Une enquête internationale menée par Follow the Money, De Tijd, Børsen, Der Standard, Republik, Morgenbladet, The Nerve et El País, et révélée par BFM Business, démontre que les institutions financières européennes ont massivement renforcé leurs positions au capital de la société de surveillance Palantir en 2025. La France se hisse au troisième rang européen, portée par des groupes comme Amundi et BNP Paribas, avec 4,4 milliards de dollars investis.

Palantir est une société américaine qui traite des volumes massifs de données brutes pour des entreprises et des administrations. Ses deux solutions principales, Gotham et Foundry, agrègent des sources de données hétérogènes telles que des rapports de renseignement, des données biométriques, des bases de données administratives, des historiques judiciaires, des données de géolocalisation ou d’autres issues des réseaux sociaux.

Ce qu'il faut retenir

  • La France est le troisième pays européen en termes d'investissements dans Palantir, avec 4,4 milliards de dollars.
  • Les institutions financières françaises, telles que Amundi et BNP Paribas, ont augmenté de manière spectaculaire leurs investissements dans la société en 2025.
  • Palantir travaille avec des services de renseignements policiers et militaires, notamment la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en France, la police de l'immigration américaine (ICE) et le Pentagone.
  • La société a le vent en poupe, avec une croissance assurée par les nombreux contrats conclus ces dernières années et un bénéfice net de 1,6 milliard de dollars en 2025.
  • Les investissements dans Palantir ont été extrêmement rentables pour les entreprises concernées, avec une valeur totale de la participation détenue par les principales sociétés européennes qui a presque quadruplé pour atteindre 27 milliards de dollars.

Les investissements français dans Palantir

Les groupes français, tels que BNP Paribas et Amundi, ont investi massivement dans Palantir. Amundi est le deuxième investisseur européen de la firme, avec 16 millions de parts, soit l'équivalent de 2,8 milliards de dollars. BNP Paribas est également parmi les plus gros investisseurs, avec 6,2 millions de parts, soit plus d’un milliard de dollars.

Les autres groupes tricolores qui ont investi dans Palantir incluent Natixis, le Crédit agricole, AG2R La Mondiale, ODDO BHF, Vega Investment Solutions (groupe BPCE), la Banque Transatlantique et Groupama.

Les risques liés aux investissements dans Palantir

Follow the Money pointe le risque qu’en investissant dans Palantir, ces entreprises puissent entrer en contradiction avec "les standards du droit international". En 2020, Amnesty International avait pointé "le risque élevé de sérieuses violations des droits humains de migrants et demandeurs d’asile" dans le cadre des programmes mis en place par la police de l’immigration américaine.

Interrogées, la plupart de ces entreprises n’avaient pas répondu à BFM Business au moment de la publication de cet article. Cependant, Amundi et BNP Paribas se défendent d’investir en leurs fonds propres dans cette société américaine, assurant détenir des positions dans le cadre de gestions d’actifs passives.

Et maintenant ?

Les conséquences de ces investissements restent à voir. La loi Vigilance impose aux entreprises d'évaluer les risques liés à leurs activités, mais il n’y a encore "pas eu de contentieux" au sujet des investissements effectués dans le cadre de la gestion d’actifs. Les principes directeurs mis en place par l’OCDE et l’ONU pourraient être invoqués pour réguler ces investissements, mais il s’agit de "soft law", c’est-à-dire des règles de droit non obligatoires.

Les réactions des entreprises concernées et des autorités réglementaires seront à suivre dans les prochaines semaines. Pour l’heure, les investissements dans Palantir semblent être une stratégie payante pour les institutions financières françaises, mais les risques liés à ces investissements pourraient avoir des conséquences importantes.