée exclusivement sur les variables. De plus, le recrutement d'échantillons non représentatifs négligeant les facteurs contextuels et l'absence de prise en compte de l'évolution de l'expression de la masculinité tout au long du parcours de vie sont également des limites importantes.
Les profils d'hommes toxiques
L'analyse des profils latents a permis d'identifier cinq profils au sein de la masculinité toxique : le profil non toxique, le profil modérément toxique sans préjugés anti-LGBT, le profil modérément toxique avec préjugés anti-LGBT, le profil toxique bienveillant et le profil toxique hostile. Les scientifiques ont également identifié des variables permettant de prédire les différents types de toxicité, telles que le fait d'avoir un travail, d'être en relation amoureuse, d'avoir suivi un cursus universitaire et d'avoir une satisfaction corporelle élevée, qui diminuent les chances d'être toxique.
En revanche, faire partie de minorités ethniques marginalisées, être religieux et appartenir à une classe sociale dominée augmente le risque d'être toxique. Cependant, il est important de noter que ces relations ne doivent pas être interprétées en matière de causalité et que leur instrumentalisation à des fins racistes et classistes doit être évitée.
Les angles morts
Si cette étude apporte des nuances entre masculinité et masculinité toxique et affine la compréhension de ses différentes incarnations, elle reste exploratoire. Ses profils ne doivent donc pas être pris pour argent comptant, pas plus que leurs proportions statistiques. De plus, les mesures reposent sur l'auto-évaluation, ce qui introduit des biais liés à la capacité d'introspection des répondants et à leur désir de se présenter sous un jour favorable.
En conclusion, l'étude menée par les chercheurs néo-zélandais sur la masculinité toxique est un pas important vers une meilleure compréhension de ce concept complexe. Cependant, il est important de rester prudent et de considérer les limites de cette étude pour éviter de tirer des conclusions hâtives. Les prochaines étapes devraient consister à poursuivre les recherches et à développer des stratégies de prévention et d'intervention efficaces pour lutter contre la masculinité toxique.
