Alors que les chefs de gouvernement des principales démocraties mondiales bénéficient généralement d’un soutien significatif auprès de leurs concitoyens, la situation est radicalement différente pour le chancelier allemand Friedrich Merz. Selon une enquête menée par l’institut américain Morning Consult, relayée par Euronews FR, Merz affiche le taux d’insatisfaction le plus élevé au monde parmi les dirigeants politiques des 24 pays démocratiques étudiés.

Ce qu'il faut retenir

  • Friedrich Merz enregistre 76 % d’insatisfaction parmi les Allemands, selon le sondage Morning Consult
  • Seuls 19 % des Allemands se déclarent satisfaits de son action à la chancellerie, contre 75 % pour Emmanuel Macron
  • Un sondage Forsa réalisé pour RTL confirme cette tendance avec 78 % d’insatisfaction et 20 % de satisfaction
  • Les réserves sont particulièrement marquées chez les femmes, les jeunes électeurs et les Allemands de l’Est
  • Le président indien Narendra Modi arrive en tête du classement avec 70 % d’opinions favorables

L’enquête, menée auprès d’adultes dans 24 démocraties, révèle un paysage contrasté de la popularité des dirigeants. Si le chancelier allemand truste la première place du classement des dirigeants les moins populaires, d’autres figures politiques, comme le président turc Recep Tayyip Erdoğan ou l’ancien président américain Donald Trump, affichent des taux d’insatisfaction bien moins élevés. Le président français Emmanuel Macron, souvent cité pour son impopularité, obtient pour sa part un score de seulement 18 % de soutien positif, mais avec un taux de rejet de 75 %.

Un chancelier allemand en net retrait par rapport à ses prédécesseurs

Friedrich Merz n’est pas seulement l’homme politique le moins populaire d’Allemagne aujourd’hui, il l’était déjà lors de sa première période d’activité politique au début des années 2000. C’est ce qu’a souligné Manfred Güllner, directeur de l’institut de sondage Forsa, lors d’un entretien accordé à Euronews FR. Selon lui,

« Friedrich Merz était déjà l’un des acteurs politiques les plus impopulaires de la République fédérale lors de sa première période de politique active au début des années 2000. »
Son retour en politique n’a pas permis d’améliorer sa cote de popularité. Au contraire, les réserves à son égard se sont même accrues depuis son élection à la chancellerie en 2024.

Les critiques ne portent pas uniquement sur sa personne, mais aussi sur son bilan. Hermann Binkert, directeur de l’institut de sondage Insa, a expliqué à Euronews FR que

« le chancelier n’a pas tenu ses promesses électorales, le développement économique de l’Allemagne reste négatif, et beaucoup voient leur pays dans une spirale descendante. »
Binkert ajoute que ni le camp conservateur bourgeois ni le camp progressiste libéral de gauche ne sont satisfaits des résultats de la coalition gouvernementale.

Une impopularité qui s’étend à l’ensemble de la classe politique allemande

Si Merz cumule les critiques, il n’est pas le seul dirigeant allemand à subir une défiance marquée. Son prédécesseur, l’ancien chancelier Olaf Scholz (SPD), affichait également des chiffres d’impopularité élevés : en juin 2024, 67 % des Allemands jugeaient son action « mauvaise », contre 28 % de satisfaits. Pourtant, même à son plus bas, Scholz restait bien plus populaire que Merz. Aujourd’hui, le chancelier actuel bat donc tous les records d’impopularité pour un dirigeant allemand depuis des décennies.

Les comparaisons avec d’autres chanceliers historiques, comme Konrad Adenauer, Willy Brandt ou Gerhard Schröder, sont édifiantes. Ceux-ci avaient bénéficié de taux d’approbation bien supérieurs à ceux de Merz. Selon Güllner,

« les Allemands ne sont en aucun cas plus sceptiques que les autres nations à l’égard de leurs dirigeants. La grande insatisfaction actuelle est exclusivement liée à la personne de Merz. »

Un classement mondial contrasté, où Trump et Erdoğan devancent Macron

Si Merz truste la première place du classement des dirigeants les moins populaires, d’autres figures politiques affichent des scores bien moins catastrophiques. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan, par exemple, obtient un taux de satisfaction de 36 %, pour un taux d’insatisfaction de 50 %. Il se classe ainsi 9e depuis le bas du classement, devant Donald Trump, qui enregistre 38 % de satisfaction et 57 % d’insatisfaction selon le sondage Morning Consult. Une enquête du The Economist confirme ces chiffres, avec 37 % de satisfaction et 56 % d’insatisfaction.

En Europe, d’autres dirigeants affichent des résultats mitigés. La Première ministre italienne Giorgia Meloni obtient 39 % d’opinions favorables pour 55 % de défavorables, tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez enregistre 38 % de soutien contre 57 % d’opposition. Du côté de l’Amérique latine, le président argentin Javier Milei affiche une popularité légèrement supérieure avec 48 % d’opinions favorables et 49 % de défavorables, soit une quasi-parité.

À l’inverse, certains dirigeants bénéficient d’un soutien massif. Le président indien Narendra Modi arrive en tête du classement avec 70 % d’opinions favorables, suivi du président sud-coréen Lee Jae-myung (63 %) et du Premier ministre tchèque Andrej Babiš (55 %). Ces écarts montrent que l’impopularité de Merz n’est pas une tendance générale dans les démocraties, mais bien le résultat de facteurs spécifiques à l’Allemagne et à sa personne.

Et maintenant ?

Alors que Friedrich Merz affiche des chiffres d’impopularité record, la question de sa capacité à redresser la situation se pose. Les prochaines élections législatives en Allemagne, prévues en 2029, pourraient être un premier test. D’ici là, son parti, la CDU, devra évaluer si cette impopularité persistante menace ses chances de reconduire sa majorité. Pour l’instant, aucune date précise n’a été avancée pour un éventuel remaniement ou une réorientation de sa politique, mais la pression sur Merz ne devrait pas faiblir dans les mois à venir.

Selon les analystes, la situation économique allemande et les promesses électorales non tenues restent les principaux leviers de cette défiance. Si le chancelier souhaite inverser la tendance, des mesures concrètes et une amélioration tangible de la situation économique pourraient être nécessaires. Reste à savoir si Merz parviendra à regagner la confiance des Allemands, notamment chez les femmes, les jeunes électeurs et les Allemands de l’Est, où les réserves restent les plus fortes.

Plusieurs facteurs expliquent cette impopularité. Selon les sondages, Merz n’a pas tenu ses promesses électorales et l’économie allemande reste en difficulté, avec une perception de « spirale descendante » chez une partie de la population. De plus, son style politique et sa personnalité divisent, notamment chez les femmes, les jeunes électeurs et les Allemands de l’Est. Enfin, son manque de popularité contraste avec d’autres chanceliers allemands du passé, qui bénéficiaient d’un soutien bien plus large.