Alors que l'ambassadeur américain en France, Charles Kushner, est convoqué au Quai d'Orsay, la stratégie idéologique de Donald Trump pour diffuser une vision du monde conservatrice et nationaliste en Europe se met en place. Cette convocation intervient après un post du Département d'État américain à la mort du jeune militant nationaliste Quentin Deranque, qui a déclaré : « L'extrémisme radical de gauche est en hausse, et son rôle dans la mort de Quentin Deranque démontre la menace qu'il représente pour la sécurité publique. »

La réponse française

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a répondu : « Nous n'avons aucune leçon à recevoir de l'internationale réactionnaire. » Cette « internationale réactionnaire » renvoie à la stratégie idéologique déployée par Donald Trump depuis son retour au pouvoir. Le mouvement de pensée s'est incarné à l'automne 2024 à Bruxelles, où plusieurs dirigeants de l'extrême droite européenne ont posé ensemble derrière un slogan sans ambiguïté : « Make Europe Great Again », reprenant un des principaux mantra de Donald Trump.

Le réseau d'« alliés civilisationnels »

En Europe, cette stratégie s'appuie sur des relais politiques, intellectuels et médiatiques, issus des mouvements nationalistes et de think tanks conservateurs. L'objectif est de constituer un réseau d'« alliés civilisationnels ». En mai dernier, Samuel Samson, conseiller principal au Département d'État, a publié un long texte exposant cette vision. Selon lui, la relation transatlantique n'est plus d'abord stratégique ou économique : elle devient un pacte civilisationnel.

L'Europe et les États-Unis partageraient un héritage commun fondé sur le christianisme, la famille, la nation et des droits « donnés par le Créateur ». Dans ce récit, l'Europe aurait trahi cet héritage au nom du « libéralisme mondialiste ». L'auteur de cette tribune épingle les restrictions à la liberté d'expression au Royaume-Uni, la surveillance et les perquisitions en Allemagne, et l'Union européenne est décrite comme un système de modération « orwellien ».

Les think tanks conservateurs américains

Les think tanks conservateurs américains jouent un rôle central dans cette diffusion idéologique en Europe, en multipliant les ponts avec responsables politiques et intellectuels. En plus de l'incontournable Heritage Fondation qui a contribué à écrire une grande partie du programme de Donald Trump, le Claremont Institute figure parmi les think tank américain les plus influents. À l'été 2024, il a accueilli la Française Sarah Knafo comme « Lincoln Fellow » à Newport Beach, en Californie.

La candidate à la mairie de Paris est présentée comme engagée dans la lutte contre la « propagande à l'école », à la tête d'un réseau de 75 000 parents baptisé « Parents Vigilants ». En Europe, la Hongrie s'est imposée comme le principal hub du trumpisme. Viktor Orbán et Donald Trump entretiennent une relation politique étroite. À Budapest, le Mathias Corvinus Collegium (MCC) est l'un des think tanks les plus actifs.

Les réseaux climatosceptiques

Washington cherche également des alliés à l'international sur le terrain climatique, un des marqueurs idéologiques de Donald Trump, qui a déjà qualifié le réchauffement climatique « d'arnaque du siècle » à la tribune de l'ONU. En Allemagne, des réseaux conservateurs américains ont mis en avant depuis plusieurs années Naomi Seibt, jeune Youtubeuse rapidement surnommée « l'anti-Greta » (en référence à Greta Thunberg).

Repérée et soutenue par le Heartland Institute, proche des milieux climatosceptiques, elle produit des vidéos qui dénoncent « l'alarme climatique » et valorisent la défense de la liberté d'expression face au consensus scientifique. Déjà active dans les cercles proches de l'AfD en Allemagne, elle devient ainsi un relais naturel de la ligne trumpiste sur le climat, la science et la bataille culturelle.

Les prochaines étapes

Les prochaines étapes attendues sur ce sujet seront cruciales pour comprendre comment la stratégie idéologique de Donald Trump sera reçue en Europe. Les réactions des dirigeants européens et les décisions prises par les institutions européennes seront déterminantes pour savoir si l'Europe sera façonnée selon la vision de Donald Trump. Il est important de noter que les électorats de Vox, AfD, RN et Fratelli sont désormais divisés en trois blocs : pro-Trump, anti-Trump et une large zone grise.

Le trumpisme en Europe se réfère à la stratégie idéologique déployée par Donald Trump pour diffuser une vision du monde conservatrice et nationaliste en Europe.