Un sondage publié par le quotidien canadien Globe and Mail révèle que 58 % des Canadiens seraient favorables à une réflexion sur l’adhésion de leur pays à l’Union européenne (UE). Selon cette enquête relayée par Courrier International, un quart des répondants estime même qu’il « serait judicieux que le Canada rejoigne officiellement le bloc économique et politique européen ». Cette idée, esquissée l’an dernier, gagne du terrain dans un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis.
Ce qu'il faut retenir
- 58 % des Canadiens souhaiteraient que leur pays envisage une adhésion à l’UE, selon un sondage du Globe and Mail.
- Un quart des répondants juge « judicieux » que le Canada intègre officiellement l’Union européenne.
- Le partenariat UE-Canada (Ceta) et la coopération en matière de défense sont au cœur des discussions récentes.
- Le 11 mars 2026, le Parlement européen a adopté un rapport appelant à un renforcement des liens avec Ottawa.
- Cette volonté reflète une volonté de diversifier les partenariats économiques, notamment après les tensions avec Washington.
Cette enquête, menée par le sondeur Spark Advocacy, met en lumière un changement notable dans la perception des Canadiens face à leur dépendance historique envers les États-Unis. Bruce Anderson, directeur de la stratégie de Spark Advocacy, souligne que les résultats révèlent « un véritable choc » dans la façon dont les Canadiens perçoivent leur statut quo. « Ce que nous avons constaté constitue évidemment un véritable choc pour la perception qu’ont les Canadiens du statu quo et de sa pérennité », a-t-il déclaré.
L’idée d’un rapprochement entre le Canada et l’UE n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension concrète avec l’adoption récente d’un rapport par les députés européens. Le 11 mars 2026, ceux-ci ont appelé à une coopération renforcée entre les deux blocs, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense et du commerce. Le texte souligne la nécessité de « pleinement mettre en œuvre » leur accord économique et commercial global (Ceta), en vigueur depuis 2017, et d’accélérer sa ratification.
Côté canadien, le débat s’intensifie. Cinq jours après l’adoption du rapport européen, le ministre des Affaires étrangères français, dont le nom n’est pas précisé dans l’article source, a évoqué lors d’une conférence de presse les perspectives de collaboration entre Paris et Ottawa. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où les relations transatlantiques traversent une période de turbulences, marquées par les droits de douane imposés par l’administration Trump depuis plus d’un an.
Un partenariat commercial déjà solide
L’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada (Ceta) est souvent cité comme un modèle de coopération. Signé en 2016 et appliqué provisoirement depuis 2017, il a supprimé 98 % des droits de douane sur les échanges bilatéraux. Pourtant, certains secteurs, comme l’agroalimentaire ou les services, restent protégés ou soumis à des règles spécifiques. Les discussions actuelles visent à approfondir ce partenariat, notamment en facilitant les échanges dans les technologies vertes et les services financiers.
Le sommet du G20 qui s’est tenu à Johannesburg le 22 novembre 2025 a offert une tribune aux dirigeants pour évoquer ces enjeux. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre canadien, Mark Carney, y ont discuté des moyens de renforcer leur collaboration. Cette rencontre symbolique a relancé les spéculations sur une possible intégration du Canada au sein du marché unique européen, une perspective qui divise les observateurs.
Les défis d’une éventuelle adhésion
Si l’hypothèse d’une adhésion du Canada à l’UE séduit une partie de l’opinion publique, elle soulève d’importants défis. D’abord, le Canada n’est pas un pays européen, et son adhésion nécessiterait une révision des traités européens. Ensuite, le processus d’adhésion, long et complexe, exige des réformes structurelles dans de nombreux domaines, de la fiscalité à la politique sociale en passant par la gouvernance.
Les partisans d’un rapprochement mettent en avant des avantages économiques et géopolitiques. Pour eux, l’adhésion permettrait au Canada de diversifier ses partenariats commerciaux et de réduire sa dépendance envers les États-Unis, notamment dans un contexte où les relations transatlantiques sont tendues. « Ce sondage montre que les Canadiens cherchent des alternatives pour sécuriser leur économie », explique un analyste cité par Courrier International.
Des réactions contrastées
Les réactions politiques au Canada restent prudentes. Si certains partis, comme les Verts ou une frange du Parti libéral, soutiennent l’idée d’un rapprochement avec l’UE, d’autres y voient une manœuvre risquée. Les souverainistes québécois, par exemple, pourraient s’y opposer, craignant une dilution de l’autonomie provinciale au profit d’institutions européennes. Du côté européen, l’idée divise également. Certains États membres, comme la France ou l’Allemagne, pourraient voir d’un bon œil l’arrivée d’un partenaire économique et militaire supplémentaire, tandis que d’autres, comme la Hongrie ou la Pologne, pourraient freiner le processus par crainte d’un élargissement trop rapide de l’UE.
— Pour l’instant, aucune négociation officielle n’a été engagée. Les discussions restent au stade des déclarations d’intention et des rapports parlementaires. —
Quoi qu’il en soit, cette dynamique illustre une tendance plus large : celle d’une recherche accrue de partenaires alternatifs par les pays occidentaux, dans un contexte de fragmentation des alliances traditionnelles. Les prochains mois s’annoncent déterminants pour savoir si cette idée, encore marginale il y a quelques années, deviendra une réalité.
Selon les partisans de cette idée, l’adhésion à l’UE permettrait au Canada de diversifier ses partenariats commerciaux, de réduire sa dépendance économique envers les États-Unis et d’accéder plus facilement au marché unique européen, qui représente plus de 400 millions de consommateurs. Elle pourrait également renforcer la coopération en matière de sécurité, de défense et de transition écologique.
Non, car elle nécessiterait une révision des traités européens, un processus long et complexe. Une première étape plus réaliste serait l’approfondissement du partenariat existant via le Ceta et la mise en place de mécanismes de coopération renforcée en matière de défense et de politique étrangère.
