Le Comité international olympique (CIO) a pris la décision de réintroduire des contrôles génétiques obligatoires pour l’ensemble des athlètes, une mesure qui suscite une vive critique de la part de la sociologue et historienne Anaïs Bohuon. Dans une tribune publiée par Le Monde, cette spécialiste du genre et du sport dénonce un « recul scientifique et éthique majeur », estimant que cette politique aura des « conséquences néfastes pour toutes les sportives ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le CIO a décidé de réintroduire des contrôles génétiques obligatoires pour toutes les athlètes, une mesure critiquée par Anaïs Bohuon dans une tribune du Monde.
  • La sociologue et historienne qualifie cette décision de « recul scientifique et éthique majeur » et craint des « conséquences néfastes pour toutes les sportives ».
  • Les tests de féminité, déjà controversés dans le passé, sont pointés du doigt pour leur incapacité à saisir la complexité biologique et sociale qu’ils prétendent mesurer.

Une mesure qui ravive les débats sur l’équité dans le sport

La réintroduction des contrôles génétiques par le CIO intervient alors que les discussions sur l’équité et l’inclusion dans le sport de haut niveau restent vives. Anaïs Bohuon rappelle que ces tests, autrefois utilisés pour vérifier le sexe des athlètes, avaient été largement critiqués pour leur manque de rigueur scientifique et leur caractère discriminatoire. « Ces méthodes échouent à saisir la complexité qu’elles prétendent mesurer », souligne-t-elle. Autant dire que cette décision rouvre une boîte de Pandore que beaucoup pensaient refermée depuis des décennies.

Le CIO justifie cette mesure par la volonté d’assurer une compétition « équitable », mais pour Bohuon, elle s’inscrit dans une logique régressive. « On revient à une époque où l’on cherchait à classifier les corps des femmes selon des critères binaires et obsolètes », explique-t-elle. Une approche qui, selon elle, ne tient pas compte de la diversité des profils biologiques et des identités de genre.

Des conséquences potentielles pour l’ensemble des sportives

Les implications de cette décision pourraient être vastes. D’une part, elle risque d’affecter la participation des athlètes transgenres ou intersexes, dont les droits avaient été progressivement reconnus ces dernières années. D’autre part, elle pourrait instaurer un climat de méfiance et de surveillance accrue dans les fédérations sportives. « Toutes les sportives seront concernées, pas seulement celles qui suscitent des doutes », précise Bohuon.

Cette mesure pourrait aussi avoir un impact sur la santé mentale des athlètes, déjà soumises à une pression importante. « L’idée que l’on puisse être soumis à des tests génétiques simplement parce qu’on est une femme, c’est une forme de contrôle social qui dépasse le cadre sportif », ajoute-t-elle. Un argument qui rejoint les critiques formulées par de nombreuses organisations de défense des droits humains et des sportives.

« La décision du CIO constitue un recul scientifique et éthique majeur, et aura des conséquences néfastes pour toutes les sportives. »
— Anaïs Bohuon, sociologue et historienne, dans une tribune du Monde

Et maintenant ?

La tribune d’Anaïs Bohuon, publiée dans Le Monde, pourrait relancer le débat au sein des instances sportives internationales. Si le CIO maintient sa position, les fédérations nationales et les athlètes pourraient être appelées à réagir, notamment lors des prochaines assemblées générales. Une mobilisation des associations de défense des droits des femmes et des personnes intersexes est également à prévoir, avec des actions possibles lors des prochains Jeux Olympiques.

Reste à voir si cette décision sera maintenue ou si elle fera l’objet de révisions, à l’image des précédents abandons des tests de féminité dans les années 2000. Pour l’heure, le CIO n’a pas communiqué de calendrier précis concernant la mise en œuvre de ces contrôles.

Le CIO n’a pas détaillé publiquement les motivations exactes de cette décision. Cependant, la mesure s’inscrit dans une logique d’assurer une compétition « équitable », bien que cette notion soit largement contestée par les experts, comme le rappelle Anaïs Bohuon dans sa tribune pour Le Monde.