Une plongée inédite dans l’histoire coloniale française à travers la série « Enchaînés », disponible sur la plateforme de France.tv et diffusée mercredi soir sur France 2. Réalisée par Laure de Butler et écrite par Alain Moreau, cette fiction historique retrace la révolte des esclaves sur l’île Bourbon, future La Réunion, en 1806. Un récit épique qui met en lumière une période encore méconnue de l’histoire française, comme le rapporte Franceinfo – Culture.
Ce qu'il faut retenir
- La série « Enchaînés » est une fiction historique qui se déroule en 1806 sur l’île Bourbon, actuelle La Réunion, sous domination française.
- L’histoire suit Isaac, esclave et fils bâtard d’un colon, dans une plantation de café, à l’approche de la révolte de 1811.
- Réalisée par Laure de Butler et écrite par Alain Moreau, natif de La Réunion, la série aborde un pan méconnu de l’histoire coloniale française.
- L’abolition de l’esclavage sur l’île est effective en 1848, soit 37 ans après les événements racontés.
- Olivier Gourmet incarne le colon Charles Bellevue, tandis qu’Enzo Rose joue le rôle d’Isaac.
En 1806, l’île Bourbon, aujourd’hui La Réunion, est une colonie française où sévit l’esclavage. La société y est strictement hiérarchisée : les colons blancs, considérés comme citoyens français, dominent une population noire réduite en esclavage. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’intrigue de « Enchaînés », une série qui se veut un thriller historique. Le personnage central, Isaac, est un esclave travaillant dans la plantation de café de Charles Bellevue. Fils bâtard de ce dernier, il incarne une figure de la résistance, à l’aube de la révolte des esclaves qui éclatera en 1811.
La réalisation de cette fiction a été confiée à Laure de Butler, déjà à l’origine du succès « La Promesse ». Le rôle du colon Charles Bellevue est interprété par Olivier Gourmet, tandis qu’Enzo Rose campe Isaac. Le titre « Enchaînés » est une idée de l’auteur, Alain Moreau, lui-même né à La Réunion. Pour lui, cette histoire était jusqu’alors largement ignorée, tant en métropole qu’à La Réunion. « On connaît assez mal cette histoire, aussi bien ici que dans les départements d’outre-mer, comme La Réunion. Parce qu’on n’a pas envie de la regarder en face, on préférerait l’oublier, tous, collectivement », a-t-il déclaré à Franceinfo – Culture.
« Les Blancs, avec un B majuscule, avaient un statut légal, étaient des colons, donc des citoyens français. Les Noirs, avec un N majuscule, avaient le statut d’esclave, ils étaient comme du bétail. Les seuls documents pour leur état civil ou leur identité étaient des actes au moment d’une succession ou d’une vente d’une propriété à quelqu’un d’autre, quand ils étaient listés avec les biens, les meubles et le bétail. »
Alain Moreau, auteur de « Enchaînés »
L’une des particularités de cette série réside dans sa volonté de rompre avec les clichés associés à l’esclavage, souvent réduits à l’image des plantations américaines du Sud. Alain Moreau souligne que les codes et l’architecture des colonies françaises différaient profondément de ceux des États-Unis. « La violence est la même partout. Mais les codes, la façon dont cela fonctionnait, l’architecture des bâtiments, tout est différent. Pour l’esclavage, on imagine souvent une grande maison coloniale avec des colonnes blanches. Or c’est l’Amérique, le sud des États-Unis. Les maisons créoles étaient très différentes. Il a donc fallu imaginer et raconter autre chose, qu’on connaît peu : l’histoire française de l’esclavage », explique-t-il.
Cette série s’inscrit dans la continuité de « Bandi », d’Éric Rochant, qui abordait également l’histoire coloniale française, mais en Martinique. Avec « Enchaînés », France.tv propose une nouvelle plongée dans les territoires ultramarins, à travers un récit qui mêle fiction et réalité historique. La révolte des esclaves de 1811, évoquée dans la série, marque un tournant dans l’histoire de La Réunion. Elle précède de plusieurs décennies l’abolition officielle de l’esclavage sur l’île, effective en 1848, date clé qui scelle la fin de cette période sombre.
Si « Enchaînés » s’attache à une époque révolue, son récit soulève des questions toujours actuelles sur la transmission de l’histoire coloniale et ses répercussions dans la société française. Comment les départements d’outre-mer perçoivent-ils aujourd’hui ce passé ? Quels efforts sont déployés pour enseigner cette histoire dans les écoles ? Autant de sujets qui pourraient trouver un écho dans les prochains mois, alors que la mémoire de l’esclavage reste un enjeu sociétal majeur.
Selon Alain Moreau, auteur de « Enchaînés », cette période est souvent ignorée car elle est difficile à affronter collectivement. « On n’a pas envie de la regarder en face, on préférerait l’oublier », explique-t-il. Les récits disponibles se concentrent davantage sur l’esclavage aux États-Unis, laissant dans l’ombre les spécificités des colonies françaises.