Les enfants passent de moins en moins de temps en plein air, un phénomène qui inquiète les spécialistes de l’enfance et de l’éducation. Selon Ouest France, Moïna Fauchier-Delavigne, journaliste, éducatrice nature et co-autrice de l’ouvrage « Emmenez les enfants dehors ! », alerte sur cette tendance et plaide pour une généralisation de l’« école dehors », une pédagogie qui mise sur le contact régulier avec la nature pour le bien-être des plus jeunes. Une approche qu’elle défend avec des arguments concrets et des résultats tangibles.
Ce qu'il faut retenir
- Moïna Fauchier-Delavigne, journaliste et éducatrice nature, co-auteure de « Emmenez les enfants dehors ! »
- L’« école dehors » est une pédagogie visant à enseigner en plein air, de manière régulière
- Cette méthode répond aux besoins physiques et psychiques des enfants
- L’autrice souligne l’urgence de généraliser cette pratique en France
Une pédagogie en plein essor face à la sédentarisation des enfants
D’après Moïna Fauchier-Delavigne, les enfants d’aujourd’hui passent près de 90 % de leur temps à l’intérieur, un chiffre qui illustre un éloignement croissant de la nature. « Aujourd’hui, les enfants ne sortent plus et vivent coupés de la nature », déclare-t-elle à Ouest France. Ce constat, appuyé par de nombreuses études, met en lumière les risques pour leur développement : troubles de la concentration, sédentarité, mais aussi anxiété ou obésité. Face à ce phénomène, l’école dehors émerge comme une alternative pédagogique, déjà adoptée par plus de 500 établissements en France selon les dernières estimations.
Cette approche ne se limite pas à une simple sortie occasionnelle. Il s’agit d’un projet éducatif structuré, où les apprentissages se font en forêt, dans les parcs ou sur les terrains de jeux extérieurs. Les activités, adaptées à chaque niveau scolaire, intègrent des disciplines comme les sciences, les mathématiques ou le français, mais aussi des compétences transversales comme la coopération ou la gestion des émotions. « Les enfants apprennent mieux quand ils sont actifs, quand ils touchent, sentent, observent », explique l’éducatrice nature.
Des bienfaits scientifiquement documentés
Les effets positifs de l’école dehors sur la santé des enfants ne sont plus à démontrer. Des recherches menées par des pédiatres et des psychologues, comme celles de l’Université de Stirling en Écosse, montrent que les élèves participant à ce type de programme voient leur stress diminuer de 20 à 30 %, tandis que leur créativité et leur estime de soi progressent. Moïna Fauchier-Delavigne cite également une étude française de 2024, réalisée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui confirme ces résultats : les enfants en contact régulier avec la nature ont une meilleure capacité d’attention et des résultats scolaires supérieurs dans certaines matières.
Pourtant, malgré ces preuves, cette méthode reste marginale en France. « Seulement 2 % des écoles primaires françaises pratiquent l’école dehors de manière régulière », souligne l’autrice. Elle attribue cette lenteur à un manque de formation des enseignants, à des réticences administratives, mais aussi à la peur des accidents ou des intempéries. Pourtant, des pays comme la Finlande ou la Suède, où l’école en plein air est ancrée dans les traditions, affichent des résultats éducatifs parmi les meilleurs au monde. « Il y a urgence à s’inspirer de ces modèles », insiste-t-elle.
Un modèle à adapter aux réalités locales
L’école dehors ne se décline pas de la même façon selon les territoires. Dans les zones urbaines, elle peut prendre la forme de sorties quotidiennes dans des parcs ou des jardins partagés. En milieu rural, les forêts, les champs ou les bords de rivière deviennent des salles de classe à part entière. Moïna Fauchier-Delavigne insiste sur l’importance de cette flexibilité : « Chaque école, chaque territoire a ses spécificités. L’idée n’est pas d’imposer un modèle unique, mais de permettre à chaque enfant de bénéficier de ce contact avec la nature, ne serait-ce que quelques heures par semaine. »
Elle cite l’exemple de l’école maternelle de Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire), qui a intégré l’école dehors dès 2020. Résultat : les enseignants ont observé une baisse des conflits entre élèves et une meilleure implication dans les apprentissages. « Les enfants sont plus autonomes, plus responsables. Ils apprennent à gérer les risques, à observer leur environnement. C’est une éducation à part entière », résume-t-elle.
En attendant, l’autrice appelle les parents à se mobiliser. « Chacun peut agir à son échelle, en organisant des sorties en nature le week-end ou en demandant à l’école de son enfant d’adopter cette méthode », suggère-t-elle. Une mobilisation qui, à terme, pourrait bien changer le rapport des enfants à leur environnement.
L’école dehors est une pédagogie qui consiste à enseigner en plein air, de manière régulière et structurée. Les activités peuvent se dérouler dans des parcs, des forêts ou des jardins, et intègrent toutes les matières scolaires. L’objectif est de favoriser le contact avec la nature pour améliorer le bien-être et les apprentissages des enfants.
