La tendance du snail mail, qui consiste à recevoir du courrier physique, envahit les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, où les amateurs de courrier postal partagent les enveloppes décorées qu’ils reçoivent chaque mois. Cette tendance, qui pourrait être une solution pour passer moins de temps sur son téléphone, est également une opportunité pour les artistes indépendants de faire connaître leur travail.
Cependant, derrière cette tendance, il y a des heures de travail et pas forcément beaucoup de bénéfices pour les créateurs. Selon le magazine britannique Dazed, « fabriquer et envoyer des centaines de petits colis exige beaucoup d’organisation, de savoir-faire, sans parler de gestion des clients et des abonnés – et, souvent, les artistes rentrent à peine dans leurs frais ».
Le snail mail, un business en développement
Victoria Ng, fondatrice du snail mail Piñato, explique que « le plus dur, c’est tout le travail administratif en amont, c’est le côté le moins glamour du projet ». Elle a donc fait le choix d’envoyer ses créations un mois sur deux afin de pouvoir soigner chaque étape de son travail : de l’écriture à l’illustration, en passant par l’impression, l’emballage et l’envoi.
L’idée de son snail mail est venue « alors qu’elle discutait avec une amie de la bonne époque où on s’envoyait encore des lettres ou des cartes postales ». Consciente que les gens n’ont qu’un espace mural limité pour afficher ses créations, Ng s’est demandé comment faire connaître son travail de manière ludique et porteuse de sens.
La concurrence et les prix
Même chose du côté de Jaylan Birdsong, créatrice dont l’abonnement par courrier, The Perch Post, « est né du besoin de se faire connaître et aussi de la frustration qu’elle ressentait ». Son objectif, c’est la liberté créatrice plutôt que le profit à tout prix. Elle explique que « quand je partageais mon travail sur des réseaux comme Instagram, j’avais l’impression qu’il était englouti par le vide ».
Malgré son apparence tranquille, le milieu du snail mail a un problème : les prix trop bas. Certains créateurs de snail mail offrent des abonnements pour des sommes dérisoires, « ce qui déséquilibre l’écosystème créatif de cette niche et dévalorise le travail et l’implication des artistes », écrit Dazed.
Les enjeux du snail mail
La popularisation du concept sur les réseaux sociaux pourrait entraîner une concurrence accrue et des prix encore plus bas. Si c’est une bonne nouvelle pour les abonnés, elle est de mauvais augure pour les créateurs, qui, paradoxalement, pourraient souffrir de ce regain d’amour pour le courrier.
Victoria Ng estime que « cette mentalité du “toujours plus” pousse les créateurs à produire à outrance et à baisser leurs prix, alors que faire un travail lent et soigné demande de poser des limites et de fixer un prix qui correspond vraiment à la valeur du travail ».
Le futur du snail mail
Avec la popularité grandissante du concept et la hausse du nombre de créateurs, les clubs de courrier papier couvrent un large éventail d’esthétiques féminines très tournées vers la fantaisie. La question qui se pose est : faut-il s’attendre à encore plus de concurrence et à des prix encore plus bas ?
En tout cas, le snail mail est une tendance qui pose question sur la valeur du travail créatif et la façon dont nous consommons les biens culturels. Comme le rappelle Dazed, « avec l’intérêt croissant de la Gen Z pour la possession de supports physiques, dans un contexte de nostalgie pour tout ce qui est matériel, il est tout à fait logique qu’elle cherche à se procurer des créations tangibles auprès d’artistes indépendants, avec ce petit plus réconfortant de savoir qu’on a soutenu financièrement ses créateurs préférés ».
En conclusion, le snail mail est une tendance qui nous invite à réfléchir sur la façon dont nous consommons les biens culturels et la valeur que nous accordons au travail créatif. Alors que la concurrence et les prix bas pourraient menacer l’écosystème créatif de cette niche, il est important de se poser la question de la durabilité de ce modèle et de la façon dont nous pouvons soutenir les créateurs qui nous offrent ces petits plaisirs du courrier physique.
