À quelques jours du discours attendu d'Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire, les questions autour de la garantie américaine et des possibilités pour l'Europe de s'en affranchir reviennent sur le devant de la scène, selon nos confrères de BFM Business. Ce discours, très attendu, permettra au chef de l'État de présenter une vision actualisée de la doctrine nucléaire française, tout en exposant ce que Paris peut offrir à ses alliés inquiets de la fiabilité du parapluie nucléaire américain sous la présidence de Donald Trump.
Bien que la France et la Grande-Bretagne soient des puissances nucléaires, la plupart des pays européens comptent principalement sur les États-Unis en matière de dissuasion, ce qui constitue un pilier de la sécurité transatlantique depuis des décennies. Cependant, les changements orchestrés par l'administration Trump ont ébranlé les gouvernements européens, les amenant à réfléchir à leur autonomie en matière de défense.
Ce qu'il faut retenir
- Le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, a prévenu que pour s'affranchir du parapluie nucléaire américain, l'Europe devrait développer sa propre capacité nucléaire, ce qui coûterait « des milliards et des milliards d'euros ».
- La France dépense environ 5,6 milliards d'euros par an pour maintenir son stock de 290 ogives nucléaires pouvant être lancées depuis des sous-marins et des avions.
- Les États-Unis ont réparti environ 100 ogives entre la Belgique, l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Turquie dans le cadre de la doctrine dite du « partage nucléaire ».
La doctrine nucléaire française
La position de la France, héritée de la théorie des « dommages inacceptables » développée par Charles de Gaulle dans les années 1960, ne dispose que d'un arsenal minimal mais crédible, conçu pour infliger des pertes suffisamment importantes afin de dissuader toute première frappe. « Là où les forces nucléaires outre-Atlantique ont une doctrine de contre-forces ciblant les arsenaux nucléaires adverses, leurs homologues français et britanniques ont pour objectif d'infliger des dommages inacceptables aux centres de pouvoir politiques, militaires et économiques de leurs potentiels adversaires », a écrit Étienne Marcuz, analyste à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), dans une note récente.
Les responsables français n'ont fourni aucun détail sur les annonces à venir du chef de l'État, mais ont souligné que l'environnement stratégique avait considérablement changé depuis 2020, date de la dernière actualisation de la doctrine, citant le développement de l'arsenal nucléaire russe et la rhétorique nucléaire de Moscou depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022.
Les défis de l'autonomie européenne
Les préoccupations portent notamment sur le partage des coûts, le processus de prise de décision et le risque que l'attention portée aux armes nucléaires ne détourne l'attention des investissements urgents dans les forces conventionnelles. Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré mi-février que Berlin avait ouvert des discussions avec la France au sujet d'une possible dissuasion nucléaire européenne, qu'Emmanuel Macron a décrites comme s'intégrant dans « une approche holistique de la défense et de la sécurité ».
Des responsables européens s'interrogent cependant en privé sur la capacité réelle de la France à protéger le continent. Pour certains partenaires, l'opacité de la doctrine française quant aux circonstances dans lesquelles les armes nucléaires françaises seraient utilisées et au sujet des domaines où les intérêts vitaux français se recoupent avec la défense européenne au sens large n'est pas rassurante.
En conclusion, l'Europe se trouve face à un dilemme nucléaire, où la dépendance vis-à-vis du parapluie américain est remise en question, et où l'autonomie en matière de défense est considérée comme une nécessité. Les choix à venir seront cruciaux pour l'avenir de la sécurité européenne et des relations internationales.
