Dans un contexte où les violences sexistes en milieu sportif restent un sujet de préoccupation, les salles réservées exclusivement aux femmes séduisent un public toujours plus large. Selon nos confrères de Ouest France à la une, l’une de ces structures, basée à Bruz en Ille-et-Vilaine, fonctionne depuis près de deux décennies. Ce modèle, encore marginal en France, répond à une demande croissante de praticiennes souhaitant s’entraîner sans craintes ni regards intrusifs.
Ce qu'il faut retenir
- Une salle 100 % féminine existe à Bruz depuis près de vingt ans, répondant à une demande de tranquillité et de sécurité pour les sportives.
- Le phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre les violences sexistes dans le sport, un enjeu national documenté par des études récentes.
- Ces espaces attirent un public varié, des débutantes aux athlètes confirmées, avec une affluence en hausse depuis la crise sanitaire.
- Les salles mixtes, bien que majoritaires, peinent encore à garantir un environnement exempt de comportements déplacés pour une partie des femmes.
- Ce modèle interroge sur la persistance des inégalités de genre dans les pratiques sportives en France.
Un phénomène né d’un besoin de sécurité et de liberté
À Bruz, en Ille-et-Vilaine, une salle de sport entièrement réservée aux femmes existe depuis 1996. Ce modèle, encore rare en France, a été conçu pour répondre à un double impératif : offrir un cadre où les clientes peuvent s’entraîner sans subir de regards insistants ou de commentaires déplacés. Comme le rapporte Ouest France à la une, cette initiative pionnière a su se maintenir dans le temps, prouvant qu’elle répondait à un besoin persistant. Aujourd’hui, l’établissement compte plusieurs centaines d’adhérentes, un chiffre en constante progression depuis cinq ans.
Les témoignages des usagères sont unanimes : l’absence de jugement ou de pression sociale permet une pratique plus sereine. Une cliente régulière, interrogée par nos confrères, confie : « Ici, je n’ai plus à me soucier de mon apparence ou de mon niveau. Je peux me concentrer sur mes objectifs sans distraction. » Cette tranquillité est souvent citée comme la principale raison de l’engouement pour ce type d’espace. D’après une enquête de l’INSEE publiée en 2024, 38 % des femmes interrogées déclarent avoir déjà renoncé à une activité sportive en raison de craintes liées au harcèlement ou à l’inconfort dans un environnement mixte.
L’histoire de cette salle de Bruz illustre une tendance plus large. Depuis les années 2000, des initiatives similaires ont émergé dans d’autres villes françaises, comme à Lyon, Bordeaux ou Paris. Pourtant, ces structures restent minoritaires : elles ne représentent qu’environ 2 % des salles de sport en France, selon les données de la Fédération Française de Musculation et de Fitness (FFEPGV). Leur croissance, bien que lente, reflète une prise de conscience collective.
Un modèle qui questionne les normes du sport en France
Si les salles 100 % féminines séduisent de plus en plus de clientes, elles suscitent aussi des débats. Certains y voient une solution pragmatique face à l’inaction des acteurs traditionnels du sport. D’autres, à l’inverse, critiquent une forme de ghettoïsation, estimant que la mixité doit rester un objectif. « Le sport doit être accessible à toutes, quel que soit le genre », souligne Sophie Flack, sociologue spécialiste des questions de genre au CNRS. Pour elle, ces espaces sont symptomatiques d’un échec à intégrer pleinement les femmes dans des environnements mixtes sans discrimination.
Les chiffres montrent pourtant que les salles mixtes peinent à garantir un environnement exempt de tensions. Une étude de l’Observatoire National des Violences dans le Sport (ONVS), publiée en 2023, révèle que 42 % des femmes sportives déclarent avoir été victimes de remarques sexistes ou de comportements inappropriés au moins une fois par an. Les salles réservées aux femmes répondent ainsi à une demande de sécurité, mais aussi d’autonomie. À Bruz, l’établissement propose des cours spécifiques, comme le crossfit ou le yoga, avec des coachs exclusivement féminines, une offre qui séduit une clientèle diversifiée.
Pourtant, ce modèle pose la question de la pérennité des inégalités. En 2025, le ministère des Sports a lancé un plan national visant à renforcer la mixité dans les pratiques sportives, avec un budget de 12 millions d’euros sur trois ans. L’objectif ? Sensibiliser les clubs et les entraîneurs, et sanctionner les comportements sexistes. Un pas en avant, mais qui laisse sceptiques certains acteurs du secteur. « Changer les mentalités prendra des générations », estime Marie Leroy, directrice d’une association luttant contre les violences sexistes dans le sport. « En attendant, les salles non mixtes restent une solution viable pour beaucoup. »
Des salles réservées aux femmes, un marché en pleine expansion
Le succès de ces espaces ne doit rien au hasard. Depuis la crise sanitaire, le secteur du fitness a connu une croissance sans précédent, avec une hausse de 25 % des inscriptions dans les salles en 2022 et 2023, selon les chiffres de Statista. Dans ce contexte, les salles réservées aux femmes ont su tirer leur épingle du jeu. À Bruz, la clientèle s’est diversifiée : des étudiantes, des mères de famille, mais aussi des sportives confirmées recherchant un cadre dédié. Les tarifs, souvent compétitifs, varient entre 25 et 50 euros par mois, un prix similaire à celui des salles traditionnelles.
Les initiatives se multiplient également sous forme de cours ou d’événements ponctuels. Par exemple, des stages de boxe ou de pole dance réservés aux femmes sont organisés dans plusieurs villes, attirant des publics variés. Ces ateliers, souvent animés par des coachs féministes, misent sur l’empowerment et la bienveillance. Une tendance qui reflète une évolution des attentes des pratiquantes, mais aussi une stratégie commerciale intelligente. Les acteurs du secteur y voient un créneau porteur : le marché du fitness féminin représentait déjà 3,2 milliards d’euros en 2023, selon une étude de Xerfi.
Pourtant, ce modèle économique reste fragile. Les salles 100 % féminines dépendent souvent de l’engagement de leurs fondatrices, comme à Bruz, où l’actuelle gérante, Patricia Morel, a repris l’établissement il y a dix ans. « Sans une équipe soudée et une clientèle fidèle, ces structures ont du mal à survivre », confie-t-elle à nos confrères. Le turnover important dans le secteur du fitness rend ces initiatives encore plus vulnérables. Pourtant, leur impact dépasse le cadre sportif : elles participent à une prise de conscience collective.
Quelles perspectives pour les salles réservées aux femmes ?
Alors que le phénomène prend de l’ampleur, les questions sur l’avenir de ces espaces se multiplient. Faut-il les considérer comme une solution temporaire en attendant une meilleure mixité dans le sport, ou comme un modèle pérenne ? Pour l’instant, rien n’indique un ralentissement de leur croissance. Au contraire, les nouvelles générations de sportives semblent de plus en plus exigeantes sur les questions de sécurité et de respect.
Les acteurs institutionnels commencent à s’intéresser à ces initiatives. En 2024, la ville de Rennes a subventionné à hauteur de 50 000 euros un projet de salle réservée aux femmes, dans le cadre de sa politique de lutte contre les violences sexistes. Une première en France, qui pourrait faire des émules. « C’est un signal fort », commente Élodie Garel, adjointe au maire en charge des droits des femmes. « Cela montre que les collectivités locales prennent au sérieux les demandes des citoyennes. »
Pourtant, des défis persistent. L’un des principaux est la formation des coachs et des gérants pour garantir une offre de qualité. À Bruz, l’équipe organise régulièrement des formations sur la prévention des violences sexistes, en partenariat avec des associations locales. Une démarche saluée par les clientes, mais qui reste rare dans le secteur. « Il ne suffit pas d’interdire les hommes pour résoudre le problème », rappelle Patricia Morel. « Il faut aussi former les équipes à accueillir toutes les femmes, sans jugement. »
En conclusion, les salles de sport 100 % féminines, bien que marginales, incarnent une réponse concrète à un problème persistant. Leur succès reflète une prise de conscience, mais aussi les limites des politiques publiques en matière d’égalité dans le sport. L’enjeu pour les années à venir sera de savoir si ces espaces pourront coexister avec une offre mixte plus inclusive, ou s’ils deviendront un standard incontournable.
Plusieurs facteurs expliquent cette rareté. Historiquement, le sport a été conçu comme un espace mixte, et les discriminations envers les femmes y sont souvent banalisées. De plus, le modèle économique des salles traditionnelles repose sur un public large, ce qui rend difficile la création d’espaces ciblés. Enfin, certaines associations féministes y voient une forme de ghettoïsation plutôt qu’une solution, préférant militer pour une mixité réelle dans les clubs existants.
Le principal risque est leur marginalisation face à des salles mixtes plus attractives financièrement. Leur pérennité dépend aussi de leur capacité à attirer une clientèle fidèle et à former des coachs qualifiés. Enfin, un changement législatif ou une baisse des subventions publiques pourrait fragiliser leur modèle économique, déjà précaire.
